Trump : premier bilan

Le « trumpisme » à l’épreuve
(Photo AFP)

Il y a six mois que Donald Trump est entré à la Maison Blanche et, sacrifiant à la coutume, les commentateurs tentent de dresser un premier bilan de ce qu’il a fait ou qu’il n’a pas fait et se demandent surtout s’il a tenu ses promesses.

M. TRUMP est arrivé au pouvoir avec un programme qui, aux yeux d’au moins la moitié des Américains, semblait effrayant et dangereux. Dans son cas, tenir ses promesses revient donc à engager les États-Unis dans une spirale qui les affaiblit moralement, politiquement et financièrement. Sur le plan moral, il a réussi au-delà de ses espérances, car son refus de signer le pacte mondial sur le climat a fait de l’Amérique un paria international. Il peut se targuer devant ses électeurs d’avoir tenu bon face aux pressions innombrables dont il a fait l’objet, mais il ne peut pas leur faire croire que son action diplomatique a amélioré l’image du pays.

Popularité en berne.

En conséquence, l’évaluation du bilan de M. Trump doit être réalisée autrement qu’en cochant les promesses tenues ou non tenues. La construction du mur entre le Mexique et les États-Unis n’a pas encore commencé. Le gouvernement mexicain refuse évidemment de la financer, et M. Trump, dans un propos particulièrement limpide, envisage maintenant un mur « virtuel ». En revanche, il a été en mesure, après quelques défaites judiciaires, de faire appliquer ses mesures anti-immigration, qui concernent une série de pays à majorité musulmane dont les citoyens ne sont pas les bienvenus aux États-Unis. Le président, au cours de ces six derniers mois, a essayé de gouverner par executive orders, ou décrets présidentiels, qui ont été pour la plupart combattus en justice et non sur le plan législatif. La méthode est conforme au droit et Barack Obama lui-même l’a utilisée en diverses circonstances. Cependant, dans le processus, Donald Trump a testé les limites de son pouvoir. Il a découvert, avec un étonnement puéril, que l’opposition à son gouvernement pouvait prendre plusieurs aspects, freinait ou immobilisait la dynamique qu’il essaie de lancer, et créait plus de désordre que de réformes.

L’élan populiste faiblit.

Sa cote de popularité est basse (autour de 42 %), mais elle n’est pas catastrophique car il conserve le noyau dur de l’électorat qui l’a mis au pouvoir. En revanche, la majorité républicaine du Congrès, qui devrait ouvrir une voie royale à ses projets de loi, ne se montre pas enthousiaste pour les voter. Les élus républicains constatent en effet que, souvent parmi leurs électeurs, le souci de préserver certains avantages sociaux est plus fort que l’élan populiste qui leur a accordé les deux pouvoirs, législatif et exécutif. Après avoir caracolé sur la vague de la réduction des dépenses sociales, ils se heurtent aujourd’hui à l’inquiétude de ces dizaines de millions d’Américains qui craignent que le démantèlement de l’assurance-maladie, telle que Barack Obama l’avait réformée, leur soit gravement préjudiciable. L’Obamacare étend la protection de sa santé à tous les citoyens américains. Ce faisant, il renforce les programmes qui étaient appliqués aux foyers modestes (Medicaid) et aux seniors (Medicare). Convaincus qu’ils ont vocation à diminuer des dépenses de santé très élevées, les élus républicains souhaitent diminuer de quelque 800 milliards de dollars en dix ans les dépenses associés à Medicaid qui, pourtant, offre une assurance-maladie à 76 millions de personnes (dont les deux-tiers des personnes en maisons médicalisées) et soigne 40 % des enfants américains.

La confusion des élus et des électeurs.

Cet état des lieux donne une idée de la distance existant entre les revenus des foyers modestes ou pauvres et le coût des soins aux États-Unis. Mais il montre aussi que l’action sociale y est beaucoup plus intense qu’on ne le dit. C’est à cette couverture santé que le parti républicain veut s’attaquer, engageant ainsi un mouvement de régression sans précédent. Mais, même au sein de ce parti, les dissensions abondent, non seulement parce que l’humanisme de bon nombre d’élus est soumis à l’épreuve, mais parce que la réduction des dépenses de santé, dans un pays où on a peur de tomber malade, est extrêmement impopulaire. De ce point de vue, si Trump pense avoir été élu parce que sa conception de la vie et du monde a coïncidé parfaitement avec celle d’une majorité de ses concitoyens, il constate aujourd’hui qu’il existe, dans l’esprit de son électorat, une confusion ou des contradictions qui le conduisent à renier les principes au nom desquels il a voté.
L’incertitude est telle au Sénat qu’il tarde à se prononcer sur une réforme du système d’assurance-maladie. On a tout lieu de croire que la majorité parlementaire n’osera pas priver les Américains d’une protection minimale, mais on peut encore craindre qu’elle la réduira. À l’usage, une telle évolution se retournera forcément contre ceux qui l’auront conçue. Et, bien entendu, ce modeste bilan n’inclut pas les démêlés de M. Trump avec le FBI. Un feuilleton assez foisonnant pour faire l’objet d’une autre analyse.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

One Response to Trump : premier bilan

  1. Michel de Guibert dit :

    Il y a des cas où il vaut mieux que les promesses électorales ne soient pas tenues !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.