Brexit : accord improbable

May à Salzbourg
(Photo AFP)

Le sommet européen de Salzbourg a montré deux éléments importants dans la négociation avec le Royaume-Uni sur le Brexit : l’unité solide entre les 27, en dépit de leurs divergences idéologiques, et l’impossibilité, pour Theresa May, la Première ministre britannique, d’obtenir un accord douanier avec l’Union européenne qui protègerait ses intérêts commerciaux.

LES EUROPÉENS ne souhaitent pas un « hard Brexit ». Ils espéraient seulement faire comprendre à Mme May qu’elle ne pouvait pas à la fois quitter l’Union et obtenir des dérogations commerciales qui auraient privilégié son pays par rapport aux partenaires européens. Cela ne veut pas dire qu’elle ne comprend pas le raisonnement que Donald Tusk, président de l’UE, et Emmanuel Macron lui ont fait entendre. Depuis le référendum britannique et la démission de David Cameron, Mme May se bat pour tenter de concilier deux forces inconciliables : son parti, les Tories, et celui qui l’a aidé à se maintenir au pouvoir, qui exigent de l’Europe toutes les concessions mais refusent d’une faire une seule ; et une Union, certes divisée sur l’immigration et les libertés publiques, mais dont les liens se resserrent face au projet britannique. De ce point de vue, le sommet de Salzbourg a démontré que l’ascension des populistes et des extrêmes en Europe n’a pas diminué l’intérêt des 27 pour un renforcement de l’unité européenne. Le Brexit a agi comme un révélateur : il pose un danger à la cohésion européenne et les chefs d’Etat ou de gouvernement ont resserré les rangs.

Propositions inacceptables.

Ce qui a permis à Emmanuel Macron de ne pas fléchir devant les exigences britanniques : « Les propositions (de Mme May) en l’état ne sont pas acceptables et le plan de Chequers (celui concocté par Londres) ne saurait être un plan à prendre ou à laisser ». Le problème, c’est que le temps presse. Le Royaume-Uni est censé quitter l’Union le 31 mars 2019. On ne met pas fin à 45 ans de coopération intense sans une préparation très élaborée. Les Européens se sont donné jusqu’au 18 novembre pour conclure un accord avec la Grande-Bretagne, parce que, au-delà de cette date, aucun plan ne serait applicable. Les tabloïds britanniques, constants dans leur discours ordurier, font porter à MM. Tusk et Macron, et en quels termes (Macron décrit comme un rat ou un gangster), tout le poids du désaccord. Mais la réalité est bien plus simple : Mme May est écartelée entre son désir de trouver les modalités d’un Brexit soft qui épargnerait à Londres et à l’Europe des dysfonctionnements dans les échanges commerciaux et financiers, et la pression des élus anglais et anti-européens qui, en somme, se moquent des conséquences. La Première ministre n’a pas résolu un problème d’importance vitale : que devient la frontière entre l’Irlande et l’Ulster ? Depuis les accords de paix entre protestants et catholiques  de l’Irlande du Nord, la frontière est ouverte. Si le Nord, qui reste partie intégrante du Royaume-Uni, sort de l’Europe, il faudra rétablir cette frontière, ce qui relancerait le conflit qui a produit la guerre civile et serait totalement négatif pour les intérêts économiques de tous les Irlandais. A terme, l’Ulster pourrait quitter le Royaume-Uni.

Sombre pronostic.

Mme May a une majorité assez fragile pour que celle-ci ne supporte aucun coup de force de sa part. Elle ne peut rien opposer aux Brexiters parce qu’elle serait mise en minorité s’ils ne sont pas contents. Peu importe que des éléments de la classe politique britannique poursuivent un jeu suicidaire depuis le référendum de 2016. L’enjeu n’est pas pour eux le Brexit, mais le pouvoir. Ainsi Boris Johnson, qui a démissionné récemment du ministère des Affaires étrangères, sous le prétexte que Mme May est trop conciliante avec les Européens, attend son heure. Il n’hésitera pas, le moment venu, à se présenter comme le sauveur  du royaume, celui avec qui les Européens ne négocieront pas, celui qui se jettera dans une politique économique dont tous les coups seront permis.

Marc Roche, journaliste et écrivain belge installé depuis des lustres en Grande-Bretagne, croit au Brexit. Il publie un livre pour annoncer le paradis dans l’au-delà européen. C’est évident, dit-il : le royaume deviendra un super-Singapour et se lancera dans l’évasion fiscale pour tous les fortunés de ce monde. Avec un sang-froid surprenant pour cet homme compétent en la matière, il imagine donc que la Grande-Bretagne se transformera en Etat-voyou. Délirante, l’hypothèse a néanmoins un avantage : elle démontre parfaitement que le salut après le Brexit consiste à se jeter d’un TGV sans se faire mal. Tout ça n’est pas sérieux. Nous subirons certainement les conséquences négatives du Brexit et les dirigeants européens essaient de les éviter. Les Britanniques ont voulu affirmer leur liberté, personne ne doit ou ne peut les empêcher. Mais le pronostic est sombre.

RICHARD LISCIA

 

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Brexit : accord improbable

  1. admin dit :

    LL (Etats-Unis) dit :
    Une inflexibilité de bon aloi mais qui met Theresa May dans une situation impossible.

  2. Picot dit :

    Les Anglais partiront quoiqu’il arrive, malgré les efforts de Barnier pour leur mettre des bâtons dans les roues. Napoléon n’a pas pu les soumettre, Hitler non plus et l’UE n’y arrivera pas davantage. C’est un peuple libre, au grand dam de beaucoup.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.