Alerte aux prix de l’essence

Prix en hausse
(Photo AFP)

Depuis le début de l’année, le prix des carburants a fortement augmenté, pour diverses raisons, dont la principale est la politique des quotas des pays exportateurs, à quoi s’ajoute une fiscalité en hausse, ce qui se traduit par une perte de pouvoir d’achat pour les Français.

QUAND le gouvernement a décidé, par respect de l’environnement, d’augmenter la fiscalité du diesel, ce qui ne l’a pas empêché de taxer davantage l’essence, il ne savait pas que les exportateurs de pétrole allaient s’organiser pour faire remonter les prix, descendus à l’époque à 30 dollars le baril. Ils sont parvenus à doubler ce montant, de sorte que la facture de l’énergie importée en France est passée de 30 à 60 milliards, ce qui pèse sur la balance de notre commerce extérieur, déjà lourdement déficitaire, mais surtout diminue le pouvoir d’achat des Français : le montant que nous consacrons à l’énergie nous prive de la capacité de faire d’autres dépenses.

L’alignement des planètes.

On se souvient du fameux « alignement des planètes », apparu en 2015, la conjonction de la baisse des taux d’intérêt (qui facilite les investissements, de la baisse de l’euro, qui facilite les exportations et de la baisse du prix de l’énergie, qui dégage des marges d’investissement. Elle ne s’est hélas concrétisée que lors de la deuxième moitié de l’année 2017, c’est-à-dire après l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. Entretemps, François Hollande, en dépit d’une conjoncture plus favorable, avait renoncé à se porter candidat à un second mandat. Aujourd’hui, il saisit l’occasion de la publication de son livre, grand succès de librairie (« Les leçons du pouvoir »), pour affirmer haut et fort que sa politique économique a donné des résultats dont a bénéficié son successeur. Il est difficile d’attribuer le regain de croissance constaté en 2017 et au tout début de 2018 au seul cumul de facteurs internationaux favorables. On peut néanmoins remarquer que l’alignement des planètes n’aura pas duré longtemps.

L’euro, en effet, a encore baissé (il est passé de 1,25 dollar à 1,18), aggravant le prix des carburants (calculé en dollars) achetés par la France. Les taux d’intérêt augmentent, après une baisse énorme amorcée en 2008 pour relancer les économies occidentales sinistrées par la crise des subprimes. N’importe quel gouvernement pouvait se douter que les taux n’allaient pas rester voisins de zéro pendant une éternité. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, les taux sur les obligations du Trésor dépassent les 3 %. Cette année, la France emprunte à des taux supérieurs à ceux de l’année dernière, ce qui contribue à l’augmentation de sa dette publique.

Objectifs contradictoires.

La leçon immédiate qu’il faut tirer du retournement de conjoncture, et même si la hausse des taux est très progressive, est que l’économie française doit être protégée contre ces variables capricieuses. Cependant, la fiscalité des carburants, toujours considérée comme l’une des plus importantes recettes de l’Etat, ne sera pas diminuée. Ce qui est sûr, c’est que nous commençons à ressentir la fin de l’alignement des planètes : le taux de chômage, qui était descendu à 8,9 %, est remonté de 0,2 points au premier trimestre et les prévisions de croissance pour 2018 sont inférieures à celle de 2017. Nous avons obtenu l’an dernier 2 % de croissance, nous ne prévoyons pas plus de 1,5 % cette année, ce qui est peu et ne sera pas suffisant pour diminuer le chômage. Les pouvoirs publics, confrontés à la nécessité de maintenir le déficit budgétaire en dessous de 3 %, alors qu’ils s’apprêtent à absorber la plus grande partie de la dette de la SNCF, auront du mal à réduire la pression fiscale, en dépit des engagements qu’ils ont pris à ce sujet.

RICHARD LISCIA

 

 

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2 Responses to Alerte aux prix de l’essence

  1. Picot dit :

    Le gouvernement nous assure qu’il n’y aura pas de nouvel impôt, ce qui n’empêchera nullement d’augmenter le taux de ceux qui existent déjà. Et bien entendu il omet soigneusement de parler des taxes qui augmentent aussi. Nous payerons le déficit de la SNCF et il nous assure que ce sera indolore. Conclusion : les gens qui nous gouvernent nous prennent pour des imbéciles. Rien de nouveau, donc.

  2. LED voiture dit :

    Avec un peu de change les tarifs à la pompe finiront par baisser. Après tout, les producteurs de pétrole revendent leurs baril à des prix historiquement bas !

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