Theresa March

Défense de la démocratie
(Photo AFP)

La journée du 29 mars a été le moment où la Grande-Bretagne a basculé dans le Brexit. Le gouvernement de Theresa May a su donner à sa décision historique toute la solennité et l’ampleur qu’elle méritait. Mais il a mangé son pain blanc.

LA GRAVITÉ de la crise euro-britannique vient non pas de l’hostilité de Londres à l’Union européenne mais de l’énorme tâche qui consiste à défaire des liens tissés pendant 44 ans. Si le Royaume-Uni n’avait jamais adhéré à l’UE, il se serait évité beaucoup de tourments ultérieurs. Bien entendu, les 27 ne sont pas immunisés contre un certain nombre d’effets économiques et commerciaux négatifs, mais, si l’on doit admettre que les négociations seront aussi compliquées pour les uns que pour les autres, on ne peut pas comparer les conséquences subies par un seul pays à celles qui en affecteront 27, et s’y seront amorties ou disséminées.

Un calcul politique.

En observant cet incroyable divorce, voulu avec une détermination sans failles par un seul des deux partenaires, on remarque le rôle extraordinaire qu’assume Theresa May, la Première ministre britannique. Elle n’est pas à l’origine du Brexit et elle a même (un peu) milité contre lui. Elle a simplement hérité de la situation que lui a léguée David Cameron qui, avec une nonchalance consternante, a pris le risque inouï de poser la question dans un référendum, a perdu, et s’en est allé sans subir la moindre retombée de son immense erreur. Mme May a repris le flambeau avec un certain appétit. Dans sa façon de faire du Brexit un événement inéluctable parce qu’il résulte de la volonté populaire, il y a bien sûr une part de calcul. La Première ministre a très bien vu que, en défendant bec et ongles la démocratie britannique, elle avait une très bonne chance de rester au pouvoir et d’assurer un nouveau mandat pour les Tories, actuellement bien plus populaires que les travaillistes, minés par l’inepte gestion de Jeremy Corbyn. Cela dit, on comprend qu’elle n’a pas voulu imiter ces gouvernements en France et en Hollande, qui ont ignoré le « non » au traité constitutionnel européen de 2005.
Mais en même temps, Theresa May a pris le temps de calculer les efforts herculéens à fournir, les dangers d’une rupture violente avec l’Europe, le risque d’une récession économique que les Britanniques ne supporteraient pas plus qu’ils n’ont supporté les amarres qui les liaient à l’Union. L’avenir nous dira si à son talent de femme politique Mme May ajoute celui de négociateur. Je crains seulement que l’expression très ferme de sa volonté, le sérieux de son approche du problème qui exclut toute mansuétude, fût-elle diplomatique, peut-être la vague inquiétude qui efface tout humour de ses propos, n’aboutissent à une incompréhension réciproque des négociateurs, qui ne sont pas en nombre suffisant du côté britannique et sont tout autant déterminés à ne rien lâcher du côté de Bruxelles. L’Union n’est pas seulement un continent sans frontières, c’est un immense écheveau de milliers d’accords qu’il va falloir abolir. La fatigue aura tôt fait d’éroder l’ingéniosité des diplomates.

Une tâche fastidieuse.

On n’a cessé de mettre l’accent sur les carences de la bureaucratie bruxelloise, sur son incapacité à comprendre les besoins populaires, sur son arrogance. Mais il se trouve que tout danger entraîne une réaction, parfois salutaire. La commission européenne mise au défi par une rupture inédite, a déjà réagi à la fois d’une manière politique et comme une seul pays. C’est remarquable parce que le Brexit risquait d’encourager certains pays-membres, par exemple, la Pologne ou la Hongrie, manifestement mal à l’aise dans les libertés démocratiques, à prendre le large eux aussi. Non. A la veille de l’activation, par le Royaume-Uni, de l’article 50 du traité européen, celui qui prévoit la sécession, les 27 se sont réunis pour réaffirmer leur appartenance à l’Union. Et franchement, à part les Britanniques (ou plutôt 52 % d’entre eux), quel pays un tant soi peu raisonnable, aurait envie de se lancer dans une telle mésaventure, avec la certitude d’une tâche fastidieuse et inexorable, une multitude de complications administratives et de querelles en vue, et des résultats qui, in fine, ne convaincront personne ? L’avantage du Brexit, c’est que les négociations pour la séparation vont démontrer aisément que c’est une folie à éviter par tous les moyens. Hélas, la preuve sera fournie trop tard pour notre grand rendez-vous électoral du mois prochain. Il eût été très utile de laisser les électeurs de Marine Le Pen assister aux indescriptibles tractations entre Bruxelles et Londres. Avant le 23 avril.

RICHARD LISCIA

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One Response to Theresa March

  1. Michel de Guibert dit :

    En mai, fais ce qu’il te plaît…

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