La France au régime sec

Philippe annonce l’austérité
(Photo AFP)

Ce qui est surprenant, ces tout derniers jours, c’est qu’à la vaste offensive des oppositions contre le pouvoir, celui-ci réponde par la liste des contraintes auxquelles le soumet l’évolution plutôt négative de la conjoncture économique.

IL EST MÊME CURIEUX que le Premier ministre, Édouard Philippe, ait cru bon de publier un entretien dans « le Journal du dimanche » d’hier qui se borne, en gros, à établir le constat d’un affaiblissement de la croissance obligeant le gouvernement à maintenir la pression sur les salaires, même s’il accorde une défiscalisation des heures supplémentaires, jadis mise en oeuvre par Sarkozy, puis supprimée par Hollande. De même, la revalorisation de 0,3 % des pensions peut être considérée comme dérisoire et ne suffira pas, en tout cas, à satisfaire les retraités. Le chef du gouvernement a donc dit la vérité à ses concitoyens, à savoir que nous n’aurons plus la croissance de 2,2 % (chiffre de 2017) pour les années qui viennent, et qu’il ne peut miser que sur 1,7 %. Il s’explique moins sur la raison de ce ralentissement, principalement dû à la hausse sensible du prix du pétrole qui affecte tous les pays industrialisés et contre quoi il n’y a rien à faire. Il demeure que la France montre sa fragilité spécifique : quand la conjoncture internationale se retourne, elle en souffre plus que le reste du monde.

« Ce pays nous appartient ».

M. Philippe a donc donné aux oppositions un os à ronger : M. Mélenchon ayant réuni ses troupes pendant que M. Wauquiez haranguait les siennes, nous avons eu droit à un déluge de critiques qui, aux yeux des gens qui ne se laissent pas embobiner par un accès de démagogie, ont été peu crédibles. C’est Jean-Luc Mélenchon, maître absolu de la France insoumise, qui déclare que « ce pays nous appartient ». On voudrait savoir au nom de quoi, si l’on n’est pas insoumis, on serait privé de cette possession. C’est Laurent Wauquiez qui annonce avec fracas que le programme de M. Macron « est un échec ». Ou encore qu’il faut  fermer tous les ports français à l’immigration.  La simple vérité est qu’un leader de l’opposition ne rend jamais des comptes sur les propos hasardeux qu’il a pu tenir. La fermeture des ports, ça sonne comme un coup de clairon, mais M. Wauquiez ne peut pas nous dire où sont les portes et les verrous des ports.

Le Premier ministre, s’il s’était tu hier, aurait laissé les Mélenchon et Wauquiez rivaliser sur le terrain de l’éloquence sans sortir de leur obsession, les élections européennes, dont le chef des insoumis veut faire un référendum anti-Macron, bien que ce ne soit pas l’objet de cette consultation. Elle a déjà toute son importance si l’on veut donner un coup d’arrêt au néo-fascisme européen. Or M. Wauquiez approuve la politique italienne d’immigration : le chef des Républicains veut s’assurer que le scrutin de mai 2019 se traduira par une brusque remontée de son parti. Certes, la droite et l’extrême gauche font feu de tout bois et s’en prennent avec vigueur à un pouvoir à la fois victime de ses ratés et des difficultés géopolitiques sur lesquelles il n’a pas d’influence. Mais dire, comme le fait le président LR, que les Français n’ont pas aujourd’hui une vie meilleure que lorsqu’ils ont porté M. Macron au pouvoir et ajouter, au mépris de toute logique, que le président « n’a rien fait depuis un an », c’est quand même tenter de nous faire prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages.

Ils ont déjà échoué.

Le chef de l’État peut perdre les européennes et n’être pas réélu, mais, au terme de son mandat, il aura quand même transformé le pays, bousculé les tabous, mis fin à nombre de scléroses, donné de l’oxygène à l’économie. Ce changement entre dans les faits chaque jour et se poursuivra puisque, selon M. Philippe, il n’est pas question, pour le pouvoir, de distribuer un peu d’argent pour se rabibocher avec les Français, même s’ils sont très remontés. On peut décidément tout demander à un peuple menacé par la guerre, on ne peut pas jouer avec son pouvoir d’achat, notion sacro-sainte qui, jusqu’à présent a interdit à la droite et à la gauche, quand elles avaient le pouvoir,  d’engager des réformes impopulaires. Aujourd’hui, les mêmes, qui n’ont rien fait, nous assurent qu’ils sont plus compétents, efficaces, sérieux que M. Macron. Avec eux, tout ira bien. On n’est certes pas obligé de croire M. Macron sur parole, mais on sait que ceux qui réclament sa place ont déjà échoué lamentablement et que le risque est grand qu’ils échouent encore.

RICHARD LISCIA

 

 

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8 Responses to La France au régime sec

  1. Sphynge dit :

    « Mais M. Wauquiez ne peut pas nous dire où sont les portes et les verrous des ports. » Il pourra le demander au gouvernement de l’Australie qui, lui, le sait.

  2. admin dit :

    LL dit :
    Le prix du pétrole est une variable connue de l’économie francaise (et européenne!) et la seule marge de manoeuvre est dans le renouvelable. Le plan Macron repose sur le nucléaire et les autres source de renouvelable (vent, solaire etc.). Sur ce sujet: https://bit.ly/2wd7Hdd

  3. Le problème est que Macron n’a pas réussi pour l’instant là même où on s’attendait qu’il réussisse: sur le terrain de l’économie. La conjoncture est mauvaise, c’est vrai, mais la France affiche le plus mauvais taux de croissance de tous les pays européens au premier semestre 2018. Le Portugal, dans le cadre d’une politique d’inspiration plutôt keynésienne montre un redressement économique spectaculaire avec une politique opposée à celle préconisée par Paris, Berlin et Bruxelles. Cela devrait faire réfléchir nos politiques. Macron s’est contenté de dérouler son bréviaire libéral sans effet pour le moment. On peut déplorer en effet qu’il n’existe aucune opposition digne de ce nom capable d’offrir aux Français une véritable vision politique des problèmes de notre pays.

    • Scalex dit :

      Macron est donc le moins mauvais à ce jour. Pourquoi est-il si critiqué, alors qu’il vient juste de dépasser sa première année aux affaires ? Ne faudrait il pas au contraire l’encourager dans la voie qu’il a choisie, beaucoup plus courageuse que celle de ses prédécesseurs ?

  4. ostré dit :

    En un an, M. Macron a détruit des avancées sociales en faveur des plus démunis sans améliorer le chômage pour autant. Il va poursuivre les chômeurs alors qu’il relâche sa surveillance des exilés fiscaux (voir « le Canard enchaîné »).
    Réponse
    C’est tout vu.
    R.L

  5. Picot dit :

    M. Macron ne fait rien de plus et rien de moins que tous ses prédécesseurs. Au total c’est toujours la même chose : encore plus d’étatisme et de réglementations paralysantes et étouffantes, encore plus de ponctions dans nos portefeuilles, pour cela la Macronie a une imagination débordante. Ce personnage, de toute façon, n’est qu’un employé de Bruxelles qui s’applique soigneusement à en appliquer les règles. Les règles qui, rappelons le, nous sont imposées par des technocrates que nous n’avons pas élus, et qui s’en mettent plein les poches grâce à nous par dessus le marché. M. Macron n’est en rien un président de la République française, les Français et leurs grosses difficultés ne l’intéressent pas, et cela se voit.

    Réponse
    Vous êtes un extra-lucide affecté de myopie : Macron est président parce qu’il a été élu. Il n’est pas employé par Bruxelles. Il n’est pas vrai qu’il ne s’intéresse pas aux Français. L’accumulation de mensonges dans un texte ne le rend pas plus pertinent.
    R.L.

    • Picot dit :

      Intéressez vous au fonctionnement de l’UE : avons-nous élu les fonctionnaires de la commission européenne, oui ou non? Les injonctions de la dite commission prennent-elles le pas sur les lois françaises, oui ou non? Et par ailleurs Macron a-t-il bien été élu par seulement 18 % des inscrits, oui ou non? A-t-il bien dit, à la BBC, qu’il ne ferait pas de référendum sur un éventuel Frexit car il connaissait d’avance la réponse, oui ou non ? Avoir une opinion, qui n’est pas la vôtre, ne saurait être un mensonge.

      Réponse
      Bien vu. Avoir votre opinion, c’est vraiment tomber dans la névrose. Je ne vois pas pourquoi vous continuez à m’écrire ou même à me lire puisque vous n’êtes jamais d’accord avec rien ni personne. Il y a d’excellentes publications capables de vous satisfaire.
      R. L.

  6. Chretien dit :

    Vraiment des technocrates. Edouard Philippe, dans sa dernière intervention, pas un mot pour les Français (les paysans, les ouvriers, les commerçants, les professions libérales (y en a-t-il encore ?) les fonctionnaires, les chômeurs, les retraités, (les trois derniers pour les matraquer ) les jeunes. Que des annonces de nouvelles mesures et quelles mesures !
    Les énarques ne savent inventer que de nouveaux impôts (bis repetita) : depuis un an, huit nouvelles taxes. Tout cela manque de souffle … et ne peut vraiment pas entraîner un peuple derrière lui!

    Réponse
    Vous avez raison : c’est la fin des haricots.
    R. L.

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