Le cas Nyssen

Françoise Nyssen
(Photo AFP)

Il n’existe rien dans votre passé qu’un bon journal ne saurait découvrir si vous atteignez un certain degré de célébrité. La ministre de la Culture, François Nyssen, fait l’objet d’une enquête judiciaire parce qu’elle a fait agrandir en 2012 les locaux parisiens de sa maison d’édition sans en demander l’autorisation.

FRANÇOISE NYSSEN devait être la ministre de la Culture moderne et dynamique que son succès dans l’édition (Actes Sud) laissait prévoir. « Le Canard enchaîné », qui a révélé mercredi l’histoire des travaux engagés par la future ministre dans un immeuble où elle avait loué puis acheté une vaste surface. Dès que vous voulez agrandir un local de plus de 20 mètres carrés, vous devez adresser une demande d’autorisation auprès de Bâtiments de France et de l’architecte en chef des monuments historiques. En 2011, elle avait déjà agrandi ses locaux à Arles sans autorisation et n’a pu entrer au gouvernement qu’après avoir réglé ce problème, sans pour autant s’inquiéter de celui de ses bureaux parisiens.

Une ministre contestée.

On ne peut pas dire que Mme Nyssen soit écrasée par le sentiment de culpabilité. Pour les bureaux d’Arles, elle avait parlé d’un simple oubli. Pour ceux de Paris, elle n’a pas nié les faits, mais n’a pas battu sa coulpe. Le gouvernement est évidemment embarrassé, mais fait savoir que tant que Mme Nyssen n’est pas mise en examen, elle n’a aucune raison de démissionner. La justice ne s’est pas montrée clémente ces derniers temps à l’égard du personnel politique, sommé par de nouvelles lois de ne commettre aucun écart. C’est ainsi que le gouvernement Macron a dû se séparer de ses trois ministres MoDem, dont François Bayrou, soupçonnés d’avoir financé des activités extra-européennes avec les fonds destinés à leurs équipes quand ils étaient députés à Strasbourg. L’affaire surgit alors même que Mme Nyssen est une ministre contestée et, semble-t-il, assez peu dynamique sur le front culturel. Son ancien métier d’éditeur posait, dès sa nomination, diverses questions de conflit d’intérêts et, dans le domaine de la protection du patrimoine, c’est l’animateur de télévision Stéphane Bern  qui fait le travail, à la demande d’Emmanuel Macron.

Tout est politisé.

A posteriori, la désignation de Mme Nyssen à son poste ministériel semble n’avoir pas été suffisamment réfléchie, car il était d’emblée évident que les décisions qu’elle aurait à prendre en tant que ministre risquaient d’entrer en collision avec ses intérêts d’éditrice. On imagine que le président de la République pourrait profiter d’un prochain remaniement gouvernemental pour se séparer d’elle, comme la rumeur le prétend depuis plusieurs mois. Sans minimiser l’infraction commise par une chef d’entreprise au nom de l’efficacité et de la rapidité, on regrettera une fois de plus que tout soit politisé désormais dans ce pays, comme si une ministre pouvait être nommée sans avoir eu un passé civil. Certes, c’est parce qu’elle est membre du gouvernement que la faute de Mme Nyssen, pour autant qu’elle soit caractérisée, ce qui n’est pas encore le cas, devient indélébile.  Mais je ne vois pas pourquoi, si Mme Nyssen a pu régler le problème soulevé par ses locaux d’Arles, elle ne pourrait pas le faire pour ses bureaux de Paris.

Son maintien au gouvernement est néanmoins peu probable. M. Macron n’a pas hésité à se séparer de François Bayrou, alors qu’il lui devait beaucoup de gratitude pour le rôle joué par le chef du MoDem dans son élection, à propos d’une affaire qui n’est pas non plus d’une gravité insigne. Il est bon que le pouvoir considère la mise en examen comme facteur de la démission immédiate des membres du gouvernement. Si la justice décide de poursuivre Mme Nyssen, son sort sera scellé.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Le cas Nyssen

  1. Sphynge dit :

    L’affaire Bayrou n’est pas d’une gravité insigne ? Ce n’est donc que lorsqu’il s’agit de Madame Le Pen qu’elle l’est (et que la justice est très diligente) ! Quant à Madame Nyssen, le fait de se mettre secondairement en conformité avec la loi n’efface pas la malhonnêteté initiale (pour Arles et peut-être Paris), quand même !

    Réponse
    La justice a été très diligente dans les deux cas. Vous ne m’avez pas vu attaquer le FN ou le MoDem avec la moindre violence au sujet de leurs ennuis avec la justice. Pardonnez-moi de ne pas juger les choses selon vos voeux: si vous tenez à prendre la défense de Mme Le Pen, c’est votre affaire. Je ne suis pas à vos ordres.
    R.L.

    • Je suis assez souvent d’accord avec vos écrits mais cependant aussi assez choqué par la brutalité de vos réponses à ceux qui ne partagent pas vos idées ! SVP…un petit effort de tolérance et vous n’en serez encore que plus intéressant ! Merci.

      Réponse
      Merci pour le conseil. Mais vous auriez pu aussi noter que certaines interventions sont incohérentes, agressives et vulgaires. Je ne vois pas pourquoi, au nom de la tolérance à ceux qui n’écrivent que pour avoir le plaisir sombre de la méchanceté, je briderais ma plume. Mettez-vous un peu à place et vous comprendrez. Enfin, la réponse à Sphynge n’était nullement brutale.
      R.L.

      • Je suis encore d’accord avec vous : je déplore moi aussi que certains confrères n’aient pas plus de retenue dans leurs commentaires et cela n’honore nullement les auteurs ni la profession ! Mais, de votre côté, pourquoi ne pas y répondre plutôt sur un ton humoristique et non pas en usant des mêmes méthodes que celles que nous condamnons ?

        PS : je ne suis nullement habilité à vous donner des « conseils » mais j’imaginais seulement que vous pourriez être intéressé de connaître le ressenti de vos lecteurs.

        Réponse
        Etre accusé de chercher un job à l’Elysée, par exemple, est un cas de diffamation. Je pratique parfois l’ironie, mais là, on n’est pas loin du tribunal. Sur la vivacité de mes réponses, je me suis déjà largement expliqué. Cet espace doit être protégé contre la dérive des réseaux sociaux. Les injures ne doivent pas y avoir cours. Je tiens compte néanmoins de votre remarque et vous en remercie.
        R.L.

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