Le temps des questions

Journée ordinaire à Paris
(Photo AFP)

On est en droit de s’interroger sur la persistance des crises de tous ordres en France et, plus particulièrement, de se demander si l’impavidité du gouvernement est propice à la résolution de ces crises.

HIER, de nouvelles manifestations, des fonctionnaires cette fois, se sont déroulées dans toute la France. Elles n’ont pas réuni des foules, mais elles ont contribué à entretenir un climat de crise. A Paris, des casseurs sont intervenus, puis ont occupé un lycée. Cent-vingt cinq personnes ont été interpellées. Samedi 26 mai, sous la houlette de la CGT et de la France insoumise associées, le scénario décidément répétitif de la manif’ se reproduira. Dans le gel des positions, des syndicats d’un côté, des pouvoirs publics de l’autre, dans la constance des disputes nationales, dans l’inévitable dégénérescence des actions syndicales, aussitôt récupérées par des éléments violents, on découvre que les Français sont pris dans un étau et deviennent collectivement le champ meurtri des programmes conduits par l’Etat et des objectifs politiques des syndicats et de l’extrême gauche.

La farce du référendum.

Les cheminots ont donc procédé à un référendum dont le résultat indique une majorité écrasante (95%) en faveur de la grève à la SNCF. La CGT présente la consultation comme la preuve absolue de la légitimité de la grève, alors qu’elle confirme seulement l’état d’esprit des salariés de la compagnie, sans tenir compte du sentiment des usagers. C’est ainsi que, de nos jours, on peut poursuivre des chimères au nom de procédures qui n’ont de démocratique que le nom. De la même manière, un zadiste a été grièvement blessé par une grenade lacrymogène à Notre-Dame-des-Landes, ce qui est considéré par les manifestants comme un crime des autorités. Le malheureux a dû être amputé d’une main. Il est certain que, si les zadistes continuent à se battre sur le terrain en dépit de l’arrêt du projet d’aéroport, des événements graves se produiront, car leur violence finira par se retourner contre eux.

Il faut savoir arrêter une grève, disait Maurice Thorez lui-même, mais ses descendants ont oublié la maxime. Ils ont appris à la poursuivre au-delà de la démonstration de leur mécontentement, de sorte qu’elle devient une fin en soi, le refus du pouvoir de céder à leurs revendications entraînant un désordre permanent, leur seule vengeance. Dans cette atmosphère parfaitement délétère, le gouvernement songe à voix haute à une réduction de la dépense publique en diminuant les prestations sociales. A peine l’allusion à cette mesure est-elle exprimée qu’elle est accueillie par un cri de colère populaire.

La mer des Sargasses.

C’est la quadrature du cercle : la Cour des comptes estime que la baisse indispensable de la dépense publique est à peine engagée et ce qui rééquilibre peu ou prou le budget, c’est la croissance.  A l’occasion de la manifestation d’hier, on est revenu sur le projet de ne pas remplacer en cinq ans 120000 fonctionnaires qui partent à la retraite. Soit à peine un peu plus de 2 % de la masse des salariés de l’Etat et des collectivités locales, ce qui est jugé insoutenable par les intéressés, qui réclament en outre des augmentations. Le gouvernement jure qu’il ne taillera pas dans les effectifs de la santé, de la justice, de la police, déjà jugés insuffisants, mais alors où trouvera-t-il des postes en surnombre ?

Pourtant, un salarié sur cinq est payé par l’Etat. Ce qui indique une disproportion considérable entre le nombre d’employés du privé et celui des salariés du public. Ce qui montre aussi que les sommes phénoménales consacrées aux emplois du secteur public nous privent des moyens d’investir. Ce qui explique donc au moins en partie pourquoi la croissance est insuffisante. Tous ces arguments ont été exposés abondamment par le passé,  mais avec le concours d’économistes que la dette n’effraie guère, ils continuent d’être combattus par ces champions de la dépense qui prétendent que nous pouvons nous passer des réformes. Ainsi va le pays qui, après une grosse tempête, est maintenant empêtré dans la mer des Sargasses. Il faut en sortir.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Le temps des questions

  1. Scalex dit :

    Une seule remarque : si Macron souhaite que je vote pour lui la prochaine fois, qu’il tienne bon!

  2. Serpin dit :

    Le gouvernement recule, ce n’est pas bon signe.
    Macron va-t-il céder comme ses prédécesseurs ?

  3. Picot dit :

    Cette fois-ci, je suis d’accord avec vous. Mais tant que nous serons dirigés par des hauts fonctionnaires trop bien payés, qui ne risquent absolument rien et qui « font carrière » au lieu d’être au service de leurs concitoyens, rien ne changera.

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