Europe : premières manoeuvres

Guy Verhofstadt
(Photo AFP)

Les yeux de l’Union européenne étaient fixés sur les résultats des élections législatives en Suède, mais les Suédois n’ont pas voté clairement. D’où des incertitudes sur l’avenir du royaume.

LES SUEDOIS ont placé les sociaux démocrates et les conservateurs au même niveau, et n’ont assuré à l’extrême droite qu’une progression de trois points plutôt qu’un triomphe. Il demeure que les « Démocrates de Suède » (ainsi s’appelle l’extrême droite) ont une position d’arbitre. Les électeurs ont si mal voté qu’ils ont déclenché une instabilité politique qui risque de durer. Ce qui n’a pas empêché la France insoumise et le Rassemblement national de trouver excellents les résultats de la consultation suédoise. On verra dans les jours qui viennent comment la Suède va sortir du guêpier où elle s’est fourrée.

La rencontre de Marseille.

La menace d’un triomphe de l’extrême droite en Suède est en tout cas écartée, ce qui n’est pas négligeable en ces temps de montée des extrémismes en Europe. Emmanuel Macron en est parfaitement conscient qui s’est rendu jeudi dernier au Luxembourg pour renforcer ses affinités avec les démocrates du Bénélux et vendredi à Marseille, où il a envisagé, avec la chancelière allemande, Angela Merkel, les prémices d’une alliance des « progressistes » européens par rapport aux « nationalistes ». En se promenant dans la cité phocéenne le soir, le président a eu une rencontre « impromptue » avec Jean-Luc Mélenchon qui, pour une fois, s’est montré aimable, ce qui lui a été évidemment reproché par les plus sectaires de ses amis. On ne s’en surprendra pas, même si on beaucoup de mal à s’y faire : pourquoi un chef de l’opposition ne pourrait-il pas bavarder avec  le président ?

Bien que ses proches aient réagi prudemment, le président de la République a reçu une bonne nouvelle : Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge et actuel chef de file des libéraux et des centristes (ADLE) au Parlement de Strasbourg, propose une alliance entre son mouvement et celui de M. Macron. Christophe Castaner  est « ravi » de la  proposition de M. Verhofstadt, mais il n’a pas voulu s’engager tout de suite. Parmi les élus progressistes au Parlement européen, il y aura pas qu’une coalition à deux, mais à plusieurs.

Une affaire prise au sérieux.

Ces premières rencontres à l’étranger, la détermination des nationalistes à « gagner » le scrutin de mai 2019, ce qui serait une première historique, la parade recherchée par les progressistes montre que, l’an prochain, tous les partis d’Europe prendront très au sérieux les élections européennes. Si  les extrêmes croient dur comme fer à leur victoire parce qu’ils s’estiment portés par un vent nouveau qui leur est favorable, tous les autres partis sont bel et bien décidés à les arrêter net dans leur élan. Malheureusement, pour le moment, on n’a pas le sentiment que les partis d’inspiration démocratique aient compris que l’enjeu de ce scrutin européen est particulièrement important. A droite, mais au au centre, personne ne songe publiquement à rejoindre la République en marche pour gonfler son électorat. Ni Alain Juppé, ni Xavier Bertrand, ni Valérie Pécresse n’ont laissé entendre pendant le week end qu’ils étaient acquis au principe d’une large contre-offensive destinée à contenir les extrêmes. Et, bien entendu,  pour Laurent Wauquiez, la droite ira au combat avec l’UDI, elle ne risque pas de s’inféoder à la REM.

Que va faire Wauquiez ?

Il y a de bonnes raisons, pour les partis, de rester à l’écart  d’un parti présidentiel que l’opinion publique commence à rejeter sévèrement. En quelque sorte, Emmanuel Macron ne « mériterait » pas le soutien de la droite et du centre. Dans le cas de M. Wauquiez, on peut dire qu’il est plus hostile à la REM qu’au Rassemblement national, même s’il répète à l’envi qu’il ne s’associera jamais avec l’extrême droite. Mais LR et UDI ont le temps de mûrir : que vaut leur stratégie si elle divise le camp des progressistes pour mieux faciliter la tâche des nationalistes ? Même si M. Wauquiez a des reproches idéologiques à faire à M. Macron, il se situe naturellement plus près de la REM que de Marine Le Pen. En réalité, le chef de LR est dans une situation que décrit parfaitement l’expression anglaise : « You’re damned if you do, you’re damned if you don’t ».  (Dans tous les cas, tu perds). Pour pouvoir snober le parti de Macron qui, dans les sondages, est en pôle position aux européennes, il faudrait qu’il ait plus de troupes. Le rapprochement avec Macron n’est peut-être pas possible, mais le rapprochement avec le RN est pire encore.

RICHARD LISCIA

 

 

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