Le Père Noël et la violence

Macron à Cayenne
(Photo AFP)

Le président de la République, en visite en Guyane, a déclaré qu’il n’était « pas le Père Noël » et que « les Guyanais n’étaient pas des enfants ». De violentes émeutes se sont alors produites qui ont ravagé le centre de Cayenne.

ON POURRAIT dire d’Emmanuel Macron qu’il est incorrigible. Ce n’est pas la première fois qu’il s’exprime crûment, sans tenir compte du contexte, en utilisant un langage à la fois sincère et blessant. Il dit ce qu’il pense, contrairement à la posture traditionnelle des chefs d’État, qui consiste à habiller les sujets polémiques dans un discours apaisant. La règle, c’est-à-dire cet élément majeur de l’exercice du pouvoir qu’est l’hypocrisie, exige de tout responsable qu’il commence le moindre de ses propos par la réaffirmation du respect que lui inspirent ses concitoyens, par la reconnaissance de leur souffrance, par l’idée qu’il leur doit tout et qu’ils ne lui doivent rien. Logorrhée propre à cacher l’impuissance de l’État. Plus la personne sollicitée par les foules exprime sa compassion, moins, en général, il va exaucer leurs voeux multiples.

La crise d’avril.

M. Macron est allé en Guyane quelques mois après que ce département d’outremer fut secoué par une grève générale et des manifestations en avril dernier. Le gouvernement précédent a fini par passer un accord avec les représentants des manifestants en leur promettant d’injecter aussi vite que possible 1,2 milliard dans l’économie guyanaise et de réfléchir à un effort ultérieur de deux autres milliards exigés par un collectif qui se nomme Pou Lagwiyann Dékolé. Promesse de Gascon, car tout indiquait que les socialistes ne resteraient pas au pouvoir. Bien entendu, les Guyanais réclament cet argent. M. Macron a seulement refusé de rencontrer les représentants du collectif, que le président décrit comme des « hommes en cagoule ». Sur le fond, la position du président est correcte. S’il doit y avoir continuité de l’Etat, elle ne peut concerner que ses engagements fermes. C’est pourquoi M. Macron refuse de négocier avec le collectif l’octroi de deux milliards supplémentaires. Depuis six mois, la Guyane est en ébullition, car les besoins de sa population sont énormes et les paroles du président ont joué le rôle de l’étincelle qui allume l’incendie. Le président hérite d’une crise liée à la pauvreté et à la précarité qui existe depuis des décennies.

Continuité de l’État.

La France est fort peu généreuse avec ses territoires éloignés dont le sous-développement chronique réclame de lourds investissements. Leurs populations songent d’autant moins à s’affranchir de la tutelle française que les difficultés sociales les accablent. Un plan sérieux de relance économique pour les « confetti » de la République coûterait une fortune, sans forcément obtenir des résultats satisfaisants. On comprend, dès lors, que les Guyanais aient atteint les limites de la patience et qu’ils se révoltent. Et le chef de l’État aurait dû prendre en compte le cas particulier de ce département d’outremer avant de dire que « les Guyanais ne sont pas des enfants ». D’autant qu’il a assuré la Guyane que le plan de 1,2 milliard serait bien appliqué.
Ce sérieux incident, provoqué par la seule liberté de ton du président, ne doit pas remettre en cause la totalité de son discours politique. Il n’a pas tout à fait tort d’éviter les nuances, les approximations et les demi-mensonges et il serait bon que les Français s’habituent à cette forme de langage, qui est beaucoup plus sincère que les propos tenus habituellement par la classe politique. Sur le plan de la pure logique, un président n’est pas le Père Noël, vérité que nul ne peut contester. L’expression signifie que le pouvoir ne peut pas régler les problèmes par la seule dépense publique, au moment où il est essentiel qu’elle diminue. Cette vérité est moins applicable aux Guyanais qu’à la retraite des salariés de la SNCF et à la semaine de 35 heures.

RICHARD LISCIA

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One Response to Le Père Noël et la violence

  1. vercoustre dit :

    De Gaulle aussi savait s’exprimer crûment, mais il savait trouver les mots pour ne pas abaisser la fonction présidentielle, il y a chez Macron une certaine pauvreté d’expression dans le registre de la crûdité !

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