L’Italie, l’euro et nous

Moscovici et Giovanni Tria, ministre italien de l’Economie
(photo AFP)

Dans le conflit qui oppose Rome à la Commission de Bruxelles au sujet du budget italien de l’année prochaine, il y a une part de dramatisation. Il était utile que le commissaire à l’Economie, Pierre Moscovici, ancien ministre, dise son fait à l’Italie. Celle-ci cependant joue en Europe un rôle trop important pour que les parties en présence ne cherchent pas un compromis, plutôt que l’affrontement.

LE GOUVERNEMENT italien jure qu’il ne souhaite quitter ni l’Union européenne ni la zone euro. Il a cependant adopté un projet de budget pour 2019 avec un déficit de 2,4 % qui est trop élevé par rapport aux promesses du gouvernement précédent (de centre gauche), soit 0,8 % et à la dette italienne (132 % du produit intérieur brut). Le déficit budgétaire est donc énorme par rapport aux difficultés actuelles du pays, qui n’est plus très sûr de pouvoir emprunter encore, au-delà du raisonnable. Les pourcentages en question peuvent paraître limités mais la différence entre 0,8 % et 2,4 % représente des dizaines de milliards d’euros que l’Italie va devoir emprunter. L’aspect le plus grave du problème, c’est que de facto, l’Italie prend des décisions qui font d’elle un cas très singulier au sein de la zone euro. Elle emprunte à des taux de trois et demi pour cent plus élevés que ceux dont l’Allemagne, éternel bon élève de la classe, bénéficie. Cette différence, appelée spread dans le jargon financier, indique que l’Italie présente un danger croissant pour l’équilibre de la zone euro.

L’Italie n’est pas la Grèce.

Il ne faut pas comparer le sort de la péninsule à celui de la Grèce. Celle-ci était en faillite et ne pouvait plus du tout financer sa dette sur les marchés. Pour redresser son économie, au prix d’une austérité proche de l’atrocité, elle a accepté des prêts de l’Europe et du Fonds monétaire international. En ce moment précis, et bien qu’elle retrouve la croissance, sa dette reste écrasante. Il faut éviter à tout prix d’entrer dans ce scénario avec l’Italie. Le problème est politique. Il résulte d’une élection qui a placé populistes et néo-fascistes italiens au pouvoir. Ils tiennent à prouver qu’un autre projet que celui préconisé par Bruxelles est possible. En même temps, l’exemple du Brexit ne les encourage guère à larguer leurs amarres européennes : l’Italie est dans la zone euro, c’est-à-dire là où le Royaume-Uni ne s’est jamais trouvé, et si elle tentait d’imiter la Grande-Bretagne, elle sombrerait dans une crise économique, financière et monétaire cataclysmique. Mais il ne faut pas s’y tromper : un Italexit entraînerait une crise systémique de la zone euro et nous serions tous affectés par un bouleversement d’ampleur historique, alors que le Brexit n’affecte pas directement le fonctionnement de la zone euro, à laquelle le royaume n’a jamais appartenu.

Le scénario le plus tragique.

Cela veut dire que les conditions sont réunies pour un compromis entre les autorités de Bruxelles et le gouvernement de Rome. M. Moscovici a adressé ses conclusions au gouvernement italien et un élu de la péninsule a cru bon de les piétiner au cours d’un débat à l’Assemblée. Le commissaire européen en a conçu une grosse colère : on venait en effet d’assister à ces effets tangibles du populisme que sont l’outrance, l’agitation stérile et l’insulte. Il est évident que les représentants de la coalition italienne au pouvoir, Matteo Salvini et Luigi di Maio, n’allaient pas proposer un budget classique, prudent et strict. Ce n’est pas pour ça qu’ils ont été élus. Ils étaient bel et bien liés par leurs promesses électorales et ont donc adopté des mesures qui augmentent les dépenses publiques, mais pas dans des proportions scandaleuses.

La seule vraie question porte sur le financement du déficit italien. Rome peut encore se financer sur le marché et n’a besoin d’aucune aide de la zone euro. Néanmoins, si le nouveau gouvernement italien est populaire, s’il  est soutenu par les chefs des petites entreprises, il devra prouver aux marchés financiers qu’il reste fiable. Personne ne le croira sur parole et le danger, c’est que les marchés constatent  un dérapage des dépenses italiennes, que le spread augmente encore, que l’Italie, un jour qui n’est pas si lointain, crie au secours. Personne ne devra dire aux Italiens : « On vous l’avait bien dit ». Il faut, d’ores et déjà, dialoguer avec Rome et prévoir des garde-fous dans l’aventure dans laquelle elle se lance.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to L’Italie, l’euro et nous

  1. admin dit :

    LL (Etats-Unis) dit :
    Très bonne explication de cette crise au ralenti.

  2. PICOT François dit :

    M. Moscovici, comme ses collègues de la commission européenne, n’est pas un élu. C’est un technocrate placé là, comme les autres, sans que l’on nous ait demandé notre avis. Après sa catastrophique prestation comme ministre en France il est, en outre, très mal placé pour donner des leçons d’économie à qui que ce soit. Certains pays, comme l’Italie, commencent à dire zut à la commission : la suite va être intéressante.

    Réponse
    Analyse fausse et cliché imprudemment repris depuis des années : la commission européenne ne fait rien qui n’ait été accepté par le Conseil européen, lequel est composé des gouvernements des 27, eux-mêmes élus au suffrage universel. L’Italie peut sûrement dire zut à la commission, n’importe qui peut le faire, mais vous verrez dans quelques mois comment les marchés réagiront quand elle demandera de l’aide pour financer les 400 milliards de dette et d’intérêts qu’elle devra payer en 2019. Oui, la suite sera intéressante.
    R.L.

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