Trump en pleine forme

Heurts à la Cour suprême
(Photo AFP

Le Sénat a élu Brett Kavanaugh juge à la Cour suprême par une faible majorité de 50 contre 48. C’est néanmoins une victoire considérable pour Donald Trump qui dispose maintenant d’une Cour suprême avec une majorité conservatrice de cinq « justices » contre quatre.

POUR comprendre l’importance du basculement du tribunal fédéral le plus puissant des États-Unis, il faut se souvenir que les décisions de la Cour suprême ont, dans l’histoire du pays, beaucoup plus fait progresser les lois sociales et morales que le Congrès. La majorité démocrate qui régnait à la Cour jusqu’à présent est d’autant plus affaiblie que la « justice » Ruth Bader Ginsburg, probablement la magistrate la plus respectée, est âgée, et qu’elle songe à prendre sa retraite. Ce qui donnerait à Donald Trump une nouvelle occasion de nommer à sa place un autre juge conservateur. Or, depuis son élection, le président est très contesté non seulement par le camp démocrate mais par les minorités et surtout par les femmes dont le statut social est menacé par un retour rapide aux « valeurs » conservatrices. Sur l’avortement, la Cour suprême pourrait par exemple décider de renverser sa décision du 22 janvier 1973 (Roe versus Wade) qui autorise l’interruption volontaire de grossesse.

Trump, chef de parti.

Il est évident en outre que le président Trump se servira de la Cour pour s’opposer à la lutte mondiale contre le réchauffement climatique, à propos duquel le GIEC, groupement de chercheurs qui étudie l’évolution de l’effet de serre, publie aujourd’hui un rapport très alarmant. La composition de la Cour lui permettra de recourir aux énergies fossiles sans avoir de comptes à rendre à l’opinion publique. Il peut aussi durcir sa politique d’immigration déjà restrictive, poursuivre sa campagne protectionniste, et dicter ses conditions aux différentes minorités, Latino-Américains, Noirs, femmes, et minorités sexuelles. La minorité démocrate au Sénat étant forte (Trump a obtenu l’élection de Kavanaugh à l’arraché), les démocrates espéraient convaincre deux ou trois sénateurs républicains de voter avec eux. S’ils n’y sont pas parvenus, c’est parce que, depuis son élection, Trump a réussi à étendre son emprise sur l’ensemble de son parti dont les éléments les plus rebelles à son mode de gouvernement ont fini par se rallier à lui, pour ne pas être battus à l’occasion des échéances électorales.

Mobilisation populaire ?

En outre, en trouvant, pendant les auditions de la commission sénatoriale chargée d’examiner le cas Kavanaugh, un témoin, une femme de 51 ans, Christine Ford Blasey, qui a affirmé que trente ans plus tôt, M. Kavanaugh avait tenté de la violer, les démocrates n’ont réussi qu’à souder le camp républicain. La tentative d’écarter brutalement le juge avec des faits impossibles à prouver et de toute façon prescrits a été un échec monumental qui a accru la satisfaction et le triomphalisme de Trump. Ce qui ne veut pas dire que le président a assis son pouvoir durablement. Les élections législatives de mi-mandat, qui auront lieu dans quatre semaines, peuvent le priver de la majorité au Sénat, ce qui rendrait le remplacement éventuel de Mme Ginsburg particulièrement difficile et conduirait le parti démocrate à essayer de lancer une contre-offensive au Congrès plutôt qu’à  la Cour suprême. De même, la majorité républicaine à la Chambre des représentants pourrait être affaiblie. Il y a, dans le camp démocrate, une mobilisation considérable pour ce rendez-vous électoral, notamment chez les femmes, outrées par les commentaires sexistes de Trump et bien décidées à lui infliger une défaite.

Le problème se pose au niveau du sens civique des Américains. Des manifestations colossales ont eu lieu dans tout le pays pour dénoncer les mesures prises par Trump (« not my president ! « ), mais le taux d’abstention aux élections est souvent supérieur à 50 %. On pourra mesurer en novembre prochain les effets de la colère que Trump inspire à une large fraction du peuple. Ou bien les minorités et les femmes se contentent de protester, ce qui ne sert strictement à rien, ou bien elles vont aux urnes et envoient au président un avertissement solennel.

RICHARD LISCIA

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5 réponses à Trump en pleine forme

  1. Michel de Guibert dit :

    Je ne savais pas que les femmes constituaient une « minorité » aux USA…

    Réponse
    Je vous remercie de relever une maladresse de style. Je voulais dire des minorités et des femmes, j’ai commis l’erreur d’ajouter le mot surtout. Mais vous aviez très bien compris. Je suis heureux d’être lu avec tant d’attention, mais je regrette que, l’effort de précision et la recherche de la qualité étant bien rarement soulignés, la moindre peccadille soit rapidement dénoncée, comme si elle était infiniment plus importante que le contenu de l’article.
    R.L.

    • Michel de Guibert dit :

      Pour mémoire, mon avant-dernier commentaire – Michel de Guibert dans Résistance de la Cinquième :
      « Merci pour cet article lucide.
      Oui, vous avez raison, il ne faut pas toucher à la Constitution (si ce n’est éventuellement pour rétablir le septennat). »

    • Jacques T dit :

      Rassurez vous, c’est toujours un vrai plaisir de vous lire ! Dans chacun de vos articles, on retrouve une analyse fine et parfaitement argumentée. Cette qualité est particulièrement importante dans l’article d’aujourd’hui, car ….ayant toujours « le nez dans le guidon », nous sommes nombreux à ne pas connaître les détails de la vie politique américaine !

    • mathieu dit :

      En toute objectivité, majoritaires sont les lecteurs qui se réjouissent de vos analyses et l’expriment quotidiennement, sans parfois même y rajouter de point de vue personnel.

      Réponse
      Très aimable, je vous remercie.

  2. admin dit :

    LL (USA) dit :
    Mais en même temps victoire prévue.

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