Il y a un an, Hollande

François Hollande
(Photo AFP)

Les anniversaires ne sont pas ma tasse de thé, mais le 1er décembre nous rappelle qu’il y a un an, François Hollande a décidé de ne pas se présenter pour un second mandat. De cette décision, ont découlé divers événements qui ont fait de 2017 une année politique exceptionnelle.

LE PROGRAMME du candidat Hollande contenait des contradictions qui obèreraient son action s’il était élu. Ce qui lui est arrivé au bout de cinq ans de mandat était contenu dans sa collision avec une réalité économique et financière qu’il croyait temporaire. Ce fut, en quelque sorte, son péché originel. Il était convaincu que 2014 ou 2015 serait l’année de la reprise économique et que le plus important, pour lui, c’était moins de gérer le pays après son élection que de gagner d’abord. Quand Jean-Luc Mélenchon est arrivé sur la scène politique pour exposer une plate-forme de propositions extrêmes et donc irréalisables (comme le non remboursement de la dette publique), il s’est produit une surenchère qui a conduit M. Hollande à annoncer une super-taxe de 75 %  sur les revenus élevés (au-delà d’un certain seuil). Le message était : plus à gauche que moi, tu meurs. Cela revenait à ignorer totalement la réalité de notre endettement, la pesanteur de nos déficits, nos contraintes européennes, notre appartenance à la zone euro. M. Hollande a eu raison de M. Mélenchon grâce à ce stratagème et, une fois à l’Élysée, se garda bien d’appliquer sa super-taxe.

Deux graves erreurs.

En tant que président, il a donc fait une politique qui n’avait qu’un lointain rapport avec ses promesses électorales. Puis, il a commis deux graves erreurs : il a conditionné sa réélection à un second mandat aux résultats obtenus sur le front du chômage, puis il a augmenté follement les impôts, ce qui a assommé littéralement ceux, entreprises ou particuliers, qui les paient. Son impopularité ne vient pas d’autre chose que son désir d’apparaître comme authentiquement socialiste, alors que, partout en Europe, la social-démocratie déclinait. François Hollande est lui-même un économiste et il comprenait parfaitement que le problème du déficit résulte non pas d’une fiscalité trop laxiste, mais d’une dépense publique qu’il était urgent de réduire. En prenant M. Ayrault comme Premier ministre, il ne pouvait guère échapper à la doxa socialiste. Quand il a pu constater l’échec de son programme, il a changé de Premier ministre. Il s’est inspiré alors du rapport de Louis Gallois, qui préconisait des mesures libérales fortes, comme la reconstitution de la marge des entreprises et la réduction du coût du travail par la diminution des charges. M. Hollande a donc pris des décisions parfois utiles et elles ont eu, avec le temps, des résultats positifs pour les entreprises.

Règlement de comptes Valls-frondeurs.

Mais entretemps, le climat politique s’est fortement dégradé, notamment parce que le retour de M. Hollande aux concepts libéraux, en adéquation avec les normes économiques européennes, restait hésitant. Il a donc traité le chômage par des mesures, comme les emplois aidés, qui masquaient le problème sans le résoudre. Il n’a cessé, pendant au moins les deux dernières années de son mandat, de répéter que le retour à l’emploi était imminent, ce qui, au moment de son renoncement, le 1er décembre 2016, est devenu presque vrai. Sauf que l’autorité du président a été minée par la fronde d’une partie des députés socialistes. Cela a créé un climat étouffant dans les rangs de la majorité. Le nouveau Premier ministre, Manuel Valls, qui a quitté le PS, a été confronté à une forme d’opposition intérieure qui frôlait la haine, quand il a voulu engager une réforme du code du travail qu’Emmanuel Macron, en tant que ministre de l’Economie, avait conçue mais que M. Valls a confiée à Myriam El Khomri, femme courageuse, confrontée, contre sa volonté, à un règlement de comptes entre M. Valls et les frondeurs. De son côté, Emmanuel Macron semble avoir compris que jamais le PS ne serait capable de lancer de grandes réformes. La fracture socialiste date de 2015-2016 et le parti ne s’en est jamais remis, d’une part parce que le conflit était de nature idéologique et, d’autre part, parce que François Hollande, quoi qu’il en dise, n’a pas su discipliner la majorité. De sorte que, selon un sondage publié aujourd’hui, 74 % des Français ne croient plus à l’avenir du PS.

Happening à l’Élysée.

Ce que la France a deviné en 2016, c’est qu’on ne pouvait faire les réformes à la moitié ou au quart, que le pays se trouvait dans un état assez faible pour que se produisit une sorte de révolution, qu’il fallait des idées neuves et un homme nouveau. M. Hollande a souvent agi avec détermination, notamment quand il a envoyé l’armée au Sahel ou quand il a décidé de participer aux batailles contre Daech en Irak et en Syrie, ou encore quand il était prêt à punir Bachar Al Assad après le recours aux armes chimiques contre des civils innocents. C’est aussi un homme simple, qui ne manque pas d’humour, avec qui le contact est facile et agréable. Il a été accablé par ses soucis sentimentaux qui plongeaient le pays dans un vaudeville à la Feydeau, puis l’épisode des visites en moto à Julie Gayet, puis ce livre de deux journalistes du « Monde », « Un président ne devrait pas dire ça », dans lequel il a dit à foison ce qu’il ne devait pas dire et par quoi il a été durablement ridiculisé. Pendant ce temps, M. Macron courait la campagne et Manuels Valls, qui s’est imprudemment fâché contre son ministre, alors que, sur bien des points, ils ont les mêmes idées, a compris qu’il était urgent pour lui de se déclarer candidat et faisait le siège du président pour qu’il consente à renoncer. Au début de l’année dernière, on nous aurait dit que les choses se passeraient de cette manière que nous aurions dénoncé l’absurdité du scénario. Ce fut la capacité des acteurs, Hollande, Valls, les frondeurs, Macron, Mélenchon, Fillon, à jouer leur rôle avec les outrances de la Commedia dell’arte qui a entraîné le séisme de 2017.  Il ne faut pas réfléchir trop longtemps pour comprendre que l’homme qui a eu une géniale intuition, qui a vu le soleil se lever sur un pays moralement dévasté, qui se sentait, plus que tous les autres, porteur du changement, qui a eu l’audace époustouflante de s’imaginer à la place du calife, c’est Macron.

RICHARD LISCIA

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One Response to Il y a un an, Hollande

  1. phban dit :

    Excellente synthèse, merci.

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