Mélenchon : marée basse

Une gestuelle très au point
(Photo AFP)

Les médias ont beaucoup hésité à qualifier les manifestations du samedi 26 mai, comme s’ils craignaient d’indisposer leurs organisateurs. Pourtant, la seule façon de prononcer un jugement correspondant à une dure réalité pour la France insoumise et les syndicats, c’est d’utiliser le mot échec.

UN ECHEC d’autant plus considérable qu’il avait été précédé d’annonces imprudentes sur la « marée humaine » qui devait se produire et n’a jamais eu lieu, ni cette fois, ni les fois précédentes. On ne s’attardera pas sur cette idiosyncrasie bien française qui nous fait collectivement préférer le nombre de manifestants aux résultats d’un scrutin, comme si la démocratie trouvait sa meilleure expression non dans le suffrage universel, d’ailleurs bafoué parfois par des référendums organisés dans la plus complète illégalité, que dans la sacro-sainte manif’. Cela rappelle le scrutin présidentiel de 2002, lorsque nombre de nos concitoyens, soudainement épouvantés par le score de Jean-Marie Le Pen, qui venait de ravir la seconde place à Lionel Jospin au premier tour, a incité des centaines de milliers de personnes à descendre dans la rue entre les deux tours, conformément à un canevas en vertu duquel on ne vote pas, mais on manifeste. C’est donc dans leur domaine d’action privilégié que les partis d’extrême gauche, les syndicats, les très nombreuses associations liées au mouvement ont essuyé une lourde défaite. On pourrait presque dire que ces groupes au militantisme chevillé au corps n’ont réussi qu’à se représenter eux-mêmes : pour ne réunir que 40 000 personnes à Paris, il aura fallu que très peu de gens extérieurs au maillage idéologique de LFI aient entendu et suivi son appel.

La réforme de la SCNF, c’est fait.

Si la défaite est amère pour Jean-Luc Mélenchon et les syndicats, c’est parce qu’elle ratifie la réforme de la SNCF qui, au milieu du mois de juin, deviendra texte de loi et sera donc irréversible. Les syndicats réformistes, principalement l’UNSA et la CFDT, espèrent que des amendements seront adoptés en seconde lecture à l’Assemblée, le texte étant examiné à partir d’aujourd’hui au Sénat et le gouvernement ayant annoncé la reprise, à hauteur de 35 milliards, de la dette de la SNCF, qui s’élève à 56 milliards. C’est une autre spécificité nationale qui fait qu’un combat étant largement perdu, on continue à se battre. Les Français, clairement et à 60 %, sont en faveur de la réforme, mais la grève dite perlée se poursuit imperturbablement, un peu comme si usagers harassés et cheminots décidés à se rendre durablement impopulaires s’étaient installés pour toujours dans le service minimum. Ne cherchez pas la cohérence de ces comportements : certes la haine de Macron et du macronisme explique la hargne des cheminots (sans excuser la mise à feu d’effigies du président, violences gratuites et malsaines), mais, de baroud d’honneur en baroud d’honneur, il y en a qui rêvent d’empoisonner les vacances du peuple. Ce goût du bras-de-fer permanent en dit long sur la virilité, la testostérone et, fatalement, sur l’humiliation au terme d’un combat où l’on n’a pas démérité. L’essentiel, n’est-ce pas ?, n’est pas de participer, mais de vaincre à tout prix.

Une victoire en prépare un autre.

La défaite des uns, c’est la victoire des autres et la patience tranquille de l’exécutif a fini par payer. Il a fait plus de concessions qu’on ne le dit, mais il n’a pas changé la ligne fondamentale de la réforme, qui repose sur la fin du statut de cheminot et la mise en concurrence à l’horizon 2020. La colère n’a pas embrasé le pays, même pas chez ceux dont le temps de voyage, multiplié par deux, augmente d’autant le temps de travail. Il n’y aura eu ni marée humaine, ni soulèvement, ni émeutes, sinon les exactions commises par des casseurs professionnels. Mais le plus important est que, si la vague du tsunami s’est écrasée bien avant d’atteindre le rivage, cela signifie que, pour les prochaines réformes, la crédibilité des appels à la lutte finale est déjà plombée et que, comme dans les guerres napoléoniennes, une bataille gagnée laisse le champ libre pour l’invasion. Cela revient à dire que le président et le Premier ministre, au terme de cet affrontement, auront les coudées franches pour poursuivre leur programme. Ce ne sera ni facile, ni simple. Mais ce sera moins risqué.

RICHARD LISCIA

PS – Au nom de la confraternité la plus élémentaire, je tiens à m’associer à l’indignation de l’équipe du « Point », dont le plus récent numéro, consacré au dictateur turc , Recep Yassip Erdogan, a fait l’objet d’actions de vandalisme, notamment contre des kiosques à journaux dans la Drôme. Des citoyens de ce pays se sentent donc plus turcs que français et, loin d’adhérer aux principes qui nous gouvernent, épousent une cause malsaine, et estiment que notre pays doit être ravalé à un statut dans lequel la liberté d’expression n’existe pas. Ils ont tout le loisir de rentrer en Turquie pour y proférer la haine de nos institutions, mais ils ne sauraient bénéficier en France d’un régime privilégié les autorisant à combattre nos lois et à préférer un régime arbitraire. Je souhaite que la justice intervienne pour mettre un terme à ce genre de provocation, qui a déjà fait ses preuves en Allemagne et en Hollande.

R.L.

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Une réponse à Mélenchon : marée basse

  1. Chambouleyron dit :

    J’adore votre mise à l’encan de la virilité et la testostérone qui oui n’ont plus cours même dans l’intimité des chambres à coucher et approuve mille fois votre analyse sur le mélanchonisme et votre indignation sur les Turcs en France et vous demande d’informer sur les suites judiciaires avant qu’elles ne passent à la trappe.

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