Un remaniement prévisible

Christophe Castaner
(Photo AFP)

La composition du nouveau gouvernement n’est pas de nature à bouleverser les foules, qui, contrairement aux oppositions, n’ont manifesté aucune impatience pendant les quinze jours de la longue recherche de nouveaux ministres.

ON SE DEMANDE pourquoi il a fallu attendre deux semaines pour désigner Christophe Castaner au ministère de l’Intérieur, alors que son nom circulait sur toutes les lèvres. L’exécutif lui a donné un adjoint, le directeur de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure), Laurent Nunez, ce qui devrait apaiser les policiers et gendarmes, dont les revendications multiples n’ont pas été satisfaites par  Gérard Collomb. Pour le ministère de la Culture, que Françoise Nyssen devait quitter, Edouard Philippe a engagé Frank Riester, le chef du mouvement Agir, sorte de LR dissident, qui a toujours prôné la coopération avec Emmanuel Macron. Marc Fesneau, président du groupe MoDem à l’Assemblée, devient secrétaire d’État aux relations avec le Parlement. Didier Guillaume, 59 ans, ancien du PS, connu pour ses affinités avec Manuel Valls, est nommé à l’Agriculture. A 29 ans, le député Gabriel Attal est nommé secrétaire d’État auprès de Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, pour s’occuper plus particulièrement du service national. Jacqueline Gourault, ancien adjointe de M. Collomb, obtient un large ministère des Territoires. Plusieurs autres secrétaires d’État ont été nommés. On compte 34 ministres et secrétaires d’Etat au total et la parité hommes-femmes (17-17) est respectée.

Une seule nuance de gauche.

Il n’y a rien de surprenant à ce que des personnalités comme Frank Riester et Didier Guillaume entrent au gouvernement. Si le projet consistait à donner à l’ensemble de l’équipe une nuance de gauche, c’est raté. Manifestement, Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont essuyé plusieurs refus dans le camp socialiste, fortement démoralisé, mais loyaliste. Cependant, le gouvernement est modifié en profondeur et, comme l’Élysée a tenu à le faire savoir, si quelques hommes et femmes changent, le projet politique reste identique. Personne ne croyait d’ailleurs que, sous la pression des oppositions et des médias, l’exécutif renoncerait à son programme, qui reste la réforme dans tous les domaines (et en permanence). Aussi bien aurait-il pu s’épargner ce long cheminement de deux semaines, qui a fait beaucoup jaser et qu’il fallait interrompre à tout prix si le Premier ministre voulait éviter les sarcasmes et agressions verbales des oppositions lors des questions de l’Assemblée  nationale au gouvernement, aujourd’hui et demain. Bien entendu, ni la droite ni la gauche n’hésiteront à attaquer les choix du président et du Premier ministre et à poser publiquement la question d’un changement aussi radical alors qu’il s’agissait seulement de remplacer Gérard Collomb et que cela aurait pu être fait plus vite.

Une équipe super-macronienne.

En revanche, ce nouveau gouvernement ressemble encore plus à Emmanuel Macron que le précédent. Si la droite y est plus présente que la gauche, c’est certes parce que des personnalité du PS n’ont pas voulu y participer, mais aussi parce que le réformisme n’est décidément pas la tasse de thé des socialistes. Une fois encore, le président de la République a les coudées franches pour poursuivre les réformes et les partis d’opposition, comme la France insoumise, qui croient que le pouvoir est aux abois, ne doivent pas nier qu’ils sont incapables de freiner la mise en place du programme de M. Macron. Qu’à droite et à gauche, on se livre aux commentaires convenus n’empêche pas la macronie de trouver, avec ce profond remaniement, un second souffle. Tout dépend, bien sûr des élections à venir, municipales et européennes, qui scelleront le destin du président. Mais ce n’est pas la République en marche qui est, en dépit de ses cafouillages, la plus mal préparée à ces échéances. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer les graves divisions de la gauche et l’incapacité des Républicains de représenter, jusqu’à présent, une alternative crédible à la REM.

RICHARD LISCIA

 

 

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