Terreur à Marseille

Le ministre de l’Intérieur à Marseille
(Photo AFP)

L’enquête dira si l’assassinat au couteau de deux jeunes femmes à la gare de Marseille, commis par un homme que des soldats ont abattu, est un acte terroriste ou une crime de vengeance. Ce qui est sûr, c’est que le climat d’insécurité devient de plus en pesant, en France, mais aussi à l’étranger, par exemple à Las Vegas, où un tireur a assassiné 58 personnes et en a blessé plusieurs centaines d’autres.

TOUT LE MONDE se félicite de la prompte réaction des militaires agissant dans le cadre de l’opération Sentinelles et sans qui l’assassin aurait pu commettre une tuerie. La froide vérité est que la société ne dispose d’aucun moyen sûr de prévenir de tels crimes. Dans leur ensemble, les Français n’ont pas cédé à la panique, ils refusent de se terrer chez eux, ils veulent aller au spectacle, voyager, se rencontrer. À l’inexistence du risque zéro répond la confiance aveugle dans la vie, celle qui continue, bien sûr, mais celle que les pouvoirs publics doivent protéger avec des moyens qui restent démocratiques. On ne répètera jamais assez combien était précieuse la vie des deux jeunes victimes. Mais ce à quoi pense le pouvoir, c’est une dégradation de la sécurité en France qui conduirait l’opinion au point de rupture, celui qui, en exaspérant l’intolérance pour les criminels, exigera des mesures générales, donc injustes.

Le procès Merah.

Le procès du frère de Mohamed Merah et de l’un de ses présumés comparses, qui a commencé ce matin, va se dérouler dans cette ambiance délétère. Merah est mort, mais la justice soupçonne quelques-uns de ses proches de l’avoir aidé dans sa tâche monstrueuse. Il a d’abord assassiné trois militaires français, puis il s’est rendu dans une école juive de Toulouse où il a abattu quatre personnes dont une petite fille qui tentait de lui échapper. Les horreurs commises par Merah étaient le signe avant-coureur d’une vague de terrorisme comme la France n’en avait jamais connu et dont les attentats du Bataclan à Paris et de la Promenade des Anglais à Nice ont été les points culminants. Après quoi l’assassinat au moyen d’un véhicule ou d’un couteau sont devenus monnaie courante. Il est bien de difficile d’analyser les sentiments de l’opinion, partagée entre le fatalisme et la colère. La répétition des attentats risque d’entraîner de dangereuses actions d’auto-défense et, pire, des représailles contre des innocents.

La fin de l’état d’urgence.

Pour le gouvernement, le double crime de Marseille a lieu au moment où l’Assemblée s’apprête à adopter une loi anti-terroriste destinée à remplacer l’état d’urgence, lequel a été reconduit trop souvent pour ne pas devoir être suspendu. Sans entrer dans les détails d’un texte touffu et compliqué, on constate que la gauche le considère comme liberticide tandis que la droite le juge insuffisamment sévère. Eric Ciotti, élu LR, estime même qu’il faut s’en tenir à l’état d’urgence. D’une part, il est absurde de vouloir maintenir un système dont le nom même évoque la brièveté. D’autre part, une partie des critiques est forcément infondée car le projet ne peut pas être à la fois dangereux pour les libertés et insuffisamment sûr. Le président Macron a eu le courage de mettre un terme à un état d’urgence qui a mis sur les genoux toutes nos forces de sécurité, alors que son prédécesseur s’est contenté de le reconduire. Mais le pouvoir sait que, si des attentats sont commis après la levée de l’état d’urgence, l’opinion se ralliera à M. Ciotti.
La sécurité est-elle un bien trop précieux pour être confiée aux politiques ? Il est essentiel de ne pas sacrifier la démocratie à protection de la vie humaine. Il est essentiel de ne pas sacrifier la vie à la démocratie. Tout ce qui peut être envisagé pour empêcher les attentats doit être mis en place. Mais tout doit être fait en présence et avec l’accord des juges. Nous ne devons pas oublier que le prétendu État islamique, en pleine débandade en Syrie et en Irak, tente encore de nous faire croire qu’il est toujours aussi menaçant en multipliant les crimes n’importe où à l’étranger. Daech est un terrorisme planétaire. Dans la nuit de dimanche à lundi, à Las Vegas, un tireur a tué 58 personnes, en a blessé plusieurs centaines. C’est beaucoup plus grave que le double crime de la gare Saint-Charles. C’est, de nouveau, le Bataclan ou Orlando.

RICHARD LISCIA

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6 Responses to Terreur à Marseille

  1. cardiologue dit :

    Le nombre de victimes ne permet pas de graduer la gravité, pour chaque victime et la famille c’est la même gravité, qu’il y en ait 2 ou 58!
    Je lis vos éditoriaux avec intérêt, cette fois je suis très déçu par cette conclusion.

    Réponse
    Je regrette de vous avoir déçu mais je maintiens que l’extermination massive de 58 personnes, sans compter les souffrances de plusieurs centaines de blessés, est extrêmement grave pour une collectivité. Bien entendu, le nombre de victimes permet de graduer la gravité.
    R.L.

  2. Patrick Delahousse dit :

    « Le nombre de victimes permet de graduer la gravité ». Avez-vous vraiment voulu écrire cela!?
    Réponse
    Cela signifie que plus il y a de victimes, plus c’est grave. N’allez pas me faire un procès d’intentions et vous emparer d’une évidence pour faire croire aux lecteurs que je suis un monstre.
    R.L.

    • patrick delahousse dit :

      Malgré tout le respect que je vous dois pour votre aisance verbale et votre habileté sémantique, je continue à penser que l’horreur n’est pas quantifiable en gravité, que ce soit la disparition de la petite Maëlis ou de la tuerie de Las Vegas. Sinon que dire des attentats du 11 septembre versus le génocide arménien, ou encore des camps d’extermination versus les millions de morts sur les champs de bataille etc etc… Aucun d’entre eux ne devrait devenir le tristement célèbre « détail de l’histoire »…

      Réponse
      Vous venez vous-même de le dire : un génocide est encore plus grave qu’une crime de masse et le 11 septembre est plus grave que Las Vegas. Vous êtes libre de n’y voir aucune différence. Mais alors, comment se fait-il que le retentissement d’une seul crime soit infinitésimal par rapport à une tuerie ? Comment se fait-il qu’il y ait un deuil national aux Etats-Unis ? Comment se fait-il que les tueries de Nice et du Bataclan soient encore dans toutes les mémoires ? De ma part, ce n’est nullement de l’habileté sémantique, c’est du bon sens. Un bon sens que vous tentez de présenter comme
      une dérive vers l’indifférence ou je ne sais quelle tare.
      R.L.

    • mathieu dit :

      Nous avons, évidemment,, bien compris votre propos, rassurez-vous. Une noyade estivale sur les plages atlantiques est un drame humain épouvantable. 20000 morts par le tsunami ou Fukushima sont 20000 fois la même noyade, avec une gravité « sociale » un peu différente…

  3. deregnaucourt dit :

    Combien faut il retirer de grains de sable à un tas pour qu’il devienne poignée? Le bons sens seul indique qu’un des critères de « gravité » d’un drame est son nombre de victimes!…Mais « Il n’y a rien de plus contraire à la raison humaine que le dernier mort d’une guerre » écrivait Clostermann…le pénultième l’est-il tout autant?…L’antépénultième?…Le cinquante neuvième?

  4. Scalex dit :

    Plus il y a de morts et plus chacun se dit qu’il aurait pu en faire partie. Consciemment ou pas, nous commençons par penser: « cela aurait pu être moi-même, ou un de mes proches ». Et seulement après vient la compassion altruiste. Voilà comment j’interprète la remarque de R.L. et je lui donne raison.

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