Brexit : le pire n’est pas sûr

Mme May (avec le Premier ministre espagnol) à Bruxelles
(Photo AFP)

La Première ministre britannique, Theresa May, garantit leur présence au Royaume-Uni aux Européens qui y vivent ; le président du conseil européen, Donald Tusk, laisse entendre que la Grande-Bretagne devrait renoncer à son projet de quitter l’Union européenne ; dans un entretien, le président Macron exprime un souhait dans ce sens ; et l’opinion britannique commencerait à douter d’une sécession qui risque de faire des dégâts économiques et financiers.

C’EST « LE FIGARO » de ce matin qui soulève cette très optimiste hypothèse. Elle a l’avantage d’être marquée au coin du bon sens, même si elle ne semble pas être réalisable à cause des crispations politiques que le référendum britannique a entraînées. Theresa May a sans doute compris que le « hard Brexit », la rupture pure et simple entre le Royaume-Uni et l’UE n’est plus possible. Avec un curieux acharnement, elle avait adopté, au lendemain du référendum, une position intransigeante, en partie pour satisfaire la majorité de 52 % qui exigeait le Brexit, en partie pour obtenir de l’UE le maximum de concessions grâce à sa position de force. La commission de Bruxelles avait aussitôt indiqué qu’elle ne se laisserait pas intimider par Londres, que les négociations seraient longues et extraordinairement complexes et que, pour quitter l’Union, clause écrite dans le traité européen, la Grande-Bretagne devait remplir les conditions mentionnées par le même traité.

Supprimer 750 accords.

La séparation, qui implique la suppression de quelque 750 accords liant Londres à l’Europe, ne peut être, quoi qu’en pensent les Britanniques encore attachés au Brexit, qu’une rude épreuve, avec des conséquences négatives. La dévaluation de facto de la livre sterling en est un exemple. Le financement par le Royaume-Uni des engagements qu’il a déjà pris vis-à-vis de l’Union est évalué à quelque 100 milliards d’euros. En acceptant de ne pas modifier le statut des Européens vivant et travaillant outre-Manche, Mme May fait un pas considérable en direction de la libre circulation des personnes, celle-là même que l’UE exige pour offrir à Londres un accord de libre-échange qui maintiendrait des relations commerciales et financières sans entraves entre les Anglais et les Européens.
Cependant, l’affaiblissement politique de Theresa May ne l’autorise pas à opérer un changement de cap aussi drastique. Elle vient de perdre des élections législatives qui l’ont privée de la majorité absolue au Parlement. Elle est très contestée, à cause de l’insécurité et de l’incendie d’une tour HLM qui a brûlé à Londres. L’incendie a fait plus de 60 morts. Très impopulaire, notamment dans la forte fraction de l’opinion publique qui est hostile au Brexit, elle l’est également chez les Brexiters, insatisfaits sur le plan économique et social et dubitatifs quant à sa capacité de trouver un accord convenable avec l’UE.

Un pays inquiet et divisé.

Depuis le référendum et la démission de l’ancien Premier ministre David Cameron, la Grande-Bretagne est à la fois morose, inquiète et divisée. Son modèle d’intégration des minorités est remis en cause par le terrorisme. Ses infrastructures sociales sont rongées par la rigueur budgétaire, à laquelle Mme May est associée. Ses perspectives internationales et son rayonnement à l’étranger sont limités. L’opposition travailliste, de son côté, a réussi à affaiblir le pouvoir sans pour autant le conquérir. Le chef du Labour, Jeremy Corbyn, qui se situe à la gauche de son parti, n’est ni un Européen enthousiaste ni un euro-sceptique. Le Royaume-Uni est donc en suspension, entre un pouvoir faible, une opposition faible, et des problèmes à résoudre qui nécessitent l’action d’un Premier ministre dynamique et visionnaire, appuyé sur une forte majorité.
La chef du gouvernement britannique n’a pas réussi à faire du Brexit une opération rentable pour son pays, et elle n’y parviendra pas dans les deux années que les négociations vont durer. Elle n’a pas non plus la stature qui lui permettrait d’expliquer à ses concitoyens pourquoi, en dépit du résultat du référendum, il est préférable de renoncer à la rupture avec l’Europe. Les arguments ne manquent pas mais, pour convaincre les Brexiters, il faut une autorité que Mme May n’a pas, comme elle l’a déjà prouvé avec des élections anticipées qui lui ont fait perdre son pari politique.

RICHARD LISCIA

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One Response to Brexit : le pire n’est pas sûr

  1. Michel de Guibert dit :

    Belle analyse.
    Le pire n’est pas sûr, et tout est possible maintenant que Theresa May n’a plus la majorité absolue.

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