Valls : retour aux sources

Valls hier à Barcelone
(Photo AFP)

Manuel Valls a déclaré hier sa candidature à la mairie de Barcelone. Sa décision ouvre la voie à une épreuve électorale dont il n’est pas difficile de mesurer les obstacles. Elle souligne néanmoins son audace.

L’ANCIEN PREMIER MINISTRE français a longtemps hésité à sauter le pas, mais, en définitive, il semble estimer qu’il a une bonne chance d’être élu. Pour y parvenir, il lui reste neuf mois pendant lesquels il lui faut intégrer un parti national, qui pourrait être Ciudadanos, formation de centre droit, et convaincre une population barcelonaise qui le ne le connaît pas du tout ou le connaît mal, ne comprend pas vraiment ce qu’il vient faire dans cette arène, qui n’est pas impressionnée par son curriculum vitæ, qui le considère comme un Français, même s’il est né à Barcelone et parle couramment l’espagnol et le catalan et qui, par dessus tout, est profondément indépendantiste alors que Valls défend l’unité de l’Espagne avec force.

Un « bon » Premier ministre.

M. Valls se plonge dans une mêlée où personne ne l’attendait et les Barcelonais ne lui feront pas de cadeaux. Sa décision, en outre, est vivement critiquée en France, notamment par la gauche qui le considère comme un traître. Elu de justesse député apparenté REM dans l’Essonne, sa démarche est vivement combattue par Benoît Hamon et par la France insoumise qui n’a cessé d’exiger de lui qu’il renonce à son mandat de député, ravi avec quelques dizaines de voix contre la candidate LFI, qui espère bien obtenir le siège après une élection partielle. Qualifié de « bon Premier ministre pour un mauvais président » par Jean-Christophe Lagarde, président du parti centriste UDI, Manuel Valls a laissé, dans la vie politique française, un sillon qui sent le soufre. A la tête du combat parlementaire pour l’adoption du Code du travail présenté par Myriam El Khomri, il a provoqué ou, en tout cas, accentué, la fronde du PS qui a conduit François Hollande à renoncer à se présenter à un second mandat. Il n’a pas non plus laissé un bon souvenir à M. Hollande, pressé par Valls d’abandonner la course à la présidence pour pouvoir lui-même se présenter dans de meilleures conditions. Malheureusement pour lui, la primaire socialiste a eu raison de son projet.

Député de l’Essonne, il a été snobé par Emmanuel Macron, qui n’a sans doute pas oublié l’algarade de M. Valls, en plein hémicycle, à son encontre, quand M. Macron n’était que l’un des membres de son gouvernement. M. Valls a franchement dit qu’il soutenait le programme réformiste de M. Macron et de la République en marche, ce qui ne lui a valu aucune reconnaissance du large groupe de jeunes gens qui a pris le pouvoir en 2017 et s’est hâté de le tenir à distance. Comme il n’a jamais appartenu à la droite, comme la gauche le haïssait parce qu’elle a tôt fait de voir en lui un social-traître, et comme enfin M. Macron ne lui a donné aucune responsabilité à hauteur son rang, il s’est retrouvé très isolé et a continué à faire l’objet des critiques acerbes des élus de LFI qui ont notamment dénoncé son manque d’assiduité aux travaux de l’Assemblée.

Un point de chute.

Voilà qu’il trouve un point de chute à Barcelone, où personne ne l’attend vraiment et où peu d’Espagnols sont flattés de compter parmi les candidats un ancien chef du gouvernement français. Peu d’Espagnols ou de non-Espagnols voient dans le projet de M. Valls l’instrument d’une carrière européenne que l’Union rend parfaitement plausible. Logiquement, il devrait essuyer une défaite, mais la vie politique est pleine de surprises et, au fond, ce que lui reprochent ses détracteurs, c’est son courage : rien, légalement, ne l’empêche de se présenter à un poste électif espagnol, si toutefois il démissionne de l’Assemblée française, ce qu’il ne tardera pas à faire, et même s’il « trahit », comme dit LFI, ses électeurs de l’Essonne. De son côté, François Hollande, qui n’a sans doute pas oublié que Valls l’a incité à sortir de la campagne présidentielle, accueille sa décision avec scepticisme. Les deux hommes ont pourtant un point commun : ils croient tous deux qu’ils ont un avenir politique au moment même où une telle hypothèse est des plus improbables. M. Hollande est convaincu que les Français recommencent à l’aimer, oubliant sans doute qu’un ancien président est d’autant plus populaire qu’il a cessé de faire de la politique et se fourvoyant dans l’illusion parce que son livre s’est bien vendu.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Valls : retour aux sources

  1. admin dit :

    LL dit :
    Une histoire bien européenne qui, en même temps, souligne le fait que l’action peut être parfaitement locale et identitaire dans le cadre de mouvements et d’échanges supra-nationaux. Manuel Valls prouve que l’identité est une affaire de culture et de choix ; et résiste au changement politique.

  2. André Mamou dit :

    Manuel Valls quitte un mandat de député en France pour tenter de devenir maire de Barcelone. C’est audacieux et c’est la marque de «  Manolo », Espagnol de France, membre du PS dont il dénonçait toutes les erreur , se plaçant toujours à droite des illuminés et des gauchistes de son parti, Monsieur 5 % devenu Premier ministre parce qu’il avait vu juste, poussant à la sortie Hollande qui n’avait même pas le soutien de son parti.
    S’il devient maire de Barcelone, ville qui devrait être la capitale de l’ Europe, le destin de Manuel Valls pourrait se déployer davantage.

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