Brexit : c’est parti

Theresa May
(Photo AFP)

Le Parlement britannique a autorisé le gouvernement à enclencher la procédure de sortie du pays de l’Union européenne. Les objections formulées par la Chambre des Lords ont été effacées. La Première ministre, Theresa May, peut dès aujourd’hui activer l’article 50 du traité de Lisbonne qui prévoit la séparation d’un pays membre de l’UE.

LA CHAMBRE des Communes a rejeté la proposition des Lords de garantir le statut des quelque 3 millions d’Européens qui vivent au Royaume-Uni. Elle a également rejeté la proposition des Lords de laisser le dernier mot au Parlement au sujet de l’accord final avec la Commission européenne. Les députés qui souhaitaient que la représentation nationale garde le contrôle du processus ont donc exprimé leur déception : Mme May, non sans habileté, a réussi à éviter d’avoir les mains liées par les députés dans ses négociations avec Bruxelles. Elle risque néanmoins d’aboutir à un divorce plutôt qu’à un accord. Il lui fallait le soutien populaire et parlementaire pour engager des discussions serrées, notamment sur l’accord de libre-échange qu’elle veut conclure, mais que les Européens ne veulent pas signer s’il ne contient pas une clause sur la libre circulation des personnes, c’est-à-dire sur les modalités de l’immigration, première cause du choix du Brexit par les électeurs britanniques.

Le royaume menacé d’éclatement.

Mme May n’ignore pas non plus qu’elle s’engage dans une action d’importance historique car l’Écosse, qui a voté à 56 % contre le Brexit annonce déjà que son gouvernement, dirigé par la Première ministre Nicola Sturgeon, va organiser un nouveau référendum sur l’indépendance écossaise. On reproche sans cesse aux partisans de l’Union européenne de décrire de façon inutilement tragique les conséquences du Brexit, mais il est clair que l’une de ces conséquences pourrait être l’éclatement du Royaume-Uni. D’autant que l’Irlande du Nord est elle aussi entraînée conter son gré dans l’aventure. La frontière entre la République irlandaise et l’Irlande du Nord a pratiquement disparu et les habitants de l’Ulster ont pris l’habitude de vivre, de consommer et de penser selon les normes européennes. La logique voudrait que, dans le cas d’une séparation du Royaume-Uni, une frontière soit érigée entre les deux Irlande, ce qui est impensable pour la plupart des Irlandais.
On connaît déjà les points de la négociation qui seront les plus âprement disputés : l’accord de libre-échange, indispensable à la croissance britannique mais qui, sans la liberté de circuler entre l’Europe et la Grande-Bretagne, reviendrait à accorder un privilège à Londres en récompense de la sécession; et le paiement par le gouvernement britannique des quelque 60 milliards d’euros qu’il doit à l’Union au titre de divers engagements qu’il a pris antérieurement. On voit mal Mme May annoncer qu’elle a « acheté » l’indépendance de la Grande-Bretagne à un tel prix et on voit mal la commission lui faire un cadeau aussi coûteux. Les multiples obstacles qui jalonneront la négociation, censée durer deux ans, expliquent sans doute que Mme May ne soit pas trop pressée d’aborder un dossier affreusement épineux qui va absorber toute son énergie.

Enchaînement tragique.

On peut se demander pourquoi elle se montre, à l’égard de UE, d’une intransigeance plus courante dans les conflits que dans les discussions entre amis. La première raison de son attitude réside dans la nécessité pour elle de partir d’une position dure pour accepter de faire quelques indispensables concessions. Il s’agit donc uniquement d’une raison tactique. La seconde est qu’elle est très sincèrement attachée à respecter les termes de la démocratie britannique : le peuple s’étant prononcé pour le Brexit, elle veut satisfaire le choix du peuple. Elle songe sans doute à devenir suffisamment populaire pour gagner les prochaines élections.
Mais, quoi qu’en pensent les partisans français de la dislocation de l’Europe, elle ne peut pas ignorer que le Brexit, jour après jour, apportera un nombre considérable de mauvaises nouvelles aux Britanniques et qu’il serait paradoxal qu’elle en tire un surcroît de popularité. On ne sait que penser de l’aventure, quelque peu fantastique, dans laquelle les Britanniques se sont engagés, et on comprend mal l’enchaînement des événements. L’ex-Premier ministre, David Cameron, a pris le risque insensé de lancer son idée de référendum (avec la certitude que ses concitoyens voteraient le maintien du pays dans l’Union), mais la moitié au moins du peuple est profondément hostile au résultat du scrutin ; la livre a déjà subi une forte dévaluation qui enchérit les coûts à la consommation, le Royaume-Uni est menacé d’éclatement, l’opposition du Labour a été inexistante, un peu comme si, au fond, son chef, Jeremy Corbyn, approuvait le Brexit ; un vertige populaire que rien ne justifiait, a conduit à cette crise sans précédent, les conservateurs au pouvoir sont divisés à propos du Brexit et Theresa May va se trouver dans une situation d’autant plus compliquée que les négociateurs européens vont quand même essayer de prouver aux 27 pays restant dans l’Union ce qu’il en coûte de la quitter.

RICHARD LISCIA

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