Pauvre République !

Les frères : pas si rassurants
(Photo AFP)

La crise de la Guyane mérite tout notre intérêt, toute notre sollicitude, toute notre attention. Les Guyanais, sans distinction, souffrent d’être éloignés de la métropole et d’avoir été livrés à leur sort pendant de trop nombreuses années. Le problème aujourd’hui, c’est que le gouvernement veut compenser par un excès d’humilité une indifférence qui a duré cinq ans.

LA MINISTRE de l’Outre-Mer, Erika Bareigts, a commencé, au début de la crise, par refuser de se rendre sur place, en s’abritant derrière l’idée que le terrain devait être déblayé par les hauts fonctionnaires envoyés dare-dare à Cayenne. Ce refus a transformé la colère des Guyanais en grève générale. Dans cette affaire, on n’a pas encore vu le Premier ministre en première ligne. Bernard Cazeneuve s’est fendu d’une déclaration, en début de semaine, dans laquelle il a solennellement expliqué que, si des négociations sur le fond étaient souhaitables, elles devaient se dérouler dans un cadre strictement pacifique et républicain. On peut toujours exiger l’application rigoureuse des principes démocratiques, on n’est pas sûr de l’obtenir, d’autant moins dans ce cas que les Guyanais n’ont guère bénéficié, à ce jour, de la fraternité et de l’égalité. En revanche, ils sont aussi libres que tout un chacun et se sont donc organisés pour donner à leurs revendications l’écho qu’elles méritaient. Il existe donc, un peu comme en Corse, une sorte de groupe semi-clandestin, les « 500 frères », composé de jeunes gens vigoureux et solides, chargés de porter les doléances du peuple à ceux qui nous gouvernent.

Mieux que la guillotine.

Les 500 frères insistent sur le fait qu’ils ne portent pas d’armes, se sont prononcés contre toute violence et se limitent à exercer sur les pouvoirs publics des pressions que n’importe quel camarade syndiqué à Paris pourrait revendiquer. S’ils n’ont que leur voix pour se faire entendre, elle porte loin. La négociation avec les pouvoirs publics n’avait pas commencé qu’elle se figeait dans une impasse : les 500 exigeaient que les discussions ne portent pas sur les propositions du gouvernement (on parle de trois milliards et demi par an pendant dix ans) mais sur leurs revendications. Les représentants du gouvernement, dont Mme Bareigts qui, après s’être ravisée, a fait le voyage en Guyane, ont accepté cette condition. Puis les 500 ont demandé à Mme Bareigts de présenter des excuses pour s’être attardée à Paris et pour toutes les années d’incurie gouvernementale, ce qu’elle fait sans barguigner. Puis, ils ont exigé -et obtenu- qu’elle prononce son discours d’excuses devant le peuple guyanais. Vous allez me dire : « Pauvre Erika, elle est si gentille, elle ne méritait pas ça ! Mais c’est quand même mieux que la guillotine ! »

Plus que quelques jours.

Oublions le langage de Mme Michu et tentons de situer le débat. Erika Bareigts est membre du gouvernement de la république et Dieu sait que nos gouvernants en ont plein le gosier, des références républicaines. A-t-elle cédé aux injonctions des 500 frères parce qu’elle a bon caractère ou parce qu’elle a eu peur ? Ou encore parce qu’elle avait pour mission de ne pas faire capoter la négociation ? Je n’en sais rien du tout, mais une ministre qui présente deux fois des excuses pour complaire à des « négociateurs » plus-pacifistes-que-moi-tu-meurs, qui ne veulent que le bien de leurs concitoyens, qui, bien entendu, n’exercent aucune violence physique, ce n’est pas sérieux. Nous savons tous que nous assistons à la fin du règne de François Hollande, qui se termine par la perspective d’une défaite électorale de la gauche et de l’explosion en vol du parti socialiste ; nous savons que le président de la République, qui par ailleurs se porte comme un charme, a pris ses distances avec la gestion au jour le jour ; et que le dénouement d’un mandat plutôt négatif ne se prête guère à une thérapie rapide en Guyane. Nous savons enfin que, à ce stade, les promesses de nos dirigeants ne seront sans doute pas tenues. Mais, s’il est élu jusqu’à la fin de son mandat, M. Hollande doit continuer à gouverner. Finalement, lui et M. Cazeneuve ont abandonné Mme Bareigts à son sort. Elle a été sacrifiée sur l’autel de la négociation. Elle est censée absorber toutes les humiliations infligées par les frères sans contaminer le reste du gouvernement. Même Christiane Taubira, cette grande voix qui soulève un délire populaire dès qu’elle se fait entendre, n’a pas cru bon, elle qui a des idées sur tout, de voler au secours de son département d’origine.

RICHARD LISCIA

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12 Responses to Pauvre République !

  1. baconnet dit :

    Une ministre de la république française qui ose s’adresser au « peuple guyanais », quelle honte! Démission immédiate.

  2. Liberty8 dit :

    Fin de règne d’une république, d’un parti, d’une conception d’immobilisme.
    A une autre époque, certains avaient le courage de préférer la guillotine aux fourches Caudines!
    Mais n’est pas Camille Desmoulins qui veut.
    Ce matin je ne me rappelais même pas le nom de mon Premier ministre, merci de le mentionner dans votre article.

  3. mXmF dit :

    « …du règne de François Hollande, qui se termine par la perspective d’une défaite électorale de la gauche… », qu’empêchera très probablement l’élection de Macron et de tous les membres du parti socialiste d’ores et déjà recyclés dans son mouvement et qui seront les gouvernants de demain après avoir été ceux d’hier. Ainsi l’œuvre de Marisol Touraine pourra être poursuivie et consolidée par ses successeurs, si ce n’est par elle-même : il suffit pour cela de voter Macron, comme un très grand nombre de médecins reconnaissants se prépareraient à le faire !

    Réponse
    Posez-vous plutôt la question relative au vote de ces médecins. A mon avis, ils ne croient pas comme vous à un Macron qui serait le clone de Hollande. Demandez-vous pourquoi « Le Point », peu suspect de soutenir la gauche, consacre cette semaine à Macron la moitié de sa pagination. Demandez-vous ce qui, chez les socialistes, explique leur adhésion, alors que Macron a quitté Hollande et, l’a trahi en quelque sorte. Mais bien sûr on peut toujours voter Fillon.
    R.L.

    • Liberty8 dit :

      Sur un sondage « relatif », car il a été réalisé sur le Net : 540 votants médecins dont 40 % Fillon, 20 % Macron, soit deux fois moins. 8 % se prononcent pour Mélenchon, 4 % pour Hamon, autant pour Le Pen, Lasalle et Dupont-Aignan.

      Réponse
      Tous le sondages se font maintenant sur Internet. Je vous signale qu’un sondage moyen comporte un échantillon de moins de mille personnes. Lorsque l’on interroge 548 médecins, c’est comme si on faisait un sondage de trente mille personnes dans la population générale. Donc, je récuse le terme de « relatif ».

      R.L.

      • Liberty8 dit :

        Juste un mot et j’arrête là : 548 interrogés sur « le Quotidien », 540 sur egora soit 1048 au total, les deux sondages non identiques donnent pour Filon et Macron les même pourcentages
        (40/20).
        Tout sondage par Internet est pour moi relatif car, dans ce cas, par exemple, il n’interroge pas ceux qui n’utilisent pas les canaux d’informations de la presse médicale et autour de moi j’en connais beaucoup.

    • Michel de Guibert dit :

      Euh… les médecins votent en majorité pour Fillon selon le sondage publié par « Le Quotidien du médecin » !

      • admin dit :

        C’est l’histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. 20 % des médecins votent pour Macron, c’est un résultat extraordinaire. Ce n’est pas moi qui ai soulevé la question du vote médical.

  4. admin dit :

    Mme Bareigts subit assez de désagréments pour qu’on ne lui impute pas des intentions qu’elle n’a pas. Je crois, mais je peux me tromper, qu’elle a dit peuple guyanais comme on dit peuple parisien ou peuple marseillais. Il ne me semble pas qu’elle ait la carrure ou l’étoffe et encore moins la fonction requise pour déclarer unilatéralement l’indépendance de la Guyane qu’aucun Guyanais, par ailleurs, ne réclame.
    R.L.

    • Michel de Guibert dit :

      Certes, les Guyanais auraient plus à perdre qu’à gagner avec l’indépendance…
      Même Christine Taubira ne milite plus aujourd’hui activement pour l’indépendance de la Guyane !

  5. DUDUCHE dit :

    Macron et Hollande c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Ca vous rappelle quelque choses ?
    Hollande a mis son copain Macron à l’abri « en réserve de la République », puis il a sacrifié Mme El Khomri. Maintenant il laisse (ou a ordonné à) son premier ministre de faire de même avec Mme Bareigts.
    Après cinq années d’immobilisme démagogique Hollandais, va-t-on devoir subir cinq même années macroniennes ?

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