Les prémices d’une crise

Laxisme financier ?
(Photo AFP)

Pourquoi les bourses du monde entier accusent-elles une chute brutale ? Parce que la croissance, qui est relativement forte dans le monde, cache des failles structurelles (et politiques) que personne ne songe à combler.

DONALD TRUMP a encore répété, tout récemment, que l’économie américaine (4 % de croissance et plein emploi) n’a jamais été aussi forte. Son emphase habituelle n’est pas démentie par les chiffres. Mais cette période de croissance, qui n’est pas partagée par tout le monde, est probablement illusoire : beaucoup d’incertitudes pèsent en effet sur l’avenir immédiat. Il est important de dire ici que le président américain, malgré tous ses efforts pour ralentir la croissance par des mesures protectionnistes répétées, n’a pas réussi à réduire les échanges commerciaux, de sorte que le déficit américain reste tout aussi élevé qu’avant ses décisions. Il est non moins important de rappeler qu’il a stimulé une croissance naturellement bonne par des réductions d’impôts dont il n’a nullement prévu le financement. Cette relance d’une économie déjà vigoureuse aura donc pour effet, à terme, de créer une bulle financière. C’est le scénario que redoutent le plus les acteurs économiques et financiers. La dette mondiale n’a cessé d’augmenter, en dépit de l’inoubliable crise de 2008  et des mesures qui ont suivi pour que l’effondrement du système ne se reproduise pas. Avec 164 000 milliards de dollars de dette mondiale accumulée, le défaut d’un seul pays (et il y a plusieurs concurrents à la banqueroute, à commencer par l’Argentine et l’Italie) peut conduire à un désastre.

Les accusations de Trump.

Le Fonds monétaire international lance de discrets appels à la prudence, mais il est impossible de convaincre Trump de changer de politique monétaire. Il a accusé la Banque fédérale des réserves (la Banque centrale des Etats-Unis) d’augmenter les taux, ce qui effraierait les marchés, toujours friands des politiques « accommodantes » de la Fed. Ce n’est pas vrai. La bourse a depuis longtemps intégré l’idée que les taux d’intérêt devaient remonter et, si les marchés se sont effondrés ce matin, c’est pour d’autres raisons. La première est le retour du protectionnisme, dont les effets sont pour l’instant invisibles, mais qui finira, à plus long terme, par réduire sensiblement les échanges mondiaux. La seconde, c’est l’instabilité politique créée par la montée des populismes dans le monde entier, en tout cas sur les deux continents, américain et européen. L’arrivée des extrêmes au pouvoir crée le genre d’incertitude politique dont les bourses ont horreur. Le moins que l’on puisse dire de ces nouveaux régimes, c’est qu’ils sont hostiles à toute discipline financière et ont hâte de récompenser leurs électeurs par des mesures sociales dont ils n’ont pas le premier centime. C’est ce qu’a fait Trump, c’est ce que fait aujourd’hui le gouvernement italien, c’est ce que ferait Marine Le Pen si elle entrait à l’Élysée. En d’autres termes, la croissance rassure les marchés, mais les perspectives d’une croissance artificielle, due uniquement à des considérations démagogiques, les épouvantent.

Le Brexit ne va non plus pas dans le sens de la prudence. Il en sortira de très vives difficultés économiques pour la Grande-Bretagne, mais l’Union européenne en souffrira aussi. Le développement galopant de la Chine repose sur une dette incalculable, celui de divers autres pays sur une dette intérieure tout aussi alarmante. Et ce que l’on sait des dettes de toutes sortes, c’est que si, le plus souvent, les emprunteurs n’ont pas les moyens de les rembourser, il y a toujours des créanciers qui attendent imperturbablement les intérêts, puis le capital.  Le coup de semonce de la bourse d’aujourd’hui peut ne pas se reproduire demain. Mais les conditions sont réunies pour qu’existe un risque d’effondrement financier mondial qui ne sera pas forcément écarté par les mesures de contrôle adoptées au lendemain de la crise de 2008.

RICHARD LISCIA

 

 

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3 réponses à Les prémices d’une crise

  1. Liberty8 dit :

    La Chine tient dans ses mains une grande partie de la dette américaine et un trésor en dollars, elle peut à tout moment demander le remboursement de l’une et vendre l’autre. Elle mettrait l’Amérique à genoux, heureusement qu’elle risquerait aussi un violent effet de boomerang. C’est « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette ».

    Réponse
    Vous le dites vous-même : si elle commençait à vendre ses actifs en dollars, ils se déprécieraient avant même qu’elle puisse les liquider.
    R.L.

  2. admin dit :

    LL (Etats-Unis) dit :
    Oui, en effet le principal coupable est clair. Cela dit, on peut aussi s’interroger sur l’insalubrité des politiques financières de l’Argentine, de l’Italie et même du Japon ; sans parler de la bizarrerie du système chinois qui parfois obéit aux règles du marché et parfois aux diktats du parti communiste. Nous sommes tous complices du laxisme et c’est bien ça qui est terrifiant.

    • vultaggio-lucas dit :

      « Nous sommes tous complices du laxisme… » nous écrit LL (Etats-Unis). C’est « l’individualisation » de cette « complicité » avec le laxisme, c’est-à-dire au « laisser faire » de l’économie de marché/libéralisme économique, qui peut paraitre terrifiante car totalement erronée. Que le capitalisme mondialisé/globalisé soit totalitaire comme en Chine ou « démocratique » comme dans les pays « occidentaux », il demeure aussi tributaire de la fameuse « croissance » qui ne peut être indéfinie sauf à créer encore et encore plus de précarité (puisqu’il paraîtrait que la pauvreté soit en baisse de par le monde grâce à cette mondialisation/globalisation…). Par ailleurs, au sujet du « plein emploi » aux États-Unis évoqué dans l’article de M. Liscia, quel est le nombre d’emplois précaires et sous-rémunérés ?

      Réponse
      Le nombre d’emplois précaires et sous-rémunérés est élevé aux Etats-Unis, il l’est tout autant en Europe et en France.Tout ce que je constate, c’est que, quand la croissance baisse, la société est plus morose. Nous devons tenter d’aller vers une croissance qui ne détruise pas l’environnement. C’est difficile, mais on ne règlera sûrement pas le problème en retournant à l’âge des cavernes.
      R.L.

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