La ZAD du non

Hulot sur la ZAD
(Photo AFP)

Dépêché en urgence auprès des zadistes de Notre-Dame-des-Landes, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, n’a pas réussi à les convaincre de déposer des projets agricoles individuels. La situation est bloquée, avec leur présence sur place qui s’éternise, les flux soigneusement entretenus de personnes non concernées mais qui les soutiennent, des manifestations à Nantes, bref le plus grand désordre.

LA SEULE vraie raison pour laquelle le gouvernement n’a pas décidé de construire l’aéroport, c’était sa crainte  de procéder à une évacuation qui aurait mal tourné. Le renoncement à l’aéroport, salué par la plupart des gens comme « une décision sage », devait logiquement entraîner l’apaisement des zadistes. C’était sous-estimer leur intransigeance et, aujourd’hui encore, nombre d’opposants politiques affirment que le gouvernement aurait dû s’y prendre autrement, en négociant avant d’évacuer. Qui, en France, croit encore au droit et à l’indispensable autorité de l’Etat ? Pratiquement personne. Le plus grand sport national consiste à humilier tous ceux qui disposent d’une délégation de pouvoirs et de prouver que la société peut vivre sans eux, c’est-à-dire dans l’anarchie.

Un geste inutile.

En conséquence, le paradoxe d’aujourd’hui, c’est que le geste le plus fort qu’Emmanuel Macron pût faire pour calmer le jeu a été accompli en vain. Il a sacrifié une partie de son autorité sans obtenir la moindre satisfaction. L’opposition de droite, forcément, lui impute la responsabilité du désordre alors qu’elle préconisait l’application du droit tel qu’il découlait des décisions de justice, toutes favorables à l’aéroport, et le résultat d’une consultation locale qui a apporté son soutien à la construction, à une majorité de 55 % des voix. Tout en regrettant le recul des pouvoirs publics, l’on pouvait se contenter d’une fin de crise induite par la décision du gouvernement. Mais l’idée qu’il fallait passer en force, annoncer la construction et évacuer la ZAD avec des moyens militaires n’est pas plus crédible que ce qu’a fait le pouvoir. Nous sommes entrés, à propos de Notre-Dame-des-Landes, dans la phase la plus absurde de la crise : une poignée d’hommes et de femmes veulent imposer leur volonté à tout le pays.

On trouve des équivalents dans d’autres dossiers : celui des étudiants et des « professionnels du désordre », comme dit M. Macron , qui occupent quelques universités, s’y livrent à des déprédations, et empêchent la majorité de leurs camarades de se présenter aux examens. Si les mots un sens, leur action relève purement et simplement de l’action totalitaire, le mépris de la majorité, l’ivresse de la violence. On peut toujours dire qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, qu’il y a bien eu le Larzac avant Notre-Dame-des-Landes, mai 68 avant avril 18, 1995 avant la grève actuelle à la SNCF. On peut même dire que tout ça n’est pas grave, que le pays s’en remettra, qu’un jour les trains recommenceront à rouler et que les zadistes, en définitive, peuvent bien croupir sur leurs terres humides si ça leur chante. Il suffit de les ignorer. Malheureusement, M. Macron n’est pas, pour reprendre le mot prononcé un jour par Nicolas Sarkozy à propos de Jacques Chirac, un « roi fainéant ». Ce qui n’a cessé de le stimuler depuis dix-huit mois, c’est l’ambition de changer une société qui a pris l’habitude délétère d’exprimer par la violence des revendications catégorielles, et de refuser n’importe quel compromis, comme si tout le savoir du monde pouvait être contenu dans un seul esprit.

L’arrogance des mécontents.

C’est exactement le reproche que les Français adressent au président. Selon les sondages, ils le perçoivent comme arrogant, trop sûr de lui et, en somme, « jupitérien ».  Mais les zadistes, les cheminots, les électriciens qui procèdent à des coupures ciblées de courant, les étudiants qui ont transformé leurs locaux en foutoir, avec l’assurance de ceux qui, n’ayant payé pour rien, détruisent ce que leurs propres parents ont financé, les pilotes d’Air France, dont les salaires sont mérités, mais quand même stratosphériques, ne sont-ils pas eux-mêmes des groupes arrogants, irréductibles à la négociation et aux concessions, et ne se croient-ils pas doués d’une compétence juridique dont serait privé le gouvernement ? Le plus drôle, le plus inquiétant, le plus bizarre, c’est qu’ils en sont à nous parler de convergence des luttes, du cinquantenaire de mai 68, de la souffrance inouïe des Français, alors que le pays n’a pas été aussi dynamique, créatif, et industrieux depuis au moins dix ans.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to La ZAD du non

  1. admin dit :

    LL dit :
    C’est aussi la France éternelle. Il y a cette idée en France que les détenteurs du pouvoir ne méritent aucun respect particulier; mais c’est parce qu’il y a confusion entre la personne et la fonction. Il est également vrai que le cynisme de la classe politique a rendu la confusion possible. Mais c’est à ce problème que se heurte Emmanuel Macron,, comme comme vous l’expliquez très bien. Bien vu! Cela dit, je pense que l’action manu militari bien choisie pourrait rétablir un début de respect, ne serait-ce que par peur des conséquences. A Nantes ,il faut gentiment prendre tous ces gens et les jeter en prison pour leur laisser le temps de réfléchir et ensuite ouvrir les négociations sur leurs projets individuels.

  2. SELARL DR RADIGUET dit :

    Le résultat de tant d’années d’hypocrisie et de laxisme. L’égalitarisme à remplacé nos valeurs si chèrement acquises aux frontons de nos mairies.
    Forcément un jour il faudra remettre de l’ordre et de l’autorité, et de l’exemplarité de nos responsables. Un coup d’oeil sur nos voisins nordiques, enfin?

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