Les bombes de Trump

Hillary Clinton, cible des terroristes
(Photo AFP)

Qu’est-ce qui peut bien expliquer cette soudaine campagne de terreur aux Etats-Unis, sinon les divisions qui opposent républicains et démocrates, elles-mêmes alimentées par un discours de Donald Trump qui accuse l’opposition de le diffamer en toute occasion ? 

LE PRESIDENT américain a tenu à dénoncer l’action orchestrée, probablement par des suprémacistes blancs, qui ont posé des colis piégés à l’adresse de sept élus ou personnalités démocrates et au siège new-yorkais de CNN, une chaîne d’information qui a fermement pris position contre Donald Trump.  Hillary Clinton, Barack Obama et d’autres personnes ont été visés par ces attentats, tous découverts à temps par les services secrets. La sécurité a mieux fonctionné que les relations politiques. Tout en condamnant les terroristes, et cette fois, ce ne sont pas des djihadistes, mais des individus appartenant à une forme de « terrorisme intérieur » selon les services secrets, M. Trump, qui a passé plus de 21 mois à jeter de l’huile sur le feu, en attaquant l’opposition et la presse avec une violence et une vulgarité indescriptibles, s’en est pris de nouveau aux médias qui diffusent des fake news, de fausses nouvelles. Il perçoit seulement CNN comme un fabricant de mensonges parce que Fox News, une autre chaîne de télévision, qui a fait le choix surprenant de la partialité pro-Trump, lui semble conforme à l’ordre qu’il souhaiterait instaurer dans son pays.

Le rendez-vous du 6 novembre.

Il n’a pas compris que sa position de chef de l’exécutif ne peut être équilibrée que par une presse libre d’analyser et de critiquer son action. Il n’a pas cessé, depuis son arrivée à la Maison Blanche le 20 janvier 2017, de mentir comme un arracheur de dents, de se contredire et de présenter son programme, ses actes et ses mots comme le plus délicieux des cocktails. Un calice en réalité empoisonné qui a attisé la rivalité entre républicains et démocrates, entre droite et gauche, entre progressistes et populistes. Trump a aussi souligné que les élections du 6 novembre prochain étaient très importantes. On ne le lui fait pas dire. Elles le sont surtout parce qu’elles pourraient indiquer le début d’une défaite ultérieure si, comme semblent l’indiquer les sondages, les démocrates reconquièrent la chambre des représentants, sinon le Sénat. Mais cela n’arrivera que si les forces anti-Trump se mobilisent. L’abstention, lors des mid-terms, est d’au moins 50 %.  Or Trump est assuré de retrouver son électorat de 2016, un amalgame de citoyens qui font leur bréviaire de la religion, du racisme, de l’intolérance et de la xénophobie. Ceux-là seront présents pour voter républicain. Les démocrates ne gagneront des voix et des sièges à la chambre que si les minorités, noirs, latinos, pauvres, se mobilisent pour faire barrage au populisme et à un déferlement de la démagogie comme jamais les Etats-Unis ne l’ont connu jusqu’à présent.

M. Trump n’est pas pour la gauche un adversaire facile. Il est assis sur la prospérité de son pays, avec un chômage résiduel et une des plus fortes croissances du monde. Il n’a jamais perdu son électorat qui préfère ses mensonges à la vérité sociale du pays, des inégalités qui se creusent, des atteintes aux droits civiques qui ne cessent de se multiplier, une politique économique et sociale qui n’est pas financée, une politique étrangère capricieuse, capable de conduire l’Amérique à un conflit grave parce que les errements du président sont soutenus par des idéologues qui croient servir un projet de suprématie américaine dans le monde en relançant la guerre froide.

Les médias menacés.

L’aspect le plus grave de la dérive trumpiste, c’est sa relation exécrable avec les médias indépendants qui est inspirée par le mépris, la haine et l’agressivité. Or les Etats-Unis, jusqu’à présent, étaient l’un des derniers remparts de la liberté d’expression : en Turquie, on jette les journalistes en prison, en Arabie saoudite, on les assassine, dans tout le Moyen-Orient, Daech les exécute, en Amérique latine ils sont en danger, en Europe même, certains pouvoirs en place les traitent avec hostilité, comme en Hongrie ou en Italie, ou avec désinvolture, comme en France.

Il y a pourtant une réalité crue : des journalistes meurent de par le monde pour informer leurs semblables de ce qui s’y passe réellement. Même Emmanuel Macron a refusé de répondre à un journaliste sur la fermeture probable d’une aciérie française, sous le prétexte que ce n’était ni le jour ni l’heure ; même Macron veut éloigner les journalistes qui « couvrent » l’Elysée, parce qu’il a horreur des questions posées après le conseil des ministres, comme si on informait les Français en publiant des communiqués insipides. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il se lance dans une guerre contre les médias en demandant à ses partisans ou militants de « pourrir » la vie des journalistes. Il s’adresse à eux en disant qu’il comprend leur « haine » parce qu’il la leur rend bien. Dans le refus de considérer la presse comme le quatrième pouvoir qu’elle est censée être, existe déjà le début de la répression. C’est quoi pourrir un journaliste ? C’est peut-être poser une bombe devant sa porte.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Les bombes de Trump

  1. Dr Bernard Verdoux dit :

    encore une fois j’apprécie votre billet clair précis et ô combien réaliste !
    La séparation des pouvoirs, la nécessité d’un contre pouvoir sont essentiels à la vie démocratique.
    Comment expliquer les dérives autoritaires et populistes actuelles ? Et surtout la violence qui s’installe dans les rapports sociaux ? Peut-être une réaction instinctive des peuples à la violence du pouvoir économique, exercé par quelques grands groupes dont le chiffre d’affaires est supérieur au budget d’une nation moyenne, et dont le principal objectif est de gaver l’actionnaire de dividendes, quels que soient les moyens utilisés : le manque de régulation à l’échelle mondiale se fait cruellement ressentir.

  2. JULIEN dit :

    Pourrir un journaliste, c’est pour Mélenchon en faire un « bouc émissaire ». Dans la rivalité mimétique qui l’oppose à Macron, les journalistes sont le bouc émissaire idéal car peu de gens voudront prendre leur défense en cette période de suspicion généralisée. Combien de fois ai-je entendu dire par des personnes apparemment sensées : « Les journaliste sont des pourris ». Je leur réponds habituellement que les journalistes sont toujours les boucs émissaires des dictateurs mais que sans eux il ne peut y avoir de démocratie. Vous avez raison, de la calomnie à la bombe, la distance peut rapidement se réduire

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