La dernière de Trump

Tout un programme
(Photo AFP)

En attendant que s’apaise dans cet espace la polémique sur l’élection de M. Macron, le président des Etats-Unis, Donald Trump, continue à faire de siennes. La dernière en date de ses frasques, c’est le limogeage du directeur du FBI qui ressemble d’autant plus à un abus de pouvoir que les raisons invoquées par M. Trump sont fallacieuses.

JAMES COMEY est ce directeur du FBI (le descendant de J. Edgar Hoover) qui a beaucoup fait parler de lui quand, à la veille de l’élection présidentielle américaine, il a publiquement relancé l’enquête sur les emails dont Hillary Clinton n’aurait pas assuré la sécurité pour, quelques jours plus tard, confirmer qu’elle n’avait commis aucune faute. Entretemps, il avait suffisamment affaibli la candidate démocrate pour assurer la victoire de Donald Trump, qui enleva une majorité d’Etats, mais perdit le vote populaire (trois millions de voix de moins que sa rivale). On ne peut donc pas dire que M. Comey soulève un grand enthousiasme dans le parti démocrate. Peut-être pour montrer son impartialité, il a décidé d’enquêter sur les liens de M. Trump et de ses affidés avec Moscou. Son soupçon repose sur des relations entretenues par les équipes du président avec le gouvernement russe et des informations selon lesquelles des hackers russes seraient parvenus à pénétrer dans les systèmes électroniques du scrutin fédéral. Ce qui, de toute évidence, remet en cause l’élection de Trump si ces rumeurs sont confirmées.

Une exécution.

Le président américain, qui devient de plus en plus autoritaire à mesure qu’il se heurte aux checks and balances de la Constitution a littéralement exécuté M. Comey dans une lettre plutôt comminatoire dans laquelle il lui a fait savoir qu’il n’était pas satisfait de ses services, bien que le mandat du directeur du FBI courût jusqu’en 2023. M. Comey ne s’en est pas indigné et a accepté la décision du président en soulignant que celui-ci n’avait fait qu’exercer son droit. Ce n’est pourtant pas l’avis de l’opposition démocrate ni même celui de plusieurs élus républicains qui voient dans le geste de M. Trump la traduction d’un arbitraire contraire à l’exercice bien tempéré du pouvoir. Comble de l’hypocrisie, M. Trump, après avoir agoni d’injures Mme Clinton pendant la campagne et trouvé dans l’enquête du FBI une raison décisive de sa non-éligibilité, déclare maintenant que, s’il a limogé M. Comey, c’est parce qu’il n’aurait pas dû relancer l’affaire des emails. Tout le monde a compris au contraire que ce qui gêne le président, c’est la seconde enquête, pas la première, qui n’a abouti nulle part. Il s’agit de savoir si M. Trump a bénéficié du soutien d’un pays étranger pendant sa campagne et si les affaires qu’il continue de faire en Russie sont compatibles avec son mandat politique.

Panier de crabes.

M. Comey n’ayant pas donné de lui-même une image positive, les méthodes de Trump étant éminemment suspectes, ses relations avec le Congrès n’étant pas bonnes, le panier de crabes qui résulte du comportement de la classe politique et des relations exécrables de M. Trump avec l’Establishment ne favorise ni l’émergence de la vérité ni le respect des institutions. Il apparaît néanmoins que le président, qui a annoncé sa décision avant même que M. Comey reçût sa lettre, a surtout cherché à se protéger et à étouffer une affaire qui pose la question de sa légitimité. Il y a un précédent à ce genre de crise. Elle remonte au Watergate, scandale datant de 1973. Il s’agit de l’espionnage du parti démocrate par des voyous dépêchés par le parti républicain. Une enquête indépendante a été ordonnée, qui est remontée jusqu’à la Maison Blanche. Quand Richard Nixon a été sommé de livrer aux enquêteurs les enregistrements systématiques qu’il faisait de toutes ses conversations dans son bureau, il a riposté en limogeant, le 23 octobre 1973, Archibald Cox, procureur spécial, ce qui a conduit à la démission du ministre de la Justice et de son adjoint. L’épisode est resté dans les mémoires comme « le massacre du samedi soir » et a conduit à la démission de Nixon le 8 août 1974. Il est préférable de ne pas tirer du limogeage de M. Comey des conclusions trop rapides. Il n’empêche que toute bataille entre un pouvoir peu respectueux des institutions et le droit finit toujours, aux Etats-Unis par la victoire, à terme, du second. M. Trump a écarté un homme qui le gênait, mais rien n’empêche le FBI de poursuivre son enquête.

RICHARD LISCIA

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