Le doute catalan

Puigdemont et Rajoy, avant la crise
(Photo AFP)

Le président de l’Assemblée catalane, Carles Puigdemont, a proclamé le droit de la Catalogne à l’indépendance et annoncé en même temps qu’il se donnait du temps pour la déclarer.

IL NE FAUT pas être grand clerc pour comprendre que, à sa manière, le nationalisme catalan vient de faire un pas en arrière. Pour autant, on ne doit pas en tirer la conclusion que l’on s’achemine vers une solution négociée. La réaction anti-indépendantiste a été massive, la confrontation avec Madrid ouvrait la porte à toutes les violences, les multiples avertissements lancés par le monde ont rappelé aux nationalistes les conséquences inévitables du choix politique qu’ils voulaient faire. Cependant, M. Puigdemont accumule les actes illégaux. Il a organisé un référendum que le droit n’autorise pas et dont l’exécution fut chaotique, donc dépourvue de signification. Il y a vu aussitôt, malgré la présence en Catalogne d’un fort mouvement hostile à l’indépendance, le voeu ardent du peuple catalan. Voilà maintenant qu’il invoque une illusoire souveraineté pour décider du destin de la région.

Un très mince espoir.

Ce qu’il veut, c’est une sortie en douceur de l’Espagne et donc négocier uniquement les modalités de l’indépendance. Ce que veut Madrid, c’est maintenir la Catalogne dans son statut actuel, qui, certes, peut être modifié, mais ne saurait, aux yeux du gouvernement espagnol évoluer vers la sécession. L’espoir nourri, notamment par les Européens, d’un dialogue construit éventuellement autour d’une médiation, semble très lointain si l’on tient compte des positions adoptées par le roi Felipe VI et par le chef du gouvernement Mariano Rajoy : ils viennent de remporter une petit succès grâce à une intransigeance inébranlable et ils n’ont certainement pas envie de dialoguer d’égal à égal avec un homme dont personne, à l’étranger, ne connaissait le nom il y a quinze jours et qui se comporte déjà comme s’il avait tous les pouvoirs. Je suis donc plutôt pessimiste sur la suite : M. Puigdemont, d’une certaine façon, a tendu la main à Madrid, qui ne souhaite pas la saisir. Mon analyse est confortée par la position adoptée en fin de matinée par le gouvernement espagnol. Il demande au gouvernement catalan de dire si oui ou non, il compte déclarer l’indépendance. Dans ce cas, Madrid fera jouer le fameux article 155 de la constitution qui permet au pouvoir central de retirer son autonomie à une région.
La reculade du président catalan n’efface pas, en effet, l’indépendantisme catalan qui est vif, répandu et produit d’énormes manifestations. Quand les soutiens de l’unité espagnole se réjouissent de la baisse de tension, les Catalans auxquels on a promis monts et merveilles sont frustrés, accusent parfois Puigdemont de « trahison ». La démagogie est un boomerang : enflammez les foules, elles finiront par brûler ce qu’elles ont adoré. Certains Catalans sont assez furieux pour demander à M. Puigdemont de partir et à une autre tête brûlée de prendre l’affaire en mains, et advienne que pourra. La froide colère des autorités centrales ne risque pas de lancer une politique sinueuse et obscure, faite d’avancées puis de reculs.

Houle sauvage.

Toute cette crise repose sur l’émotion populaire, sur la manipulation d’un peuple qui se croit maltraité alors qu’il est le plus prospère d’Espagne, sur une auto-exaltation fort peu rationnelle. Houle sauvage, faite de creux et de bosses vertigineux, sur laquelle un programme politique conçu par les deux parties me semble davantage relever du projet théorique que du réalisme politique.
C’est pourquoi quand les bonnes âmes prônent le dialogue, avec l’espoir de faire deux gagnants au terme du même combat, non seulement elles oublient la charge émotionnelle qui gonfle les poitrines indépendantistes, mais elles négligent les responsabilités de Madrid, qui a entendu la proclamation assourdissante du droit des Catalans à l’indépendance. Voilà une bien mauvaise façon d’amorcer une négociation, alors que les indépendantistes ne représentent qu’eux-mêmes, c’est-à-dire, une fraction, fût-elle nombreuse, du peuple catalan, et qu’ils ont contre eux ceux des leurs qui restent hostiles à l’indépendance, le peuple espagnol, le gouvernement, et les peuples qui, en Europe ou ailleurs, ne croient qu’à une vérité : l’unité de l’Espagne.

RICHARD LISCIA

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9 Responses to Le doute catalan

  1. Michel de Guibert dit :

    La Catalogne est prospère, mais surendettée, et qui plus est auprès de la Banque d’Espagne !
    Curieuse conception de « l’indépendance » !
    Je ne donne pas cher des « indépendantistes » aux prochaines élections en Catalogne, en dehors des extrémistes dangereux de la Cup qui ont manipulé l’opinion publique et un Puigdemont irresponsable, mais les yeux se dessillent.

  2. SABADEL dit :

    Je trouve ce commentaire particulièrement anti-catalan. Quand vous parlez de la fureur nationaliste je suppose que vous évoquez le nationalisme catalan. Mais le nationalisme espagnol existe et d’une façon générale le nationalisme d’Etat. M. Rajoy est effectivement fanatique et intransigeant. M. Puigdemont a été élu par les catalans dans le but d’obtenir l’indépendance et ce de façon démocratique. Malheureusement l’Etat espagnol qui nous répète sans cesse que les indépendantistes sont minoritaires n’a pas pris le risque d’organiser un référendum légal comme en Ecosse. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est inscrit dans la charte des Nations unies. Les Etats qui l’ont ratifiée doivent s’y soumettre. L’avenir de la Catalogne ne doit dépendre que des Catalans. Je ne comprends pas pourquoi on devrait demander l’avis aux espagnols. Quant à l’argument économique, ça me fait sourire. Les Catalans veulent l’indépendance car ils sont égoïstes et les Corses ne doivent pas la demander car ils sont trop pauvres pour être indépendants. Le jacobinisme a la peau dure.

    • Michel de Guibert dit :

      Et demain la Catalogne revendiquera l’annexion de la « Catalogne du Nord » (entendez le Roussillon) et du Pays Valencien, voire d’une partie de la Murcie, et pourquoi pas de l’Aragon auquel elle est historiquement rattachée…
      Dans ces conditions, je vais alors demander l’indépendance du Val d’Aran où l’on parle l’occitan et non le catalan !

      • SABADEL dit :

        Les occitans du Val d’Aran ont plus de droits que les occitans qui sont l’Etat français. L’occitan aranais est officiel dans tout le Principat de Catalunya grâce aux  » méchants nationalistes catalans « . Dans l’état français ( pays des droits de l’homme ? ), non seulement il n’est pas officiel, mais en plus il est considéré comme un vulgaire patois. Mais il est vrai que dans l’Etat français seul le « bon nationalisme français » a le droit d’exister. Pas étonnant qu’on soit pollué par le Front national.

  3. Dr Y.Jamois dit :

    Vous avez tout à fait raison dans ce que vous dites. N’oublions pas non plus le rappel de la réalité économique avec la fuite des entreprises de Catalogne dont des symbole de cette région comma Banco Sabadell fondée dans cette ville dans les années 1880 ou encore Caixabank ou l’éditorial Planeta. Dans la matinée du jeudi 5, Oriol Junqueras annonçait qu’aucune entreprise ne quitterait la Catalogne et dans l’après-midi Banco Sabadell annonçait le transfert de son siège à Alicante.
    Depuis le début de cette histoire,les indépendantistes ont manipulé la population, utilisé le mensonge, et n’oublions pas non plus que, derrière le président actuel, il y a le précédent Artur Mas qui tire les ficelles et fait l’objet, lui et des proches, d’enquêtes pour corruption.

    • SABADEL dit :

      Effectivement Artur Mas n’est peut-être pas irréprochable. C’est pour cela que la CUP a donné son soutien moyennant son départ. D’où l’arrivée de Carles Puigdemont qui est un indépendantiste de la première heure et qui me semble bien plus honnête et sincère. Quant aux problèmes des banques, elles ont déménagé leur siège social et pas leurs agences. À ma connaissance, je n’ai pas vu d’entreprise partir avec ses usines. Tout cela est irrationnel. Par ailleurs, dans une démocratie, ce n’est ni aux banques ni aux entreprises de décider de l’avenir d’un pays. Je rappellerai que les banques n’ont pas toujours été bien inspirées en Espagne : il suffit de se rappeler de leur responsabilité dans la crise de la bulle immobilière. Pour ce qui est de la prétendue majorité silencieuse unioniste, il suffit de regarder la manifestation pour l’unité de l’Espagne à Barcelone aujourd’hui : ils ne sont que quelques milliers. Malheureusement, tous les Espagnols venus manifester dimanche à Barcelone sont rentrés chez eux. Le 11 septembre, à la Diada del Sí, il y avait plus d’un million de manifestants ou de manipulés selon vous.

      Réponse
      Nous avons compris que vous êtes indépendantiste. Cela ne vous permet pas de changer les chiffres et d’ignorer l’illégalité du référendum catalan. Je souhaite que cette polémique soit close car cet espace est pour tous les lecteurs et pas pour un seul.
      R.L.

      • SABADEL dit :

        Veuillez m’excuser de la gêne occasionnée. J’avais la naïveté de croire que l’on pouvait donner son point de vue même s’il était critique. Je vous laisse entre gens de bonne compagnie.

  4. bareau dit :

    La guerre civile s’invite dans le Q M .

  5. JB7 dit :

    Merci pour vos billets concernant la Catalogne. Quand on bosse trop et que l’on n’a pas le temps d’éplucher les journaux, il est bien difficile de se faire une idée sur ce sujet d’indépendance de la Catalogne. Comme d’habitude, vous apportez une analyse sérieuse. A chacun ensuite d’aller chercher d’autres informations et de se faire sa propre opinion.

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