Le passé à la rescousse

Trump, Merkel, Macron
(Photo AFP)

Emmanuel Macron n’a pas raté son « itinérance mémorielle » dans plusieurs villes du nord et de l’est, à l’occasion du centenaire de l’armistice. Il n’a pas été accueilli que par des insultes et il a organisé un forum mondial auquel ont participé quelque soixante chefs d’État et de gouvernement.

LE PÉRIPLE du président avait deux objectifs : opposer à la colère des consommateurs de carburants, scandalisés par la hausse des prix, une réflexion sur qui nous sommes et d’où nous venons ; tenter de convaincre les dirigeants, américain et européens, de se détourner des aventures nationalistes et de leur démontrer que leur orientation conduit à la mésentente, puis à la guerre, alors que le multilatéralisme permet la conclusion de compromis et d’accords et d’empêcher les massacres comparables à celui de la guerre de 1914. Il n’est pas certain qu’il y soit parvenu, mais son effort de persuasion était structuré par la logique : d’une certaine manière, les maux d’un pays en paix ne sont pas à comparer à ceux, bien plus terrifiants, causés par les conflits militaires. Et, au fond, la tentation nationaliste, censée nous guérir de ces maux, n’est pas autre chose que  courir à grandes enjambées vers le pire sous prétexte d’échapper à nos difficultés conjoncturelles. L’histoire de l’Europe du XXè siècle est là pour nous rappeler à quel degré d’inhumanité les Européens sont parvenus pour défendre leur périmètre national. Il y avait sûrement un moyen d’empêcher cette sauvagerie venue du fond des âges et qui a marqué à jamais des générations dont le sacrifice reste, encore aujourd’hui, indescriptible.

Trump fâché.

Qu’ils le savent ou non, les dirigeants politiques qui essaient de taire les peurs du peuple en lui apportant des satisfactions immédiates mais sans lendemain n’abandonneront pas de sitôt une option qui les valorise. La démagogie, c’est leur chance, le risque de défigurer une société humaniste et de faire un véhicule d’un foyer d’intolérance et de xénophobie, leur pari. Les ultimes défenseurs de l’unité européenne, Macron et Merkel, tous deux affaiblis par une opposition intraitable et multiple, se sont livrés le 11 novembre à une sorte de défense muette de leur engagement, la chancelière allemande, vilipendée par les siens et menacée de ne pas finir son dernier mandat, ayant eu la faiblesse ou le courage de poser sa tête dans le creux de l’épaule du jeune président français qu’elle aurait bien voulu voir à l’œuvre à Berlin s’il avait été allemand.  Mais Donald Trump, qui faisait sa mine des mauvais jours et n’a pas participé à toutes les manifestations, semblait affreusement mal à l’aise et a même passé seul l’après-midi d’hier. Comment, en effet, pouvait-il accepter cette fête de la paix, lui qui prospère sur l’agressivité, l’hostilité et la violence ? Comment pouvait-il se rallier aux thèses macroniennes, celles qu’il ne cesse de combattre par des actes, protectionnisme, informations mensongères, refus de distinguer entre ses adversaires et ses alliés traditionnels, déclarations insensées (« L’Europe est pire que la Chine »), envoi de troupes à la frontière mexicaine, isolationnisme et enfin diplomatie transformée en machine à fabriquer des ennemis ?

Bonnets rouges et gilets jaunes.

Trump, mais aussi Poutine, qui était là avec le sourire narquois du potentat plus à l’aise chez lui que dans des pays dont il condamne sans complexe le fonctionnement démocratique, ne vont pas faire machine arrière parce que Macron le leur demande. En revanche, on ne peut pas être français et rester insensible au message pacifique du président de la République. Il a évidemment raison et il nous prouve tous les jours que ce n’est pas parce que l’angélisme ne conduit nulle part qu’il ne doit pas essayer d’apaiser les tensions du monde. La Première et la Deuxième guerres mondiales ont été des horreurs. La prochaine serait pire, effacerait le monde, encore plus efficacement que le réchauffement climatique. Comment ne pas rejoindre Macron sur ce point au moins ? Si les grandes puissances croient encore à la politique de force, ce n’est pas le cas des États qui subissent leur influence et trouvent à l’ONU un forum, certes inefficace, mais où l’on peut encore dénoncer les conflits qui ravagent la planète et une pollution qui l’asphyxie.

Non, les « gilets jaunes », qui se rassemblent le 17 novembre, mouvement que le pouvoir, réuni aujourd’hui pour tenter d’empêcher le blocage des routes de France, ne vont pas céder parce que des millions de nos soldats sont morts dans deux conflits apocalyptiques. Ce qui fait l’intérêt de Macron, en ces temps si troublés, c’est qu’il représente, malgré ses multiples erreurs, de communication notamment, un dernier espoir. Le prix de l’essence a baissé de 20 %, il peut remonter, il peut encore diminuer, mais nos concitoyens si absorbés par cette cause devraient admettre que, en dehors des taxes, il y a des composantes des prix qui leur échappent, à eux comme au gouvernement. Il y a eu les bonnets rouges avant les gilets jaunes et, pourquoi ne pas l’admettre ? Dans ces deux mouvements si semblables, notamment dans leur mépris de l’environnement, le bon vieux poujadisme d’autrefois reste bien vivant.

RICHARD LISCIA

 

 

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7 Responses to Le passé à la rescousse

  1. Michel de Guibert dit :

    Merci pour votre commentaire auquel j’adhère complètement.
    La paix est un bien infiniment plus précieux que le prix des carburants qui paraît si importante à nos concitoyens individualistes et consuméristes (même si je ne méconnais pas la difficulté pour certains, notamment pour les gens qui vivent et travaillent en milieu rural).

  2. VIS dit :

    Oui, notre liberté est plus importante.
    Mais le prix des taxes de l’essence doit augmenter sur le marché lorsque l’offre constructeur en véhicules hybrides est disponible. Aucun constructeur français n’est vraiment au rendez-vous sur l’hybride. C’est dur quand on est au bas de l’échelle salariale. On fait des pleins de demi ou quart de réservoirs pour conserver sa trésorerie. Les élites ne se posent pas la question.
    Les Français veulent qu’on soit cohérent. C’est tout.

    Réponse
    La question est : est-ce que c’est plus dur de payer des taxes ou d’être poilu dans une tranchée ? Les Français ont raison d’exiger la cohérence, pas de bloquer les routes, ce qui ne peut qu’aggraver leur propre situation.
    R.L.

  3. Patrick Delahousse dit :

    Une chose est sure, c’est que le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière, ça n’a jamais marché.

  4. mathieu dit :

    Après tout, ne serait-il pas possible d’honorer nos Poilus (et même aussi « en même temps » leurs maréchaux, dans une démarche d’apaisement national) et glorifier leur sacrifice (sans cracher sur leur mémoire comme le faisait Coluche!), de militer sincèrement pour la paix…et « en même temps », se révolter contre le « faux nez » des multiples tentatives, drapées de vertu, pour faire de l’automobile la première source de revenu de l’Etat (taxes, péages, PV, vignettes), lequel nous assurerait donc que, comme le nuage de Tchernobyl, pollution et réchauffement climatique s’arrêteront à nos frontières!… dès que chaque français se sera offert son véhicule hybride à 30 000 €! A l’immigration économique, politique, s’ajoutera alors l’immigration « climatique » planétaire vers le seul pays à l’air frais et pur, où les seules émanations viendront des feuilles de menthe et de serpolet poussant sur les trottoirs de nos villes dépolluées !

    Réponse
    Vous tenez à avoir le dernier mot ? Vous l’avez. Mais là, vous avez changé d’argumentation. Moi, non. Pétain a trahi son pays, point barre. J’ajoute que la séance des questions-réponses est terminée.
    R.L.

  5. ostré dit :

    OK pour l’analyse de la politique étrangère et des cérémonie. OK aussi pour l’analyse du néfaste Trump.
    Comme vous, je suis contre tous ces soutiens franchouillards aux bagnoles. Il faudra bien un jour limiter les voitures au maximum par une autre organisation des transports pour aller travailler : la voiture tue, pollue, encombre, détruit coûte cher et rend c…

    Réponse
    Ce n’est pas du tout ce que je dis. Je ne suis pas anti-bagnole, je dis seulement que beaucoup de gens circulent dans de grosses voitures et se plaignent ensuite du prix de l’essence.
    R. L.

  6. admin dit :

    LL (USA) dit :
    Quand est-ce que l’itinérance se termine et qu’on se penche un peu plus sur l’avenir?

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