Trois partis en crise

A Calais, Bertrand sous le parapluie de Darmanin
(Photo AFP)

Le PS, LR et le Front national subissent, depuis la fin du cycle électoral, le contre-coup d’une défaite qui ne les a pas atteints avec la même violence mais les laissent tous trois dans un état proche de la décomposition.

LE PS était le plus vulnérable des trois mouvements car il était associé à une gestion pour laquelle la population a éprouvé une profonde aversion pendant presque toute la durée du mandat de François Hollande, dont le bilan n’a pratiquement été dressé par personne, comme si la dimension de l’échec entraînait une réaction charitable et donc un consigne de silence. On s’est d’autant moins attardé sur ce bilan que les convulsions du PS, laminé par une chute de 90% du nombre de ses députés, ont vite remplacé, dans les esprits, le souvenir des errances passées. En France, on s’inquiète toujours de la disparition d’un parti politique, parce qu’elle traduit un déséquilibre dangereux pour la suite, au cas où un dérapage de la majorité reporterait l’opinion vers l’opposition. Celle-ci ne peut jouer un rôle utile en période de crise que si elle est forte et peut se faire entendre.

La faute de Hollande.

M. Hollande s’est fait élire sur un programme qu’il fut incapable d’appliquer. Assez tôt dans l’exercice de son mandat, il a changé de fusil d’épaule et a commencé à mettre en oeuvre de coûteuses mesures de relance de l’économie qui commencent seulement cette année à produire des résultats. On dirait donc qu’il a été pris par le temps et que, si son mandat avait été plus long, il aurait été en capacité de faire campagne et peut-être d’être réélu. Mais il a soulevé contre lui non seulement les oppositions de droite et d’extrême gauche, mais aussi une partie du PS, qui a obligé Manuel Valls à gouverner au moyen du 49.3, méthode utilisée par nombre de chefs de gouvernement avant lui mais qui semble avoir cristallisé toute la hargne que le pouvoir inspirait à l’opinion. Le parti socialiste ne pouvait pas se relever d’un tel traumatisme.
Sur le plan électoral, les frondeurs ont été rejetés tout autant que les socialistes les plus traditionnels. Mais les courants expriment aujourd’hui leurs différences avec force et ne sont pas disposés à se réconcilier. Les conséquences de la défaite ne sauraient être minimisées. Les socialistes attachés à leur parti doivent apprendre la patience et faire une cure d’opposition qui leur permettra peut-être un jour de remonter la pente.

L’épisode Fillon.

Les Républicains et l’UDI ont essuyé un échec grave, principalement parce que, à la fin de l’année dernière, ils étaient censés gagner les élections qui viennent de s’achever. Mais ils représentent aujourd’hui la force d’opposition principale, grâce à leurs 132 députés (avec l’UDI). Cependant, comme le PS, ils sont divisés entre ceux qui souhaitent participer à l’action gouvernementale et ceux qui veulent la combattre. Eux aussi ont réussi non seulement à gâcher leurs chances électorales mais à brouiller leur message. Au lendemain de la défaite de François Fillon, ils ont cru utile de remanier sa plate-forme politique, notamment parce que les projets de réforme qu’elle contenait risquaient de déclencher une révolte sociale. Mais, du coup, les dispositions présentées par En Marche ! ont semblé plus consistantes que celles de LR et de l’UDI. L’erreur des Républicains aura été de se rallier à M. Fillon quand ils devaient, au contraire, lui demander de se démettre. Le rôle discret que Nicolas Sarkozy a joué dans le maintien de M. Fillon, par François Baroin interposé, a annihilé les chances de la droite dès le mois de février. La création d’un courant « très à droite » et qu’incarnerait Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, n’aurait pas eu lieu si un autre candidat que M. Fillon avait été investi par le parti avant la fin du mois de février. Aujourd’hui, M. Wauquiez livre un duel à Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France, qui, dimanche encore, dénonçait son tropisme vers le FN. Tandis que les députés LR les plus à gauche annonçaient il y a quelques jours leur intention de voter la confiance au gouvernement. Les Républicains devraient écouter ce que M. Bertrand a à dire : il est le plus lucide d’entre eux et celui qui travaille le plus pour ses administrés.

FN : une tragi-comédie permanente.

Enfin, il y a le sort du Front national, lieu d’une tragi-comédie permanente, où les passions sont d’autant plus exacerbées que ce parti s’est cru aux portes du pouvoir et a été terriblement déçu par sa défaite à la présidentielle, puis aux élections législatives. Il reste néanmoins très bien implanté dans le territoire. La relation entre Marine Le Pen et Florian Philippot et la conduite d’un Jean-Marie Le Pen qui refuse de se laisser écarter expliquent probablement les divisions, la mauvaise humeur et le désarroi au sein du FN, tels que Marion Maréchal-Le Pen les a exprimées en refusant de se présenter à un nouveau mandat. On suppose que, si M. Wauquiez lorgne vers le FN, ce n’est pas pour le rejoindre mais pour lui prendre des électeurs. Une démarche fort peu originale. Elle a été utilisée deux fois par M. Sarkozy et la deuxième fois, en 2012, il a perdu.
Bien plus que le mode de scrutin et l’abstention, les partis politiques ont payé des erreurs qu’ils sont capables de commettre encore. Si les législatives ont chamboulé la répartition des députés dans l’hémicycle, c’est parce que la République en marche a fait à l’électorat une offre apparemment irrésistible. Des clivages idéologiques pré-existants, les fautes tactiques et stratégiques des autres mouvements expliquent largement la victoire de REM. Le PS ne risquait pas de rester au pouvoir après un quinquennat raté. LR ne pouvait pas triompher après avoir misé sur M. Fillon. Marine Le Pen ne pouvait espérer être élue présidente après sa prestation télévisée lamentable. Et enfin, si la France insoumise a survécu au raz-de-marée macroniste, c’est parce qu’elle suit aveuglément un homme et qu’elle aussi se présente comme une force de changement.

RICHARD LISCIA

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One Response to Trois partis en crise

  1. Andre MAMOU dit :

    Excellente analyse . Une réserve : la France insoumise doit tout au talent de tribun du siècle dernier de Mélenchon mais surtout aux électeurs socialistes du PS qui refusent tout compromis avec la social démocratie. Il y avait bien deux tendances irréconciliables au PS et Manuel Valls avait raison. La FI est le PS debarassé des socialo centristes comme Collomb, Valls, Hollande, Le Foll, etc..

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