Mélenchon : crise de nerfs

Mélenchon est fâché
(Photo AFP)

L’épisode étrange qui s’est déroulé hier, en plein remaniement ministériel, et pendant lequel on a vu Jean-Luc Mélenchon tenter vainement de s’opposer à une perquisition judiciaire, valait mieux qu’une de ces querelles auxquelles nous ont habitués les réseaux sociaux.  M. Mélenchon, en effet, a dénoncé une forme d’inquisition. En réalité, c’est lui qui se moque de la démocratie.

LE CHEF  de la France insoumise n’hésite jamais à exposer sa culture littéraire, historique, juridique pour mieux démontrer à tous qu’à lui, on ne la fait pas. Voilà que son parti doit répondre devant les juges de deux infractions possibles : emplois fictifs et détournement de fonds. De telles accusations ne vont pas sans une ou plusieurs enquêtes et de telles enquêtes ne vont pas sans perquisition. Il suffit de se rappeler les cas précédents  de partis politiques confrontés à la justice pour savoir exactement comment se déroule la procédure. Elle n’est pas drôle. Elle fait un effet glaçant sur les suspects même si plus tard ils sont innocentés. On a vu Eva Joly (juge dont on aurait pu exiger plus d’impartialité) passer les menottes à Roland Dumas qui, plus tard, fut innocenté au bout de deux procès. On a vu des familles ravagées par l’action des juges. Des hommes politiques tomber lourdement de leur piédestal. Et enfin on a vu que la mise en examen ne se traduit pas nécessairement par un procès et encore moins par une condamnation.

Présumés innocents.

Rien ne nous empêche de croire que M. Mélenchon et ses amis sont complètements innocents ; ni même de penser que, s’ils ne le sont pas, la justice les poursuit pour des broutilles et que le théâtre un peu grand-guignolesque de la perquisition exerce sur les « suspects » une pression excessive qui, avant même les conclusions du juge, ruine leur réputation. Aussi M. Mélenchon, grand orateur devant l’éternel, a cru qu’il pouvait dresser, entre les policiers et lui, un mur verbal. « Demain, disait-il, au cœur de la mêlée, ils trouveront une excuse pour me foutre en cabane, comme Lula » (ancien président du Brésil, actuellement en prison pour corruption). Ses amis criaient : « Résistance ! Résistance! ». Puis, M. Mélenchon s’en est pris au pouvoir qui, selon lui, a ordonné l’opération de la justice contre son parti. Il a apostrophé la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. « Vous devriez avoir honte de ce que vous êtes en train de faire ! » L’après-midi même, à l’Assemblée, répondant à une question de Mélenchon,  qui a porté plainte contre « la police politique », le Premier ministre, Edouard Philippe, a rétorqué que la justice est indépendante du pouvoir et que le magistrat qui a ordonné les perquisitions avait reçu le feu vert d’un juge des libertés.

A quoi s’ajoute un pataquès judiciaire qui, pourtant, n’avait aucune raison d’être. M. Mélenchon fait un procès à la police qui, à son tour, lui en fait un pour violences physiques et verbales commises au cours d’une perquisition. Comme toute démarche prend des mois et même des années, on est assuré d’assister à un long feuilleton dont la seule origine est l’irascibilité de l’omnipotent chef de la France insoumise.

Innombrables précédents.

Les extrêmes se rejoignent. Mélenchon a reçu le soutien de Marine Le Pen dont le parti est lui-même confronté à des poursuites au sujet du financement de ses activités. Ces deux-là, décidément, sont faits pour s’entendre. Mais ce qui est très curieux, c’est leur amnésie. Ils ont oublié deux choses : que des hommes et femmes politiques, depuis toujours, sont parfois ou souvent poursuivis par la justice ; et que ce qui arrive aujourd’hui au RN et à LFI est arrivé à tout le monde. La victimisation infantile à laquelle ils se livrent n’est donc que leur ultime argument pour échapper à l’enquête. Faudrait-il récrire la Constitution et prévoir deux exceptions garantissant l’immunité totale au RN et à LFI ? Stimulons leur mémoire, rappelons-leur les cas de Chirac, de Sarkozy, de Balladur, de Cahuzac, de Fillon, de Bayrou et j’en passe. En réalité, ils cherchent à embraser leurs troupes et créer un malaise assez grave pour faire reculer la justice. Leur prétention à une souveraineté inflétrissable sur laquelle juges et procureurs n’auraient aucune influence montrent qu’à leur délire politique s’ajoute l’arrogance de ceux qui se croient au-dessus des autres, ce qui ne les empêche pas de nous faire la leçon tous les jours sur l’impératif de proximité avec le peuple. Savez-vous à qui ils me font penser ? A Trump, vieil homme indigne, sans cesse drapé dans une illusoire vertu et qui voit dans toute institution encore debout dans son pays, l’ennemi à abattre. Tuer la vertu pour faire le mal en toute impunité.

En somme, nous avons assisté mardi à un théâtre de guignol, où deux vieux crocodiles de la politique tiraient les ficelles des marionnettes, n’hésitant pas, d’ailleurs, à en jouer les rôles de façon convaincante. Menaces vivantes et permanentes à la démocratie, ils se revendiquent d’elle pour nous priver de son fonctionnement ; spécialistes de la démolition, ils traînent la police et la justice dans la boue avec l’espoir de s’en débarrasser ; experts en naïveté populaire, ils veulent nous faire croire que l’exécutif aurait attendu le jour du remaniement gouvernemental pour lancer flics et juges aux trousses de Mélenchon et compagnie. Que Mme Le Pen tombe dans un tel travers, quoi de plus naturel ? Elle vit dans un monde parallèle, sans immigrés et sans euro. Mais, Mélenchon, l’homme aux mille citations gréco-latines ? Lui, il nous prend tous pour des brêles. Et s’il désavoue la justice quand il est minoritaire, qu’en fera-t-il une fois qu’il sera parvenu au faîte du pouvoir ?

RICHARD LISCIA

 

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4 réponses à Mélenchon : crise de nerfs

  1. Alan dit :

    « Et s’il désavoue la justice quand il est minoritaire, qu’en fera-t-il une fois qu’il sera parvenu au faîte du pouvoir ? »
    Mais exactement la même chose que son idole au Venezuela, avec les résultats catastrophiques immédiats qu’on voit, sans que Mélenchon ne s’en émeuve et ne désavoue sa parole.
    Il doit être la risée de toute l’Amérique latine, qui voit arriver chez elle des centaines de milliers de Vénézuéliens affamés et miséreux (eux qui étaient « les Suisses de l’Amérique latine »). Et en France, il est encore écouté !
    Il aurait une culture gréco-latine ? On sait grâce aux nazis que cela ne change rien. Il est au moins aussi dangereux pour la démocratie que Marine Le Pen.

  2. CHRETIEN dit :

    « Menaces vivantes et permanentes à la démocratie  » c’est tout à fait cela !
    L’Equateur, après la Colombie et le Brésil, est actuellement submergé par les Vénézuéliens qui fuient leur pays : voici ce qui arrive avec modèle de M. Mélenchon !
    Bravo pour votre article.

  3. mouche du coche dit :

    Que je déteste ce ton pontifiant et moralisateur : certains journalistes ou analystes n’ont rien à envier sur le sujet aux politiques.
    Juste un exemple : pourquoi M. Trump est-il un « vieil homme indigne » ? C’est qui votre modèle d’homme politique, juste pour voir comme ça s’il est exempt de tout reproche ?

    Réponse
    Je déteste principalement les mouches du coche, surtout celles qui écrivent de manière anonyme. Ton pontifiant ? Cervelle de mouche : M. Mélenchon, étant insoumis, ne se soumet pas à la justice, qui est le troisième pouvoir. Il représente donc un danger pour la démocratie. M. Trump, quant à lui, est impliqué dans plusieurs affaires de moeurs. Si ces deux-là vous conviennent, personne ne vous oblige à me lire.
    R.L.

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