Macron-Bayrou : le clash

Il y a un mois, tout allait bien
(Photo AFP)

François Bayrou s’insurge contre une répartition des investitures de la République en marche qui, selon lui, ne fait pas la part juste au MoDem. En effet, pour le moment, une quarantaine de circonscriptions ont été attribuées au MoDem, contre les 90 qui leur avaient été promises.

RICHARD FERRAND, qui désigne les candidats d’En Marche !, a affirmé que tout allait s’arranger entre le président Macron et le président du MoDem. Les investitures, pourtant préparées de longue date, ont donné lieu à un cafouillis où les ennemis de M. Macron, prompts à dénoncer ses faiblesses, voient beaucoup d’amateurisme. Pour un parti qui n’a que quelques mois (un bébé par rapport aux autres), l’indulgence est requise. Pour la « République en marche », il ne s’agit pas seulement de constituer un groupe parlementaire. Il s’agit de désigner des gens censés contribuer à un changement de politique, à une amélioration de l’éthique et des nouveaux comportements en public. Ce n’est pas une tâche facile et, au final, 428 candidats ont été désignés, avec un respect absolu de la parité hommes-femmes et 52 % des personnes choisies venant de la société civile. C’est dans la composition même de ce groupe que s’établit une façon différente de faire de la politique et, même s’il y a eu des erreurs, même si des hommes ou des femmes ont été désignés bien qu’ils n’eussent pas fait acte de candidature, même s’il a fallu les remplacer à toute allure, même si les sarcasmes ont fusé de toutes parts, l’exercice à lui seul a apporté une surprenante nouveauté.

Une ombre sur la politique exemplaire.

Il en va autrement du différend qui oppose le président et François Bayrou. Celui-ci jure qu’il avait été décidé que le MoDem serait candidat dans 90 circonscriptions. Peut-être ne sont-elles pas toutes gagnables, mais ce qui est certain, c’est que l’accord Macron-Bayrou était anormalement généreux à l’égard du MoDem. Le président Macron peut espérer un groupe de 250 à 300 députés. Au sein d’un tel groupe, la part prévue pour le MoDem donnerait au parti centriste une influence exceptionnelle, susceptible de jouer contre les décisions de M. Macron. Celui-ci a-t-il réalisé un peu tard qu’il s’était trop avancé ? A-t-il voulu corriger le tir ? Il est bien improbable que, dans le groupe des 150 investitures que la République en marche doit encore annoncer, M. Bayrou obtienne plus qu’une vingtaine de représentants de son parti. D’autant que la proportion des anciens socialistes est trop élevée et qu’elle doit être contre-balancée par davantage d’hommes et de femmes issus de la droite. Dans ce cas, le différend est beaucoup plus sérieux qu’il n’en a l’air. Il risque de compromettre la délicate construction que M. Macron met en place. Il jette une ombre sur la politique exemplaire que le nouveau président entend appliquer.

Le choix du Premier ministre.

Il serait surprenant qu’il accepte in fine de se lier les mains et d’obérer son avenir. Il devrait préférer passer en force, ou compenser par un autre geste en faveur de M. Bayrou l’absence d’une trentaine de députés du MoDem. Pour l’heure, M. Macron ne sait pas du tout s’il peut espérer obtenir la majorité absolue à l’Assemblée (290 députés). Les sondages accordent, au premier tour des législatives, 29 % à la la République en marche, 20 à LR, 20 % au FN (chiffre très élevé, mais qui diminuera au second tour), 14 % à la France insoumise. Le choix du Premier ministre de M. Macron sera annoncé lundi après la passation de pouvoirs, dimanche, à l’Élysée. Ce sera l’acte le plus important de M. Macron après son élection. Soit il choisit un homme neutre qui n’augmentera pas l’élan populaire en sa faveur ; soit il nomme un homme de droite, ce qui devrait encourager (mais ce n’est pas sûr) un afflux de voix en provenance des électeurs de LR. Les Républicains ont fort bien perçu le danger qui, sans insulter un avenir où se dessinent la cohabitation ou la coalition, tirent à boulets rouges sur le nouveau pouvoir présidentiel.
Tout cela démontre que, en dépit des puissants efforts d’En Marche ! pour échapper aux tractations politiciennes d’antan, les gestes symboliques, les conversations secrètes entre partis, l’accumulation d’hypothèses contradictoires sont inévitables, et qu’il y a une limite à l’angélisme. Où est l’intérêt du pays dans cet imbroglio ? Dans une majorité absolue, indispensable à l’application d’une ferme réforme économique et sociale. Ce qui ne lève pas une inconnue : qui, d’En Marche ! ou de LR, obtiendra cette majorité.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

14 Responses to Macron-Bayrou : le clash

  1. liberty8 dit :

    La victoire de Macron est incontestable, quelles qu’en soient les raisons.
    L’explosion politique qui en résulte a été en deux temps et n’en a pas fini avec les secousses.
    Tout d’abord avec l’éviction des deux partis de gouvernement habituel puis avec la stratégie de désignation des candidats aux législatives.
    On ne peut pas me faire le procès de n’être pas de droite, je l’ai assez prouvé sur ce blog. Toutefois il faut reconnaitre que le programme de LREM (La République en marche) devient de plus en plus attirant après les coupes sombres du programme de LR. La baisse des impôts et le paiement des heures sup, c’est du Sarkozy réchauffé, la suppression complète de l’augmentation de la TVA une ineptie.
    Le FN a de gros problèmes internes et sa stratégie qui consiste à placer ses ténors en parachutage, une faute. Mélenchon dont l’ego va le transformer en montgolfière, se tire une balle dans le pied en sacrifiant ses alliances. Les socialistes se transforment en mosaïque. LR devrait se scinder en deux courants : l’un d’opposition brutale et l’autre plus constructif avec Bertrand, Woerth, NKM et les juppéistes.
    LREM très intelligemment a déjà sélectionné ses futurs groupes d’alliance de droite et de gauche en ne présentant pas de candidat face à eux. Quand à Bayrou (l’homme qui veut du renouveau sans changer les méthodes), j’ai adoré le coup de Jarnac Je dirai qu’il n’a que ce qu’il mérite depuis très longtemps, lui aussi il devrait concourir pour la montgolfière la plus grosse, car 35 candidats éligibles, ce n’est pas rien, beaucoup plus que s’ils se présentaient sous l’étiquette MoDem en concurrence avec les autres.
    En conclusion, Macron devrait avoir une majorité avec son parti, la gauche pro-Macron et la droite du consensus. Je m’inscrirai dans cette dernière car il faut donner une chance à cette nouveauté qui bouleverse tout. C’est notre espoir, sinon les temps sombres seront de retour.

    • Michel de Guibert dit :

      Pour le MoDem, 35 députés éligibles ce serait bien, mais êtes-vous sûr qu’il s’agisse de circonscriptions gagnables ? J’en doute…

      • liberty8 dit :

        Oui je crois que c’est 35 gagnables, mais le but de Bayrou c’est d’avoir une force MoDem d’un poids considérable dans la majorité présidentielle, 80 sur 300. Personnellement je trouve cela complètement disproportionné. Quand on voit les réactions du personnage, ce n’est vraiment pas à souhaiter, il risque de paralyser à lui tout seul toute décision et pas forcement par conviction politique mais par intérêt purement personnel.

  2. Num dit :

    Excellente analyse à laquelle je souscris à 100%

    Concernant l’alliance Macron-Bayrou, ca commence bien ! Bayrou est vraiment l’homme à fuir à tout prix. Il n’apporte que des problèmes et ne fait que trahir.

    • Michel de Guibert dit :

      En l’occurrence il semble que ce soit plutôt Macron qui ait trahi Bayrou !

      • admin dit :

        Il n’y avait aucun accord de répartition des circonscriptions entre Macron et Bayrou. C’est le président du MoDem qui l’a dit et les chaînes de télévision ont rediffusé les videos de l’époque. En revanche, on ne peut pas dire que Bayrou, tout au long de sa carrière, ait jamais été fidèle à qui que ce soit : il a été à droite, puis au centre, puis à droite, puis favorable à Ségolène Royal, puis pro-Hollande et maintenant il fait un esclandre pour torpiller Macron.
        R.L.

  3. Michel de Guibert dit :

    Un « nouveau » dont la présence remarquée est significative : Gaspard Gantzer, l’ancien conseiller chargé des relations avec la presse, chef du pôle communication, à la présidence de la République, un autre poulain de Jean-Pierre Jouyet… désigné par « La République en marche » pour être candidat aux élections législatives de 2017 dans la 2e circonscription d’Ille-et-Vilaine.

    • liberty8 dit :

      Oups il est plus là, il a abandonné, remplacé par une MoDem. Décidément tout va trop vite, on ne peut plus suivre. Bayrou est de nouveau copain, il a augmenté la ration de son plat de lentilles. Mais comment peut on supporter un tel individu ?

      • Michel de Guibert dit :

        On peut supporter plus facilement un agrégé de lettres classiques qui a été professeur, admirateur de Henri IV et de Charles Péguy, et un bon ministre de l’Éducation nationale qu’un énarque qui a été banquier, affirmant qu’il n’y a pas de culture française, et un médiocre ministre de l’Économie.

  4. Jouve Véronique dit :

    Heureuse de retrouver votre pertinence ;)))

    Réponse
    Je vous ai pourtant prouvé que je ne l’avais pas perdue.
    R.L.

  5. leroy dit :

    Pour Bayrou, on peut résumer son récent parcours ainsi : en 2007, aux présidentielles, Ségolène Royal, jouant à l’envers le drame de Shakespeare, essaye de forcer sa porte en allant « chanter sous son balcon », scène qui, à l’époque avait eu un succès médiatique assez important.
    Mais, inflexible et peu galant Roméo, Bayrou la renvoie sèchement, pensant, comme sa fidèle conseillère, qu’il n’avait que faire de cette Juliette encombrante et volontiers envahissante. En 2012, après avoir fortement critiqué le programme de Hollande, en particulier dans sa partie économique, il décide, à la stupeur de la droite et du reste de l’opinion, de faire voter pour le socialiste, et ce n’est pas rien dans le succès de dernier.
    En contrepartie, si l’on peut dire, le PS, rejouant la scène de 2007, ignore totalement ce ralliement de dernière minute, et le fait battre nettement aux législatives à Pau. Par conséquent, en 2016, au départ de Jean Lassalle qui s’est brouillé avec Bayrou, il n’y a plus de député MoDem à l’assemblée. Ce groupe ne compte d’ailleurs plus que 3 sénateurs et 6 députés Européens.
    Aux municipales de 2014, le louvoyant centriste est enfin élu maire de Pau grâce à l’appui de l’UMP.
    En 2017, aux primaires de la droite, il soutient la candidature de Juppé, qui l’avait lui même soutenu dans la capitale du Béarn, et avait réussi à convaincre son propre parti réticent de faire voter pour le chef du MoDem à cette occasion.
    Après l’élimination de Juppé aux primaires, le maire de PAU ne se manifeste plus jusqu’ au 22 février, date à laquelle il se prononce en faveur de Macron, avec qui il contracte bruyamment devant les cameras une association où le dithyrambe le disputait au panégyrique, volant ainsi au secours de la victoire, et finalement contribuant assez nettement à l’élimination de Fillon à qui il a manqué un peu plus de 1% pour battre Marine Le Pen. Voilà un homme qui a de la suite dans les idées…
    Enfin, last but not least, après avoir dit qu’il ne voulait rien et n’était candidat à rien dans son alliance avec Macron, purement désintéressée affirmait-il, voila qu’il prétend qu’un accord avait été passé entre eux deux, et quel accord : rien moins que d’investir pour les législatives une centaine de candidats MoDem. Ce groupe passerait ainsi, en cas de succès électoral, de 0 à plusieurs dizaines de députés !
    Voila un homme qui semble connaître assez bien la politique à l’ancienne, et qui fait figure de parrain machiavélique dans un groupe « En Marche » tout dévoué, paraît-il, à une « autre manière » de faire de la politique, plus jeune, plus transparente, plus humaine, plus juste, dénuée de calculs politiciens et de compromis ! ça commence très fort !
    Amicalement.
    PS : la belle fille de Macron vient de recevoir l’investiture d’ « En Marche » pour les législatives. Attention Emmanuel, tu commences à faire du Fillon, et tu sais où ça mène…

  6. SCIENCEPOT dit :

    JE NE COMPRENDS PAS POURQUOI UN HOMME FORCEMENT PREMIER MINISTRE. VOUS CONNAISSEZ DEJA PEUT ETRE LE FUTUR PREMIER MINISTRE MONSIEUR LISCIA ?
    Réponse
    Je ne le connais pas.
    R.L.

    • Liberty8 dit :

      Ecrire en majuscules, c’est l’équivalent de crier, donc merci d’écrire en minuscules, c’est juste une notion de politesse sur le net.

  7. SCIENCEPOT dit :

    Soit il choisit un homme neutre qui n’augmentera pas l’élan populaire en sa faveur ; soit il nomme un homme de droite.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.