Macron marque des points

A Marseille, Mélenchon
(Photo AFP)

Les quelque 130 manifestations qui se sont déroulées hier en France n’ont pas fait le plein de participants. Même en prenant au sérieux le nombre de 300 000 manifestants avancé par la CGT, on ne peut pas dire que ce fut un succès.

CE QUI ne signifie pas que la crise sociale évolue forcément vers un apaisement. Les grèves de la SNCF se poursuivent, les étudiants bloqueurs continuent leur mouvement déraisonnable, la ZAD est toujours occupée, le projet de loi sur la réforme de la justice scandalise avocats et magistrats, et, bien sûr, il y a d’autres rendez-vous sociaux, notamment celui du 1er mai, qui peut donner lieu à des rassemblements gigantesques. Ou pas. Les syndicats sont loin d’avoir forgé leur unité. Certains, comme la CFDT, ne croient nullement à la fameuse convergence des luttes, prônée par le chef de la CGT,  Philippe Martinez qui, dans ses commentaires, semble plus exprimer un voeu que constater une vérité.

Le coup de Tolbiac.

Dans sa détermination, dont la durée est surprenante, le gouvernement a puisé deux tactiques qui pourraient porter leurs fruits. Il a d’abord fait évacuer Tolbiac, université considérée, à cause de son architecture, comme un bunker inexpugnable. A cinq heures du matin, et en une demi-heure, les CRS ont vidé les lieux sans que les bloqueurs n’aient offert la moindre résistance. De deux choses, l’une : ou bien les étudiants, avertis de l’opération policière, renforcent leurs positions et commencent à donner du fil à retordre aux forces de l’ordre, ou bien les pouvoirs publics, comme l’a annoncé le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, capitalisent sur leur premier succès et poursuivent les évacuations. Cependant, il faut que les doyens réclament l’intervention pour qu’elle ait lieu et tous ne le font pas, certains ayant pris parti pour les étudiants.

Ensuite, pendant que la grève de la SNCF continue, l’Assemblée nationale a adopté en première instance le texte de la réforme, ce qui a certes augmenté la fureur des syndicats, qui éprouvent ou feignent une aversion spécifique pour la ministre des Transports, Elisabeth Borne, et ont exigé de rencontrer le Premier ministre, Edouard Philippe, lequel a aussitôt refusé : il n’y avait pas une chance que la requête syndicale fût acceptée, elle aurait correspondu à un désaveu à l’encontre de Mme Borne, décrite comme extrêmement rigide par les délégués syndicaux aux négociations, qui savent pourtant que la ministre ne peut pas adopter une ligne de conduite différente de celle du gouvernement.  Comme pour Tolbiac, le passage en force, appuyé sur la représentation nationale, crée un nouveau contexte légal, mais surtout un énorme moyen de pression : la réforme existant déjà dans la loi (et même si elle ne sera définitivement adoptée qu’après les navettes avec le Sénat), toute négociation entre le pouvoir et les syndicats doit être conforme à la législation. Ce qui explique la colère des organisations, mais réduit aussi leur marge de manoeuvre.

Même si Macron échoue…

Certes, la défaite ou la victoire dépend de l’opinion publique. Curieusement, un sondage BVA annonce un léger regain de popularité du président et du Premier ministre. M. Macron espère encore qu’il peut trouver un compris sur la réforme de la SNCF avec la CFDT, mais celle-ci n’est pas majoritaire dans ce secteur et elle ne lâchera rien si le pouvoir n’offre pas des concessions. Il n’empêche que la coagulation des luttes, jusqu’à présent, ne s’est pas produite, qu’un fossé sépare encore la CFDT et FO d’une part, la CGT d’autre part, que la stratégie de Philippe Martinez (CGT)  très soutenue par ses militants et par SUD-Rail, est largement contestée dans les deux autres syndicats. M. Martinez, depuis le début du conflit, a été présenté par l’ensemble des médias comme l’homme qui ferait plier le genou de Macron. C’est beaucoup moins sûr et les commentaires sont devenus infiniment plus prudents, proches de la perplexité. Je vais me permettre de dire, en guise de conclusion, que, même si le président échoue dans cette affaire, il aura tenté de bousculer le pays sur des propositions d’une incroyable nouveauté. Et rien n’empêche de croire qu’il a une chance de réussir.

RICHARD LISCIA

 

 

 

 

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2 Responses to Macron marque des points

  1. Scalex dit :

    Macron est un extra terrestre à qui tout réussit.
    Espérons que cela continue, et pour lui, et pour nous…

  2. Chambouleyron dit :

    Votre conviction est que l’immigration est la cause pleine et entière du populisme européen. N’est-ce pas simplificateur ?
    Réponse
    Dans ce cas, nous sommes tous des simplificateurs. Ce n’est pas la première fois que vous m’interpellez sur ce sujet. Je crois profondément à la nécessité d’accueillir des réfugiés en détresse, mais je constate que le désordre européen sur ce très sérieux problème favorise la montée des populismes en Autriche, en Allemagne, en France et en Italie. Vous ne l’avez pas constaté, pourtant ça crève les yeux. Ce qui explique le durcissement des règles d’accueil dans la nouvelle loi asile-immigration. Il ne s’agit pas de renoncer à toute solidarité avec les migrants, il s’agit seulement de régler leur flux.
    R.L.

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