Paris, Berlin : le sursaut

Merkel et Macron (à droite)
(Photo AFP)

Aujourd’hui en fin de matinée à Aix-le-Chapelle, la chancelière Angela Merkel et le président Emmanuel Macron signent un traité d’amitié franco-allemande qui renforce celui qui fut conclu en 1963 entre Konrad Adenauer et Charles de Gaulle.

IL N’AVAIT ni urgence ni nécessité à réaffirmer une amitié entrée dans les mœurs des deux pays depuis plus de 50 ans. Sinon que le président et la chancelière souhaitaient montrer que les difficultés intérieures de la France et de l’Allemagne ne les décourageaient nullement de rappeler à leurs deux peuples qu’ils demeuraient attachés aux principes démocratiques qui fondent l’Union européenne. Le nouveau traité complète celui de 1963 en prévoyant une convergence accrue des politiques étrangères et de défense, notamment par une plus grande coopération transfrontalière, une clause de défense mutuelle au cas où l’un des deux pays serait attaqué et la création d’une assemblée parlementaire commune comprenant 100 députés allemands et français.

Ils n’auront pas l’Alsace et la Lorraine.

Le projet a été attaqué par l’opposition aussi bien en France qu’en Allemagne. Le Rassemblement national dénonce, au nom du souverainisme, la nouvelle limitation imposée par M. Macron à l’indépendance nationale. L’extrême droite allemande tire à boulets rouges contre un texte qui s’ajoute aux engagements européens de Berlin. Aux critiques prévisibles, se mêlent des actes de pure désinformation : Marine Le Pen a laissé entendre ce qu’elle ne prouvera jamais, à savoir que la coopération transfrontalière précède l’abandon à l’Allemagne de l’Alsace et de la Lorraine. Il est logique qu’elle cherche son inspiration dans son bréviaire extrême droitier, il est curieux qu’elle ait besoin de mentir outrageusement pour disqualifier le gouvernement.

Ignorer les extrêmes.

Au fond, le débat intérieur français se poursuit à la faveur de chaque initiative du président de la République. La raison pour laquelle ce traité est signé réside principalement dans l’affaiblissement du pouvoir à Paris et à Berlin. Aux partis populistes qui ne cessent de nous mettre en garde contre les abandons de souveraineté qui, selon eux, caractérisent l’intégration européenne, Macron et Merkel ont voulu souligner que, pour l’instant, ils détiennent le pouvoir et qu’ils continueront d’agir en ignorant les pressions exercées par l’extrême droite et l’extrême gauche pour détricoter l’Union européenne. La démarche du président et de la chancelière consiste à montrer aussi souvent que possible aux populistes qu’ils prônent des actes appuyés sur des principes d’amitié et de coopération contre une politique de désintégration qui non seulement est dangereuse, mais repose sur le mensonge et la désinformation.

Tâche ingrate.

C’est peut-être ouvrir un débat sur le vice et la vertu, mais on ne peut pas ignorer que, dans le flot incessant des attaques lancées contre le pouvoir ici et outre-Rhin, la plupart correspondent à des exagérations, des interprétations abusives et des fausses nouvelles. Le citoyen sérieux qui voudrait établir son jugement d’une manière sûre et indépendante devrait se demander pourquoi Le Pen et Mélenchon ont besoin de travestir la vérité pour combattre le pouvoir en place : c’est probablement qu’ils ne croient pas eux-mêmes que leur ligne politique est crédible. Et comme nous sommes désormais dans un monde où le pire est toujours sûr, ils inventent des fariboles avec la certitude élégiaque des réseaux sociaux : plus tu diffames, plus tu disqualifies.

La tâche de Macron et de Merkel est ingrate. Et pas seulement parce qu’ils sont confrontés à des partis d’opposition prêts à négliger leur honneur pour mieux les démolir. Parce que la chancelière termine une carrière certes longue et fructueuse mais qui commence à peser sur la vie politique allemande, laquelle a besoin d’un renouveau. Parce que le président est plongé dans une crise dont il ne voit pas encore l’issue. Parce que l’Allemagne et la France, au-delà des valeurs communes qui cimentent leur amitié, ne portent pas sur les affaires politiques le même regard. M. Macron est un interventionniste inlassable, qui croit pouvoir avancer même quand il est discrédité. La chancelière, prudente et discrète de nature, échaudée en outre par ses revers politiques, ne se croit plus autorisée à engager dans sa politique la totalité du peuple allemand. C’est ça, l’Europe : quand on avance, on découvre tout ce qu’il reste à faire.

RICHARD LISCIA

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One Response to Paris, Berlin : le sursaut

  1. Picot François dit :

    Et bien entendu tout cela sans débat parlementaire et sans en parler, comme d’habitude, aux Français un peu à l’avance. Non, nous apprenons l’existence de cette future signature trois jours avant. Parfaitement anormal et peut être bien anticonstitutionnel, mais c’est à vérifier. En tout cas pour le pacte de Marrakech, il y a eu une violation de la Constitution. Celle-ci imposait au moins un débat parlementaire.

    Réponse
    Cela fait des mois que Macron annonce le traité franco-allemand. Ecoutez la radio ou lisez les journaux. Ce traité n’est nullement anti-constitutionnel pas plus que ne l’est le traité de Marrakech. Le seul jugement que méritent ces deux textes, c’est qu’ils ne changent pas grand chose et ne méritent ni un excès de louanges ni un excès d’indignité.
    R. L.

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