L’arme des fonctionnaires

Martinez, Macron : le courant ne passe pas
(Photo AFP)

Les manifestations contre les ordonnances ayant échoué, la bonne idée des syndicats a été d’enrôler les fonctionnaires sous le prétexte qu’ils seraient maltraités. La journée du 10 octobre sera donc en grande partie perdue pour la croissance puisque les enseignants, les salariés de la fonction publique, les hôpitaux, les transports aériens sont affectés par la grève.

COMMENT la minorité peut-elle l’emporter sur la majorité ? C’est à cette question que la CGT, associée à la France insoumise, et après avoir exercé son pouvoir de persuasion sur FO et la CFDT, tente de répondre aujourd’hui, en mobilisant la fonction publique, bien que les réformes ne concernent pas (encore) les fonctionnaires. Lesquels seraient « maltraités » depuis que le point d’indice a été gelé, ce qui ne les empêche pas d’être augmentés (1 % par an en moyenne depuis sept ans, alors que le pouvoir d’achat des retraités n’a pas augmenté depuis quatre ans). Il n’y a pas lieu de leur faire le moindre procès. Ils sont utiles à la société et même à la croissance. Ils sont indispensables à l’hôpital, à la justice et dans tous les services de sécurité. Mais loin d’en faire des boucs émissaires, le gouvernement, jusqu’à présent, les a épargnés. Le nombre de fonctionnaires partant à la retraite et qui ne seront pas remplacés est limité, cette année, à 1 600. Certes, Emmanuel Macron compte diminuer la fonction publique de 120 000 personnes au total pendant son quinquennat, mais c’est tout de même quatre fois moins que ce que voulait faire François Fillon.

Une fonction publique hors de prix.

Pour le reste, oui, c’est vrai, de nombreux fonctionnaires, plus particulièrement dans les secteurs des soins et de la justice, sont épuisés, débordés par leur tâche. Il n’empêche que nous avons 5,6 millions de salariés dans la fonction publique, proportionnellement presque deux fois plus qu’en Allemagne, dont personne ne dit qu’elle est sous-administrée, que notre déficit budgétaire annuel est de l’ordre de 80 milliards et que notre dette nationale atteint 2 230 milliards, soit tout près de 100 % du produit intérieur brut. Ce qui veut dire qu’il faudrait une année de travail sans consommer pour rembourser la dette. Quand les syndicats et l’extrême gauche déclarent « qu’il faut cesser d’aborder le sujet en termes comptables », ils se moquent du monde. On ne peut pas payer des salaires avec de l’argent qu’on n’a pas. C’est bien ce qui se passe dans le privé où des entreprises ferment leurs portes et jettent au chômage leurs employés.

Une entreprise de subversion.

Par tous les moyens dont elles disposent, la CGT et la France insoumise s’efforcent de rallier à leur point de vue un maximum de citoyens. Les émissaires de Jean-Luc Mélenchon ont quadrillé les lycées et collèges pour enrôler les adolescents dans la manifestation d’aujourd’hui ou dans les suivantes. Face au verdict des urnes, le recours est la subversion pure et simple, avec tous les instruments de la révolution, agit-prop et réseaux sociaux. Il s’agit de nous faire croire que le pays est en colère, prêt à se soulever, qu’une crise, sociale et violente, est imminente et que le gouvernement ne s’en rend pas compte ; et de tout faire pour que la prédiction se réalise. Le gouvernement, qui reçoit les organisations d’étudiants, aurait dû s’adresser plus tôt à la jeunesse, pour la rassurer et peut-être parce qu’elle est capable de mieux comprendre le concept de réforme. Les critiques qui lui sont adressées ne sont pas gratuites. Il a su, par exemple, désamorcer complètement la grève des routiers qui aurait pu paralyser le pays. Il aurait pu, par une tactique tout aussi habile, faire en sorte que la journée du 10 octobre ne soit pas un succès.
Mais, de toute façon, on ne lance pas des réformes tous azimuts sans soulever un très vif mécontentement populaire. Le président le sait et accepte le rapport de forces. Il s’attache à progresser, à changer de sujet, à ouvrir chaque jour un dossier, pour prendre de court les fortes oppositions qui s’expriment contre ses projets. Premièrement, ne pas paniquer, ne jamais croire que tout va mal parce que les fonctionnaires ou les jeunes sont dans la rue. Cela s’est déjà produit et se reproduira encore. Deuxièmement, poursuivre.

RICHARD LISCIA

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