L’insurrection

Macron et Philippe hier
(Photo AFP)

Ce qui s’est passé samedi à Paris et ailleurs en France est d’une gravité extrême, reconnue par le gouvernement, qui doit remettre en cause la politique économique actuelle, refonder le budget de 2019 et annoncer le plus vite possible des mesures tangibles et fortes susceptibles de convaincre les gilets jaunes.

LA VIOLENCE des émeutiers n’était pas que l’expression d’une colère. Elle s’est attaquée aux policiers et aux biens, mais elle s’adressait principalement aux institutions. L’attaque scandaleuse contre l’Arc de Triomphe découlait tout naturellement des graffiti exigeant la démission d’Emmanuel Macron et la dissolution de l’Assemblée nationale. Le président de la République est donc obligé de mesurer son affaiblissement politique non à l’aune des sondages mais en fonction d’un samedi 8 décembre qui risque d’être encore plus dévastateur pour son image personnelle et pour celle de la France à l’étranger. Or c’est son rôle premier d’assurer la sécurité des Français et de leurs biens. Le dispositif sécuritaire pour Paris, le 1er décembre, n’a pas fonctionné. On peut expliquer les raisons de cet échec, on ne peut pas imaginer que de telles émeutes se reproduisent. Il semble bien que, si les casseurs trouvent toujours le moyen d’accéder au quartier des Champs-Elysées pour s’y livrer au vandalisme, c’est parce que, pour combattre leur sauvagerie, il faut accepter qu’il y ait des morts.

Qu’en pense l’opinion ?

Dans cette configuration, l’espoir d’un basculement de l’opinion publique en faveur du maintien de l’ordre reste fragile. Il ne se produira que si les pouvoirs publics adoptent des décisions capables de satisfaire les revendications fiscales des gilets jaunes. Le gouvernement, qui croyait taxer les carburants au nom de l’écologie sans comprendre qu’il allumait ainsi un incendie, doit maintenant redistribuer cet argent et trouver une somme identique dans la dépense publique ; car il ne peut pas déséquilibrer son projet de budget pour 2019 sur le point d’être voté. Il vaudrait mieux, en outre, qu’il aille au-delà et accorde une largesse pour tous les foyers dont le revenu est inférieur à 2 000 euros par mois. C’est le seul moyen de montrer qu’il relève le pouvoir d’achat.

Irresponsabilité.

Il ne serait pas tiré d’affaire pour autant. Encensés par l’opinion publique, les gilets jaunes présentent quand même une tare collective, c’est leur totale irresponsabilité : ceux qui s’expriment ne reconnaissent jamais que, sans les manifestations, il n’y aurait pas de casse. Ils accusent la police et le gouvernement d’avoir comploté la dégradation de la crise sans apporter la moindre preuve de ce qu’ils avancent, répétant comme des perroquets les allusions venimeuses du Rassemblement National  et de la France insoumise auxquels ils prétendent ne pas être inféodés. Ils reprennent à leurs comptes les exigences de ces deux partis, démission de Macron et dissolution de l’Assemblée. Ils se disent indépendants de toute influence politique, mais ils n’ont rien d’autre à proposer qu’une démolition des institutions, seule façon, selon eux, de réparer l’injustice fatale que seraient les hausses des prix des carburants. Cette logique est tout à la fois excessive, disproportionnée et particulièrement dangereuse pour l’avenir immédiat du pays. Elle conduirait à un désordre tel qu’il faudrait des années à la France pour remonter le courant.

Les conséquences des émeutes sur le commerce et l’industrie sont assez négatives pour affecter la croissance à la fin de l’année, à cause d’un Noël fichu, et l’année prochaine. Elles limiteront la marge de manœuvre du gouvernement qui est déjà étroite. Encore une fois, les termes du déficit budgétaire ne pourront être respectés que par une sensible diminution de la dépense publique, d’autant plus difficile à obtenir qu’elle aurait, elle aussi, des effets politiques. L’autre aspect de la contestation jaune, c’est la jeunesse du mouvement, si récent et si frais qu’il est incapable de s’organiser, de présenter une liste de revendications et d’élire des représentants. Il est si bien décentralisé que les gilets jaunes se contentent d’occuper des ronds-points de département et filtrent la circulation, un peu comme s’il s’agissait de leur objectif ultime.

Le gouvernement dans un guêpier.

Edouard Philippe, le Premier ministre, a donc décidé de recevoir la totalité des partis politiques pour les associer aux décisions du gouvernement, ce qu’il n’a pas pu faire vendredi dernier quand il a reçu un gilet venu clandestinement et un autre, tellement terrorisé par les menaces de ses congénères qu’il a quitté Matignon au bout de vingt minutes. Le pacifisme revendiqué matin et soir par les gilets jaunes n’empêche pas les pressions et l’arbitraire au sein du mouvement, lequel demande des sous mais veut protéger à tout prix sa virginité politique, alors que tout est politique. Inutile de préciser que Macron et la REM étant haïs, comme le répète à satiété François Ruffin, de LFI, par tous les partis, sauf le MoDem, les bons conseils de Mme Le Pen, cette pousse-au-crime, et de M. Mélenchon pour qui le temps de la révolution est arrivé, ne vont pas aider M. Philippe à extraire le gouvernement de cet horrible guêpier.

Pour éteindre ce feu ravageur, il faut beaucoup d’eau, donc beaucoup d’argent, et il faut surtout que M. Macron, qui a refusé de s’exprimer dans l’urgence, comprenne que son projet est malmené sinon détruit. Il doit changer de braquet et donner carrément du pouvoir d’achat aux plus faibles revenus. De son côté, la justice doit faire son travail et prononcer des peines exemplaires pour ceux qui ont défiguré Paris et ses symboles historiques. Nous n’avons pas besoin des casseurs et les juges doivent les punir sévèrement.

RICHARD LISCIA

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10 réponses à L’insurrection

  1. Liberty8 dit :

    Les forces de sécurité ont aussi leur part de responsabilité. Leur utilisation stratégique et tactique est en retard d’une génération. le schéma à la française par saturation au gaz lacrymo (13 000 grenades samedi) pour éviter le contact et les dommages corporels est valable dans des manifestations typiques et compactes sur un secteur donné, pas du tout dans le cadre d’un système insurrectionnel diffus. Manque de mobilité caractéristique et manque de forces de réserves, trop de force tampon. Bref, à revoir complètement pour éviter une récidive qui risque de se produire la semaine prochaine.
    La solution est bien entendu politique avec une marge de manœuvre très étroite mais suffisante pour légitimer une intervention au contact beaucoup plus coûteuse en dommages corporels.

    Réponse
    Je vous laisse votre jugement. Je crois qu’il est plus facile de faire une analyse après coup que de dire préventivement ce qu’il est préférable de faire.
    R.L.

    • Tara dit :

      Les forces de sécurité ont certes leur part de responsabilité, mais quels étaient les ordres?

      En effet, il faut se poser la question du comment 4000 personnes des forces de sécurité n’ont pu arrêter 1000 casseurs à Paris, tout en prenant le temps de gazer les manifestants paisibles..
      Sans doute moins dangereux? Ou alors, laisser casser serait une solution pour « casser » le mouvement de révolte des gilets jaunes.

  2. Scalex dit :

    Plutôt que d’attendre la guillotine, je propose à Macron de démissionner et de laisser le pouvoir aux gilets jaunes. J’ai eu hier soir sur Antenne 2 un aperçu de ce que cela donnerait.

    • J PERNES dit :

      Personnellement, si j’étais M. Macron, c’est ce que je ferais. Je m’en irais et je laisserais les Français se dépatouiller avec leurs contradictions, leur hypocrisie, leur égoïsme, leur « c’est toujours mieux dans le jardin d’à côté » . Mais je ne suis pas M. Macron. Heureusement pour moi. Je lui souhaite bien du courage.

    • Tara dit :

      Bonne solution : je ne pense pas qu’on puisse faire pire que lui.

  3. Michel de Guibert dit :

    Tout ce qui concourt à établir un climat de guerre civile est détestable.

  4. Michel de Guibert dit :

    « Peu à peu j’ai découvert que la ligne de partage entre le bien et le mal ne sépare ni les Etats ni les classes ni les partis, mais qu’elle traverse le cœur de chaque homme et de toute l’humanité. »
    (Alexandre Soljenitsyne)

  5. ostré dit :

    OK. La seule solution est de donner du pouvoir d’achat aux plus pauvres. Où trouver l’argent? Remettre l’impôt sur la fortune en le majorant même pour redistribuer ?

  6. BINDER Jean dit :

    Si il n’y avait pas eu autant de cynisme de la part de nos dirigeants au début du mouvement, dire que l’on comprend et ne rien faire, on n’en serait pas là. Ne rien faire, c’est s’attendre à une nouvelle révolution. Surtout en démarrant en parallèle une luxueuse rénovation de la Salle des fêtes le l’Elysée… Il y a beaucoup de misère dans notre pays. La grosse erreur, c’est bien d’avoir voulu taxer plus encore l’essence, dans un contexte où la voiture est le seul moyen de locomotion, même pour les habitants des villes quand on voit que les transports en commun sont plus chers encore… Avec un passager, la voiture est deux fois moins chère que le TGV… Au Luxembourg, le diesel était à 1 euro 10 il y a trois semaines et en Allemagne, il est moins cher qu’en France et les autoroutes sont gratuites. Et une information récente, cite la France en tête des prélèvements fiscaux en Europe. Alors, avançons la menace du réchauffement climatique… Comme la grande peur de l’an Mil ou des pluies acides qui n’en étaient pas. Il y a une raffinerie de nickel en Sibérie qui à elle seule pollue sur une année autant que la France entière. No comment. Il ne faut pas se tromper de cible.

  7. MG43 dit :

    Effectivement, c’est ce qu’il aurait de mieux à faire et abandonner les Français à leur sort puisqu’ils croient encore au Père Noël. Les Mélenchon, Ruffin et Cie ne cessent de souffler sur les braises et rêvent de revenir au régime de La Terreur.

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