Ingérence hollandaise

Hollande juge la campagne
(Photo AFP)

Dans un entretien avec « le Point » d’aujourd’hui, le président de la République dénonce « les simplifications et falsifications » de la campagne de Jean-Luc Mélenchon et semble se rallier, sans le nommer, à Emmanuel Macron.

FRANÇOIS HOLLANDE prononce un jugement sans appel contre les élections primaires et s’inquiète du comportement des électeurs. « Il y a un péril (…) qui fait que l’on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte ». Au sujet de M. Macron, M. Hollande estime « que la politique a besoin de renouvellement » ; il souligne qu’il n’exprimera son choix personnel qu’après le premier tour. On retrouve là la crainte d’une dérive marxiste en France, l’absence d’empathie pour le candidat socialiste, Benoît Hamon, qui ne récolte plus que 8 à 9 pour cent des intentions de vote, la résignation à adouber le candidat Macron, qui a trahi le président pour lancer son aventure personnelle. M. Hollande, dont le besoin de parler est irrépressible, ne peut pas ignorer, cependant, que son soutien à peine ébauché risque de coûter des voix à M. Macron. Quant à son jugement sur M. Mélenchon, il a été accueilli par une riposte particulièrement hargneuse du candidat de la France insoumise.

Une campagne malodorante.

En privé, selon « le Monde », le chef de l’État aurait déclaré que la campagne « sent mauvais », ce que nul ne contestera. Comme pour le Brexit et la victoire de Trump, elle aura été celle où l’on a entendu le plus de mensonges et où les candidats se sont combattus avec une haine qui a obscurci le débat démocratique. Les journaux, avec leur rigueur professionnelle habituelle, ont abondamment exposé le contenu des programmes. Huit sur onze sont fondés sur des propositions aventureuses dont le risque est masqué par un discours sur les lendemains qui chantent. Il est quand même curieux que des personnages comme MM. Asselineau, Dupont-Aignan, Cheminade poursuivent leur campagne perdue d’avance sur le thème de la destruction de l’Europe, du renversement des alliances, de l’égoïsme national ; comme si nous devions collectivement renoncer à des principes humanistes qui ont contribué à forger la nation, sous le prétexte que nous subissons une crise économique et sociale dont nul ne nie la gravité, mais qui est décrite par les mêmes comme une Apocalypse. Dramatiser le diagnostic, comme le font les « petits » candidats, Mme Le Pen et M. Mélenchon, permet de proposer un remède pire que le mal. Cela s’appelle tromper l’électeur et c’est un peu ce que François Hollande, par ailleurs personnellement attaché à la réputation de son bilan, veut dire.

Thérapie de charlatan.

À l’analyse poussée au tragique s’ajoute donc une thérapie de charlatan : la France est un pays à faible croissance, mais elle produit bon an mal an plus de 2 200 milliards d’euros de richesse. On peut toujours proposer le Frexit, la fin de l’euro, la fin de nos alliances traditionnelles, il faudrait qu’on nous dise comment, pour commencer, on va remplacer les revenus produits par le système actuel. Sous le prétexte que nous avons 3 ou 4 millions de chômeurs, on va commencer par mettre en danger tous les emplois existants. Cette imposture passe très bien dans l’électorat parce qu’elle est assortie de propos revanchards, la revanche de l’extrême droite contre la démocratie qui la fustige, la revanche du communisme contre l’histoire qui l’a condamné ; et la tentation totalitaire si bien incarnée par M. Mélenchon et Mme Le Pen. Or il n’y pas une majorité de chômeurs et de pauvres. Ce qui s’est produit n’est pas la révolte de tout un peuple contre le système abhorré, c’est une surexcitation de la campagne par des discours privés de la décence la plus élémentaire.
Les derniers sondages montrent un nouvel affaiblissement des deux candidats qui font la course en tête, Mme Le Pen, à 23 % et M. Macron, à 22,5. M. Fillon ne bouge pas : 18 %. M. Mélenchon semble avoir atteint son maximum, 17,5 %. À dix jours du premier tour, il faudrait un miracle pour que M. Fillon se qualifie pour le second, et un autre miracle pour que M. Mélenchon arrive à dépasser à la fois M. Fillon et M. Macron. Tout républicain qui se respecte voudra, au second tour, pouvoir élire un candidat qui nous protège contre les mensonges de l’extrême gauche et de l’extrême droite.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Ingérence hollandaise

  1. ARNOULD Olivier dit :

    Une idée me trotte dans la tête.
    La dernière élection présidentielle a été marquée par la déroute de son principal candidat, surpris en flagrant délit d’une déviance qui semblait connue des milieux autorisés.
    Cette élection-ci est marquée par l’atteinte d’un des principaux candidats par une dénonciation bien visée.
    Si les deux événements étaient reliés? Si le même fusil, dans les mains d’un impitoyable sniper, était responsables des deux coups?
    Si la cible n’était pas M. Fillon, ni M. Strauss-Kahn, mais l’Europe, dont le point faible, à la tête, est la France et non l’Allemagne? Science-fiction?
    Détruire les candidats pro-européens, pour faire sortir les anti-Europe?

    Réponse
    Cabinet noir, complots : M. Fillon ne nie même pas les faits qui lui sont reprochés. Quant à DSK, il est tellement évident qu’il a un problème de comportement avec les femmes…
    R.L.

  2. Num dit :

    100% d’accord sur le début de votre analyse.
    En revanche, on ne doit pas lire les mêmes sondages. M. Fillon est à 19-20%, en hausse de 2 points en moyenne sur les 2 dernières semaines, M. Macron est à environ 23%, en baisse de 2 points sur les 2 dernières semaines. Idem pour Mme Le Pen. On est donc à 3-4 points d’écart soit dans la marge d’erreur. Et sans compter les dynamiques en cours. Il est donc tout à fait possible que M. Fillon soit au second tour. Nul besoin de miracle.
    Réponse
    C’est comme si c’était fait.
    R.L.

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