Etats-Unis : vent de folie

Trump hier dans le Montana
(Photo AFP)

On se perd en conjectures sur la décision du « New York Times » de publier la tribune anonyme d’un important membre de l’exécutif américain qui dénonce le comportement de Donald Trump, ses coups de tête, ses caprices, son incompétence et son manque de cohérence.

AU FOND, le collaborateur dépité du président ne nous annonce rien que nous ne savions déjà. Il se contente d’ajouter ses critiques à celles de la presse, il confirme le désordre qui règne à la Maison Blanche et le danger que représente le chef de la nation la plus puissante du monde dès lors qu’il fonctionne sous l’emprise de ses impulsions, de ses velléités, de ses changements de cap, de ses tweets vengeurs, rageurs, multiples, et de ses jugements péremptoires qu’aucune argumentation sensée ne soutient. Ce qui gêne, dans cette affaire, c’est que le grand dénonciateur n’a pas cru nécessaire de fournir son identité et qu’il continue à occuper ses fonctions alors même qu’il prétend éprouver de l’aversion pour son patron. C’est aussi que ce grand journal qu’est le « New York Times » a consenti à publier sa tribune en dépit de l’anonymat. Ce n’est pas exactement fair play. Le problème n’est plus Trump et sa manière délirante de gouverner, mais l’identité de l’homme ou de la femme qui a écrit cet article. Le tout-Washington n’a plus qu’une idée, trouver le délateur. Et  les journalistes du « Times » eux-mêmes participent à la chasse à courre.

L’accusation réciproque de mensonge.

Le « Times » se défend en disant que, après réflexion, ses dirigeants ont estimé que l’article valait la peine d’être publié. Mais ont-ils vraiment besoin d’une information obtenue dans des circonstances aussi peu déontologiques pour augmenter le nombre de leurs lecteurs ? Ils auraient pu laisser l’affaire à une publication moins prestigieuse. Et ils doivent maintenant prouver qu’ils n’ont pas été manipulés, qu’il ne s’agit pas d’un faux, que la personne existe, qu’elle est au service de Donald Trump et qu’elle a seulement voulu exprimer le désespoir des femmes et des hommes qui travaillent pour le président des Etats-Unis. Victime d’une manoeuvre emberlificotée, Trump a beau jeu aujourd’hui de se présenter en victime, d’appeler ses employés les plus loyaux à écrire des textes à sa gloire, de réclamer que tombe le masque de son accusateur et de montrer comment se comporte cette presse qu’il a si souvent accusée de mentir.

Mais ce bizarre épisode de la présidence Trump ne serait jamais advenu si le président lui-même n’entretenait tous les jours un climat de tension sans précédent,  insultes lancées à ceux qui ne marchent pas droit, tweets contradictoires et incessants qui remplacent la discrétion de la diplomatie, attaques contre le quatrième pouvoir, éloges emphatiques de ses pires ennemis, comme Poutine ou Kim Jong Un, dénigrement de ses amis ou alliés, insensibilité pathologique aux souffrances humaines. Le désordre est tel dans la capitale des Etats-Unis et l’inversion des valeurs si implacable que même le « New York Times » se fourvoie dans un opération qui n’est pas digne de lui.

Un scandale au mois d’août.

Trump ne se maintient au pouvoir que par une politique de force qui continue à séduire son électorat. Le seul moyen de le combattre, c’est de se servir des institutions, non d’adopter les méthodes du président. Il ne fait pas de doute que ce que l’on voit de la pièce qui se joue à la Maison Blanche n’est que la partie émergée de l’iceberg et qu’il est facile de deviner les abus commis dans les relations entre le chef de l’exécutif et ses fonctionnaires. Ce n’est pas non plus en le déclarant idiot ou ignare qu’on le poussera dans ses retranchements. Chaque fois qu’il est attaqué au moyen d’épithètes diverses, il prend à témoin son électorat pour lui faire savoir que la minorité insulte la majorité.

L’affaire du « New York Times » rappelle un épisode qui a eu lieu au mois d’août. Une femme de 44 ans, Omarosa Manigault Newman, qui avait participé à deux émissions de téléréalité de Donald Trump (oui, il a fait ça aussi), a obtenu un des postes les mieux payés à la Maison Blanche. Pendant les réunions auxquelles elle était conviée, elle enregistrait les conversations. Elle compte publier un livre de révélations. Mme Manigault a trahi son engagement auprès de Trump, elle a commis un délit en enregistrant des propos confidentiels tenus au coeur de l’exécutif, elle risque des poursuites judiciaires et c’est elle qui va nous exposer honnêtement la dépravation du pouvoir ? Il faudrait, au contraire, que les adversaires de Trump soient irréprochables.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Etats-Unis : vent de folie

  1. mathieu dit :

    « Emissions de téléréalité »… décidément un passage obligé désormais pour les présidents US, puisque son prédécesseur a participé à l’une d’elles pendant son mandat! Mais avec un peu plus de tenue morale, sorti des plateaux!
    Réponse
    Vous n’y êtes pas. Trump dirigeait une émission de téléréalité, ‘The Apprentice, au terme de laquelle il embauchait ou licenciait les candidats. Ce n’est pas du tout un passage obligé pour les présidents US.
    R.L.

  2. JMB dit :

    En France, M. Buisson a eu la même attitude à l’égard de Sarkozy que Mme Manigault à l’égard de Trump. Il n’en a pas trop souffert, et peut toujours être l’invité de plateaux télé.

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