L’homme qui bouscule la France

L’homme pressé
(Photo AFP)

Surprenante, l’audace d’Edouard Philippe, qui a décidé de faire la réforme de la SNCF au moyen des ordonnances. Mais, en y regardant de plus près, on décèle une ambition qui va bien au-delà de la remise à flot d’une entreprise en péril.

LES ORDONNANCES, c’est la disposition constitutionnelle à laquelle le gouvernement a recouru pour faire adopter la réforme du Code du travail par le Parlement. Jadis, le gouvernement de Manuel Valls procédait à une première réforme des relations entre les entreprises et les salariés en utilisant l’article 49/3 de la Loi fondamentale. Dans les deux cas, les syndicats et une partie de la population ont réagi à ce genre de méthode en criant au déni démocratique. Il y a cinquante-huit ans que nous vivons sous le régime de la Vè République, mais le peuple reste hostile à son usage. Il perçoit l’application de certains articles de  la Constitution comme inique. Dans ce cas, et s’il a raison, que n’a-t-on amendé le texte qui nous régit ? Non, on préfère hurler contre le droit, mais on n’élit pas ceux qui, à gauche ou à droite, sont prêts à abolir et le 49/3 et les ordonnances. Pourquoi, sinon parce que le recours au 49/3 ne peut pas être appliqué en toute circonstance et répétitivement, et parce que les ordonnances, abondamment utilisées depuis plus d’un demi-siècle, ont permis des avancées considérables ?

Vingt-trois ans de retard.

En conséquence, l’idée que le gouvernement de M. Philippe commet des abus de droit est nulle et non avenue. Ne doit-il pas pour autant se méfier d’un usage des ordonnances qui a le don de plonger les syndicats dans la colère ? Ne doit-il pas donner du temps à son action plutôt que d’aller au clash et prendre le risque d’une paralysie du pays, consécutive à une grève dure des cheminots ? On estime, ici ou là, que le président de la République est emporté par son succès et que, après avoir vaincu au pont d’Arcole, il se lance dans de nouvelles batailles. Faux. Lui et son Premier ministre continuent dangereusement à perdre des points de popularité. Ils ne se livrent pas à une provocation politique, ils estiment qu’il faut aller vite et adopter la réforme de la SNCF avant l’été. Qu’y a-t-il de si urgent ? Eh bien, elle a vingt-trois ans de retard si l’on se souvient que l’ancien Premier ministre Alain Juppé a essayé de la mettre en place à la fin de 1995, ce qui a provoqué le blocage du pays pendant trois semaines. Du conflit sont tout de même issus des aménagements importants, notamment au statut du cheminot, et M. Juppé tient à le rappeler, mais les faits sont têtus. Aujourd’hui, la SNCF, c’est 50 milliards de dettes que nous finirons tous par payer d’une manière ou d’une autre, c’est un système extraordinairement ambitieux, mais grevé par des pannes, des retards et une ponctualité insuffisante.

La fin du modèle français.

Or l’Union européenne s’apprête à livrer la marché ferroviaire à la concurrence. Pour le moment, la SNCF n’est pas un modèle de compétitivité et, si elle tient ses prix, c’est parce qu’ils ne reflètent pas la vérité des coûts. Elle doit donc devenir une entreprise comme les autres et il n’y a pas de temps à perdre, sinon elle se fera tailler des croupières par d’autres transporteurs européens. Les cheminots assis sur leur statut ne semblent même pas savoir que, avec l’européanisation du transport ferroviaire, ils finiront par perdre leurs emplois. L’avidité de Macron pour les « transformations », son apparente frénésie réformiste, au rythme d’au moins une annonce de nouveau chantier par semaine, sont dues à sa lucidité : le modèle français n’est plus viable, il est dépassé, il doit s’adapter, sur le plan industriel, sur le plan agricole, sur le plan social. Ce que nous ne ferons pas nous-mêmes, nous le ferons sous la contrainte de la concurrence.

Le danger ne vient pas de l’Europe, où la France a toujours son mot à dire. Il vient d’une Amérique où Trump a lancé une réforme fiscale qui va réduire sensiblement les coûts de production aux Etats-Unis et  forcera l’Union européenne à adopter, tôt ou tard, une baisse des impôts pour les entreprises. Pour rester concurrentiels face aux géants chinois et américain, nous n’aurons pas d’autre choix que d’adopter une réforme fiscale à notre tour.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to L’homme qui bouscule la France

  1. lovinatti dit :

    Il faut sortir des traités européens qui n’ont aucune légitimité démocratique ! Ce raisonnement est juste un pamphlet pour les 1 %.

  2. Chambouleyron dit :

    Mais d’où sort ce leitmotiv :  » les traités européens n’ont aucune légitimité démocratique  » ? C’est une fake News ou bien Lovinatti est un fake lecteur ! J’avoue ne pas comprendre aussi de la même eau: le conseil de l’ordre des médecins n’est pas démocratique ou les zadistes sont la démocratie je ne m’arrêterai pas à énumérer ces clabaudages sans valeur car non pensés. Ayons un peu plus d’humilité .

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