Référendum : mauvaise idée

Macron dans un débat
(Photo AFP)

L’Elysée, à dessein, a laissé flotter l’idée d’un référendum qui aurait lieu le même jour que les européennes (26 mai) de manière à éviter  à l’électorat une autre visite aux urnes. C’est une très mauvaise idée.

D’AUTANT PLUS mauvaise que la secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a souligné que l’Europe méritait à elle seule un scrutin et que le mélange des sujets était dangereux. Le « Journal du dimanche », hier, s’est emparé de l’information , que des sources élyséennes lui ont complaisamment suggérée afin d’observer les réactions. Les partis, qui réfutent le projet, seraient pourtant les premiers gagnants de cet accouplement des genres quelque peu hétérodoxe. La République en marche, en effet, se présente aux élections européennes en position forte et a une bonne chance d’y arriver en tête. La consultation aurait au moins un mérite qu’Emmanuel Macron ne semble pas avoir pris en compte : elle le renforcerait et ferait monter sa cote de popularité, qui en a bien besoin.

Ce que veulent les électeurs.

Ajouter à ce scrutin un référendum national qui risque de relancer la colère des Français pourrait affaiblir la position de Macron. Surtout si la ou les questions du référendum ne portent pas sur ce qui fait la force de la contestation : la question fiscale, le pouvoir d’achat, les retraites, le niveau de vie. S’il s’agit de réduire le nombre de députés et de sénateurs, de la validité du vote blanc et du non-cumul des mandats, les électeurs ne seront pas vraiment intéressés. Ils veulent que l’ISF soit rétabli et que la TVA et la CSG baissent.  Il est peu probable que le président de la République leur demande leur avis sur ces questions fiscales car, s’il doit en tenir compte, il doit réviser sa fiscalité de fond en comble et ajourner ses réformes.

M. Macron ne peut pas davantage céder à la pression des gilets jaunes qui réclament sa destitution ou des élections anticipées. Leur appel au RIC, ou référendum d’initiative citoyenne, n’est rien d’autre qu’un stratagème destiné à le contraindre à démissionner avant la fin de son mandat. Il ne s’y résoudra pas et, dans ces conditions, une consultation à trois ou quatre questions qui porterait sur le fonctionnement des institutions n’attirera pas beaucoup de votants. Ce qu’il y a de nouveau, depuis deux ou trois semaines, c’est le succès des débats, qui réunissent beaucoup de monde et ont permis à des milliers d’anonymes de s’exprimer. Le président est entré dans l’arène et a dialogué avec des centaines de maires qui, après avoir dénoncé avec colère son jacobinisme, se sont inclinés devant sa compétence et son art oratoire. Il va maintenant s’adresser directement au peuple.

Yin économique et yang social.

Le grand débat aura donc été, pour le président, un moment-charnière : il veut donner une suite positive à cet immense échange en satisfaisant une partie des revendications populaires. Il ne peut le faire qu’au détriment de son programme de réformes. Il n’a pas non plus les moyens d’une redistribution d’argent, sauf à taxer le capital et donc à décourager l’investissement en France. La trahison des promesses qu’il a faites au monde des affaires ressemblerait beaucoup à ce qui a été accompli par ses prédécesseurs, écartelés entre le yin libéral et le yang social. Il serait donc surprenant que ce président en exercice renonce tout d’un coup à être lui-même pour devenir ce que les gilets jaunes veulent qu’il soit. Qu’il parvienne à se faire aimer par ceux qui le détestent tant. Que ce pourfendeur de l’ignorance et de la bêtise se mette au service d’un mouvement à la fois minoritaire et capable de bloquer l’activité du pays.

Ami avec les gilets ?

Le chef de l’Etat a certes compris que les mesures d’urgence qu’il a prises en faveur de la classe moyenne ne lui suffisent pas, qu’elle réclame d’autres gestes et que sa violence ne sera pas contenue par une politique superficielle d’apaisement. Il a agi avec prescience quand il a lancé le grand débat, qui a remporté un succès plus large que prévu. Mais il livre aux gilets jaunes une guerre d’usure : c’est à qui sera lassé le premier. En conséquence, il ne faut pas leur donner à croire qu’ils ont une chance de gagner. Le meilleur moyen de leur démontrer que leur influence est nulle est de poursuivre les réformes et de gagner les européennes.

Quant au référendum, ou bien il n’est pas de nature à intéresser les forces sociales en ébullition depuis trois mois, et il faut y renoncer, d’autant plus que, franchement, le destin de la France et l’équilibre de ses dépenses ne dépendent pas du nombre d’élus. Ou bien il séduit le peuple, ce qui signifie que Macron aurait plus à perdre qu’à gagner en se lançant dans la consultation.

RICHARD LISCIA

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5 réponses à Référendum : mauvaise idée

  1. PICOT François dit :

    Effectivement, très mauvaise idée de mélanger référendum (sur quels sujets d’ailleurs?) et élections européennes. Cela sent, en outre, la manipulation à plein nez. Macron ne prendra jamais le risque d’un référendum sur des questions essentielles, il n’est pas fou. Le grand débat est une excellente idée stratégique de la part du pouvoir, non seulement Macron n’est pas fou mais il est intelligent, et bon orateur par dessus le marché. Ce qui est gênant et que l’on ne dit pas trop, est que les maires en question sont triés sur le volet. Nous n’avons pas vu le maire de Béziers, par exemple. Nous sommes entre gens « biens » n’est ce pas? Il y a fort à parier que cela ne prendra pas, les gilets jaunes et la plupart des citoyens ne sont pas des imbéciles. Les principaux problèmes à la base de cette révolte étant essentiellement les prélèvements obligatoires, parfaitement étouffants, et des lois et réglementations paralysantes, tant qu’ils ne seront pas traités, et le pouvoir ne veut pas le faire c’est évident, les troubles et la révolte continueront, ou reprendront, sous une forme ou sous une autre.

    Réponse
    Décidément, tout va encore plus mal. Prenez un remontant. Au passage, le maire de Béziers passe son temps à la télé. Il me semble qu’on l’a assez vu.
    R.L.

  2. D.S. dit :

    Je fais confiance à Macron pour poser la question la plus judicieuse possible, ou alors ne pas la poser si elle ne l’est pas.

  3. jymb dit :

    M .Picot a très bien résumé la situation
    Le meilleur moyen d’éviter de « vrais  » référendums et des débats sans tabous, c’est de fabriquer ses sujets de « débats » et de fabriquer également un référendum sur des sujets sans conséquences réelles
    Au lendemain le pays se réveillera toujours aussi étouffé de contraintes absurdes, fiscalité affolante, chape de plomb du pseudo politiquement correct, confiscation de la parole par la pensée unique, dictature des minorités et j’en passe
    Bref, tout reprendra, de manière certaine mais sous quelle forme et avec quelle radicalité nouvelle ?

  4. Doriel Pebin dit :

    Pour une fois , je ne partage pas l’avis de M. Liscia. Associer un référendum type questions multiples aux européennes peut être une très bonne opportunité qui permet de répondre aux demandes du « peuple » qui veut qu’on le questionne (sous réserve que les sujets divers de société soient abordés). Plusieurs demandes des gilets jaunes (raisonnables) sont largement européennes et pas que nationales (pouvoir d’achat, place et poids des services publics et de la protection sociale, poids excessif du capital financier, court-termisme, excès des ultra riches, développement durable, amélioration de la démocratie, avantages et inconvénients de la mondialisation, etc..). La France a des idées et peut certainement contribuer à proposer une autre Europe (d’ailleurs proposée par Macron et refusée par Merkel pour raisons diverses). Par exemple, on pourrait voter massivement en France pour qu’il n y ait plus de « protection fiscale » type Luxembourg Malte Chypre et que les GAFA payent un impôt dans chaque pays en fonction de leur bénéfice. Il serait étonnant que les peuples (sauf les rares pays concernés qui bloquent le système) refusent. De plus, pour une fois, la participation aux européennes serait plus importante et pas qu’à visée nationale pour dire qu on est le premier parti avec plus de 50 pour cent d’abstentions. Il serait vraiment urgent que les peuples européens se réveillent devant les multiples menaces qui augmentent de jour en jour. Qui peut croire que 67 millions de Français auront la moindre capacité d’opposition devant le milliard de chinois, les Indiens, les Africains et l’Amérique de Trump par exemple. Le village gaulois est sympa mais nous ne vivons pas dans une enceinte murée quoiqu’en disent nos populistes de droite et de gauche. En tant que médecin, vous savez qu’il y a un principe de réalité et que les traitements alternatifs n’ont jamais guéri les maladies mortelles.

    Réponse
    Le référendum est, dans tous les cas, une mauvaise idée, parce que les citoyens, au lieu de répondre à la question posée, sanctionnent le pouvoir en place.
    R.L.

    • Doriel Pebin dit :

      Effectivement, oui si la question est binaire, mais probablement non si de multiples questions car cela permet de sortir du simplisme des populistes et démagogues.

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