Carburants : la pantomime

M. Vérité s’adresse aux journalistes
(Photo AFP)

Il en va du transport des carburants comme de la vie de tous les jours : problèmes et solutions dépendent d’une série de postures, celles de syndicats, celles des directions.

LA GREVE des camionneurs était d’autant plus prévisible qu’une négociation large entre syndicats et patronat était prévue pour le mois de juillet. La CGT a décidé de ne pas attendre et de lancer un conflit avec un mois d’avance, pour rappeler sa capacité de nuisance à la veille des élections législatives. Le patronat a commencé par ignorer la grève, comme si les revendications des routiers étaient excessives : ils demandent 14 euros de l’heure et une prime pour l’insécurité accrue liée à la nature de leurs cargaisons. De telles revendications ne semblent pas disproportionnées. Mais les compagnies de transport ont trouvé un argument, à savoir qu’elles n’avaient pas de raison de négocier avec un seul syndicat, un peu comme si elles réclamaient, paradoxalement, que la grève se généralise.

Le « respect » des règles.

De son côté, la CGT (par la voix de son délégué, Jérôme Vérité, ça ne s’invente pas) insistait sur son respect de l’éthique : à l’entendre, elle n’empêchait personne de travailler, elle ne bloquait pas les centres d’approvisionnement, elle ne tentait pas d’exaspérer le public. Dans une sorte de convergence des adversaires, les directions tenaient, en quelque sorte, le même discours. Il n’y avait pas péril en la demeure et le public trouverait du carburant sans la moindre difficulté. Ce qui ne s’est pas vérifié. Il est vrai que le mouvement paralyse l’Île-de-France, mais pas la province ; qu’il n’y a pas eu, à proprement parler, de blocages des stocks, même si les « barrages filtrants » ont obligé la moitié des stations services à fermer purement et simplement ; que nombre d’automobilistes ont réduit leurs parcours ; que la panique inhérente à ce genre de conflit social a entraîné une surconsommation qui explique mieux la pénurie que la grève elle-même. Mais le résultat n’est-il pas le même ?

Le gouvernement met le holà.

Le gouvernement a enfin décidé de mettre les pieds dans le plat. La ministre des Transports, Elisabeth Borne, a convoqué tous les syndicats et le patronat au siège du ministère. La discussion s’est poursuivie jusque tard dans la soirée d’hier et les représentants syndicaux en sont ressortis en affichant leur optimisme. Ils vont soumettre l’accord conclu à leurs troupes et les barrages, filtrants ou non, pourraient être levés à la veille du week end de la Pentecôte. Les Franciliens ont donc perdu une semaine en vaines palabres alors que le conflit pouvait être évité dès la semaine dernière.
Comment ne pas approuver les revendications des grévistes ? Comment ne pas comprendre les sociétés de transport mises devant le fait accompli par la CGT ? Comment ne pas s’indigner que l’économie et l’activité humaine soit perturbée par une poignée de personnes qui, une fois encore, loin de se contenter de leur droit de grève, n’hésitent pas à s’en prendre au pays pour obliger le gouvernement à intervenir ? Ce qui est surprenant, c’est l’archaïsme de la méthode, qui consiste à prendre les Français en otage pour satisfaire les exigences d’un syndicalisme politisé. La CGT ne va quand même pas faire des cadeaux à un président élu au suffrage universel ! Le calendrier social se moque des changements politiques qui viennent de se produire. Il fallait rappeler à M. Macron, à la veille d’une grande réforme du travail, qu’il doit compter avec la CGT, et elle seule, si aucun autre syndicat ne veut la suivre.

RICHARD LISCIA

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