L’ascension de Mélenchon

Un Mélenchon dominateur
(Photo AFP)

Une des nombreuses remarques qu’inspire cette campagne électorale d’un style inédit, c’est l’extraordinaire plasticité de l’électorat. Il n’a pas encore fait son choix, et il se porte successivement sur des candidats différents.

JEAN-LUC MÉLENCHON, dont le score est longtemps resté inférieur à celui de Benoît Hamon, prend son essor depuis deux ou trois semaines. Il devance maintenant le candidat du PS d’au moins cinq points, il se rapproche dangereusement du score de François Fillon, il pourrait lui ravir la troisième place ! On se croirait dans une course de chevaux. Sa seule progression, qui ne dit rien de sa qualification pour le second tour, suffit à semer l’effroi, pour ne pas dire l’épouvante, au PS, où l’on craint fort que, le 24 avril, le parti ne soit plus qu’une relique sans âme. Une guerre intestine aura lieu nécessairement, entre ceux pour qui la gauche n’aura pas su aller chercher des électeurs qui veulent faire du passé table rase et ceux qui, au contraire, continueront de penser que le projet Valls est le meilleur.

Effets primaires.

D’aucuns maudissent une primaire qui, en définitive, aura fait beaucoup de ravages au PS où elle a permis à une faction minoritaire, les frondeurs, de s’emparer du parti, ce qui a obligé François Hollande à demander à M. Hamon de défendre le bilan du quinquennat qui s’achève. Supplique absurde qui consiste à réclamer à l’adversaire de tresser les lauriers de celui qu’il combat. C’est quoi, ces contorsions propres à la négation des différences idéologiques ? La primaire n’a pas non plus épargné la droite où elle a désigné François Fillon, ce qui a permis à celui-ci d’exciper de toute la légitimité requise quand ses amis lui ont demandé de se retirer de la course présidentielle. Cette année, les élections primaires ont fabriqué le destin du pays, en mettant en lice des candidats qui, soit ne devraient pas se retrouver là où ils sont, soit ne sont pas en mesure de mettre en oeuvre la politique qu’ils ont annoncée.
De ce méli-mélo tout à fait stupéfiant et qui réjouit les commentateurs de presse à l’étranger, il ressort que ceux qui ne sont pas passés par la primaire demeurent ceux pour qui les choses vont bien. Par exemple, Marine Le Pen, auto-proclamée reine de France. Ou encore Jean-Luc Mélenchon qui, ayant choisi de se présenter en candidat indépendant, niant à la gauche tout ascendant sur lui, pourfendant avec le même triomphalisme, ses concurrents de gauche et ses ennemis de droite, se montre maintenant plus drôle, plus efficace dans ses analyses critiques, moins donneur de leçons.

Le besoin de se venger.

La question que je souhaite poser ici ne porte pas sur M. Mélenchon et le mélenchonisme, mais sur les conséquences d’une popularité suffisamment ascendante pour secouer les dés une fois de plus. Que se passera-t-il si le chef du parti de gauche devance François Fillon au premier tour ? Il se passera que les Républicains sortiront du scrutin dans un état aussi pitoyable que celui de la gauche. M. Fillon peut toujours arpenter nos campagnes en nous ressassant son argument massue, l’existence à l’Élysée d’un « cabinet noir », l’effet de son discours sur l’électorat ne lui a fait gagner qu’un point dans les sondages. Qu’on ne me dise pas que les amis de M. Fillon et pas des moindres, comme les Larcher et les Accoyer, eux-mêmes silencieux et sombres, en froid avec l’ancien Premier ministre, ne regrettent pas aujourd’hui d’avoir choisi la voie la plus catastrophique en maintenant leur confiance à M. Fillon, alors qu’il était poursuivi par la justice et refusait même de se démettre après sa mise en examen, ce qu’il avait promis de faire dans une telle éventualité.
Les effets de la montée en puissance de M. Mélenchon ne sont pas seulement limités à la gauche ; ils affectent la droite aussi. De la même façon, s’il est plus que probable qu’Emmanuel Macron engrange des intentions de voix naguère promises à M. Fillon, le candidat d’En Marche ! progresse au détriment de Marine Le Pen. Il n’est pas impossible qu’il parvienne à la devancer au premier tour. Et savez-vous pourquoi tous les vases communiquent ? Parce que le critère du choix n’est pas la tendance idéologique, mais le besoin viscéral des électeurs de se venger de la classe politique.

RICHARD LISCIA

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8 Responses to L’ascension de Mélenchon

  1. Michel de Guibert dit :

    Comme quoi, il vaut mieux salarier sa maîtresse que sa femme…

    Réponse
    Evitons d’encourir les foudres de la justice sous le vil prétexte de faire un bon mot. C’est la dernière fois que je publie un commentaire de ce genre.
    R.L.

    • mXmF dit :

      Dommage, il est amusant !
      Quant à éviter d’encourir les foudres de la justice, pensez-vous vraiment que ce soit possible quand cette justice, aidée par le monde politique et médiatique, a décidé de vous éliminer ? Quelle que soit la réalité ou l’importance des fautes qui vous sont imputées opportunément en pleine campagne électorale.
      Pour qui est plus attaché au programme qu’à l’individu, les « affaires » ne comptent pas : elle font état de fautes qui paraissent négligeables par rapport à l’enjeu de l’élection…
      L’Histoire des grands hommes le montre à l’envi…

      Réponse
      Vous vous êtes cru obligé de commenter un commentaire auquel vous n’avez rien compris. Ce n’est pas M. Fillon qui serait poursuivi si une plainte en diffamation était déposée contre un lecteur du Quotidien du médecin, c’est le lecteur et le journal. Le lecteur est libre de penser ce qu’il veut, de dire ce qu’il veut, d’écrire ce qu’il veut, mais le journal est responsable du contenu de ce qui y paraît. Et c’est le journal qui paie les pots cassés. Au nom de la liberté, j’ai renoncé à supprimer une ligne de commentaire. Mais ma responsabilité consiste à éviter des soucis judiciaires à l’entreprise qui m’emploie. Je ne suis pas loin de penser que mon arbitrage s’étend aux commentaires mal inspirés.
      R.L.

      • mXmF dit :

        Je n’avais effectivement pas compris les choses ainsi. Mais il serait atterrant qu’un tel commentaire humoristique expose le lecteur ou le journal à une action en justice. Ou alors, la plupart des blogs seraient poursuivis. Mais en effet, c’est le lecteur et vous-même qui seriez responsable. Dont acte.

  2. Jacoberger Roland dit :

    Vous dites : « D’aucuns maudissent une primaire qui, en définitive, aura fait beaucoup de ravages au PS où elle a permis à une faction minoritaire, les frondeurs, de s’emparer du parti ». Mais si cette faction avait été minoritaire elle aurait immanquablement perdu ce vote. Donc il faut chercher ailleurs. Pour moi la direction, les caciques du PS se sont coupés de la base et n’en font qu’à leur tête. Il y a donc un gros problème de démocratie dans ce parti. Le plus bel exemplaire est Valls, je signe et je fais ce que je veux. Cela discrédite tout le PS mais c’est malheureusement la marque de fabrique du quinquennat Hollande. Je promets et je fais le contraire sans aucun complexe. La question qui me taraude: est-ce qu’il avait prévu de trahir sa parole avant d’être élu ou tout de suite après ?

    Réponse
    Il n’est pas vrai du tout que la primaire socialiste ait été conquise par une majorité. Une primaire, par nature, convoque des personnes très engagées, militantes, ardentes. Les frondeurs étaient une faible minorité à l’Assemblée nationale où ils représentaient 20 % au maximum des députés socialistes, ce qui ne les pas empêchés de faire un terrible grabuge. Idem pour la primaire : les gauchistes sont allés voter en masse. Ainsi les frondeurs se sont emparés du PS, puis de la présidentielle. Mais ils sont tellement minoritaires que M. Hamon ne recueille plus que 10 % des suffrages. Je tiens donc à souligner ici que, contrairement à votre démonstration, ma thèse est parfaitement valable.
    Tout ce que vous dites par ailleurs au sujet de la démocratie au sein du PS est utile et mérite réflexion, mais ce n’est pas du tout le sujet qui est traité dans mon blog d’aujourd’hui.
    R.L.

    • Nicolette dit :

      Pourquoi Benoît Hamon a-t-il accepté de défendre le quinquennat de François Hollande alors qu’il était frondeur? Il s’est comporté avec ambivalence : après avoir combattu M. Hollande, il est allé chercher son soutien à l’Elysée. Cela manque de cohérence et est dans la ligne directe que nous subissons depuis cinq ans. Comprenne qui pourra !

      Réponse
      Ambivalence ? Cynisme, plutôt.
      R.L.

  3. mathieu dit :

    Le seul repère stable dans cette élection 2017, phare bien assis dans un océan particulièrement mouvant, était, vous l’avez souvent souligné, R.L, l’alternance…L.R. (les initiales sont un hasard!), ou plutôt l’heure du centre-droit, validée par une participation historique aux primaires de droite, rassemblant bien au-delà du « parti républicain ». M. Fillon gardera pour l’histoire la lourde responsabilité, par son aveuglement suicidaire, d’avoir précipité, dans son naufrage, celui du centre-droit pour cinq années de plus…et peut-être du parti gaulliste, sans guide naturel, pour bien plus longtemps. M. Sarkozy, artisan de l’ombre du « tout sauf Juppé », n’en aura pas été totalement innocent! Mais, bien sûr, l’élection n’est pas faite et, comme disait un gaulliste historique, Chaban, « le match n’est joué qu’au coup de sifflet final » (même si l’on voit bien que les ténors de la droite n’y croient plus)!

  4. Démerdecine générale dit :

    Mélenchon est issu de la classe populaire des travailleurs laborieux des 32 heures. Sur scène, sa façon de parler et de s’habiller ressemble à celle d’un commissaire maoïste de la révolution culturelle chinoise. Il ne lui manque que le petit livre rouge à la main. Cette révolution avec le petit livre rouge a pourtant tué quelques millions de personnes innocentes. Les petits enfants des commissaires et agents de ce théâtre révolutionnaire sont devenus milliardaires. C’est cela le vrai visage du communisme qui enseigne aux illettrés que le capitalisme se résume en une phrase : « L’homme exploite l’homme ». Et le communisme est l’inverse.

  5. J.O. dit :

    Réponse à Démerdecine générale du 4 avril 2017:
    Votre propos renferme un biais cognitif qui s’appelle « le déshonneur par association ». C’est une attaque personnelle qui ne présente en réalité aucun intérêt dans le débat politique qui nous occupe aujourd’hui. Bonne journée !

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