La cible, c’est Macron

Philippe et Castaner à l’Assemblée
(Photo AFP)

Le gouvernement est déstabilisé et le président de la République y met du sien : après avoir laissé son Premier ministre, Édouard Philippe, annoncer solennellement la « suspension » des hausses des taxes sur les carburants prévues pour le 1er janvier prochain, il a tenu à le contredire : ces hausses, a-t-il fait savoir, sont définitivement annulées. Ce qui n’empêche pas les gilets jaunes de poursuivre leur mouvement et de bénéficier du soutien de l’opinion.

JUSQU’OÙ le pouvoir devra-t-il aller pour ramener le calme en France ? Emmanuel Macron a préféré se tenir en retrait et laisser faire son Premier ministre. Puis il a changé d’avis, sans craindre de ridiculiser un chef de gouvernement censé avoir la main. Il aurait voulu affaiblir l’autorité de M. Philippe, et la sienne aussi, qu’il n’aurait pas agi autrement. Or ce n’est pas le moment de commettre des erreurs et de se livrer à des allers-retours. C’est le moment d’affronter la dure réalité, qui est celle d’un soulèvement en gestation et d’une crise de régime : c’est de Macron qu’un certain nombre d’illuminés jaunes, de casseurs et même d’élus, par exemple l’inénarrable François Ruffin, député LFI de la Somme, veulent avoir la peau. C’est lui dont on réclame la démission, c’est son programme que l’on veut oblitérer, c’est son quinquennat qui est en cause, comme il ne l’avait jamais été jusqu’à présent. La République tremble sur ses bases. Et à la menace pesant sur les institutions s’ajoute une violence inouïe qui fait craindre le pire pour la journée de samedi à Paris, alors que, selon les sondages, les Français n’ont pas du tout l’intention de désavouer les manifestants.

Des mesures amples et sûres.

Il est temps, pour le président et son gouvernement, d’annoncer un paquet de mesures sociales qui ne soit pas soumis à la fluctuation, qui sera appliqué fermement et qui ne variera pas selon les humeurs de M. Macron. Ce nouveau programme, à adopter avant la fin de la discussion parlementaire au Parlement, doit être capable de convaincre les gilets jaunes qu’ils ont remporté une victoire. C’est le seul moyen de s’en débarrasser. Bien entendu, cette lourde dépense aura un impact budgétaire et il faudra trouver l’argent dans d’autres secteurs publics. Mais on ne pourra mettre un terme à ce qui ressemble à une guerre civile déclenchée  par une poignée de voyous malfaisants qu’en apaisant les gilets jaunes, vecteur intraitable des exactions. Je crains fort qu’au point où nous en sommes, le samedi 8 décembre sera une fois de plus une journée catastrophique. Les mises en garde du gouvernement, qui a lancé un appel au calme et rappelé les gilets à leurs responsabilités, étaient indispensables mais il est peu probable qu’elles convainquent le mouvement. Il est remarquable que les Républicains contribuent eux aussi à cette demande d’apaisement. Il est consternant que l’extrême droite et l’extrême gauche continuent de jeter de l’huile sur le feu.

Une motion de censure.

C’est peut-être parce qu’elles se voient déjà au pouvoir, alors que des élections anticipées se traduiraient par une lutte à mort entre le RN et LFI, sans que l’on puisse prévoir l’issue de la bataille. Ils ne semblent pas comprendre que les gilets jaunes, c’est la haine du pouvoir, mais aussi des partis, droite et gauche confondues. Que Macron est arrivé à l’Élysée lui aussi sous l’effet du dégagisme. Que, s’il est dégagé à son tour, ce ne sera pas pour changer la composition du Parlement, reprendre un président pour cinq ans et lui donner une majorité. Quoi qu’ils disent, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont besoin d’ordre pour parvenir à leurs fins. On ne construira rien de positif à partir de la haine sociale, de l’irresponsabilité économique et du nivellement de tous les revenus.  Ceux qui tempêtent le plus, dans les partis, sont ceux qui ne disent pas la peur qu’ils ont de manquer le coche cette fois-ci encore. Ils sont incapables de contrôler ou de canaliser le mouvement actuel et la violence qu’il véhicule. Ils seront balayés par lui s’ils n’adoptent pas ses « idées », qui consistent en somme à promettre que demain, on rase gratis.

Que, dans ce contexte très dégradé, LFI, le PS et le PC déposent une motion de censure indique moins la convergence des luttes que celle de la bêtise et de la médiocrité. Il s’agit, si j’ai bien compris, d’exercer sur le pouvoir une pression supplémentaire dont la première conséquence est qu’il triomphera sans difficulté de la motion puisqu’il dispose de la majorité absolue. Pour faire chuter le gouvernement, les gilets sont plus efficaces. Et si LFI peut obtenir un beau score dans des élections anticipées, il n’en va pas de même pour le PS et le PC, qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Ils vont tous payer, nous allons tous payer, cette folle exubérance en faveur d’un désordre auquel ne peuvent appartenir que les sans-partis, les sans-morale, les sans-scrupules.

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5 réponses à La cible, c’est Macron

  1. D.S. dit :

    Effectivement, si Le Pen et Mélenchon veulent prendre le pouvoir un jour, ils ont intérêt à lancer des appels au calme. Mais ce n’est pas ce qu’ils font. Il y a donc du sabordage à tous les niveaux.

  2. Liberty8 dit :

    Samedi sera une journée violente, les consignes d’aller au contact sont données, le sang va couler, les forces de l’ordre veulent éviter le fiasco de la semaine dernière et ne laisseront aucune agression impunie. Les extrêmes des deux bords sont comme d’habitude dans leur rôle détestable : « Je construirai sur les ruines » ! Elles enverront tôt le matin leurs loups pour essayer d’entraîner le peu de gilets jaunes inconscients qui seront là ! Tout cela est dramatique, angoissant, un feu qui a commencé sur une brindille et qui est activé par des groupes de tout genre sans lien entre eux. C’est vraiment triste

  3. admin dit :

    LL (USA) dit :
    100 % d’accord. Y a-t-il une ébauche de ce plan social ?
    Réponse
    On y viendra après le chaos, comme Grenelle après 68.
    R. L.

  4. mathieu dit :

    Les accords de Grenelle, jamais signés à ma connaissance, furent négociés durant la dernière semaine de mai 68 avec les syndicats, qui acceptèrent unanimement la satisfaction donnée à à peu près toutes leurs revendications… ce qui ne changea strictement rien à la situation de paralysie du pays, la « base », incontrôlable, demeurant dans la rue au matin du 27 mai, pas une seule entreprise n’ayant repris le travail après cet accord social sans précédent, applaudi le même jour par G.Seguy, patron de la CGT!
    Il faudra attendre 3 jours, le « voyage à Baden », le discours radio de 4 minutes du Général, le raz-de-marée du 1er juin sur les Champs Elysées pour stopper net le mouvement…
    Ni Grenelle, ni les syndicats n’ont eu le moindre contrôle sur un mouvement devenu incontrôlable par son ampleur…et, comme aujourd’hui, la diversité, le polymorphisme, souvent l’irréalisme des revendications (cf les réunions de la Sorbonne). Un point commun: « Adieu De Gaulle, adieu Macron, adieu! »
    Mais le Général avait, en réserve, une vieille garde, une histoire avec les Français, une chanson de geste, des « histoires de famille » partagées depuis 30 ans, parmi toutes les classes et les couleurs politiques de la société; sa seule image (même pas celle de Pompidou, malgré son ardeur et son efficacité) a permis le retournement d’une situation perdue.
    Macron, brillant tribun de campagne en 2017 (parfois un peu décalé) saura-t-il descendre de l’Olympe, ne serait-ce que pour parler à son premier ministre (!) et trouver son « 1er juin »?

  5. Chretien dit :

    Conclusion imparable : nous allons tous payer ! Et nous sommes déjà en faillite !
    Que d’erreurs !
    Les socialistes ont Mélenchon
    La droite a le Pen
    Macron a les gilets jaunes.

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