France-Italie : la crise

Luigi di Maio
(Photo AFP)

La crise franco-italienne couvait depuis quelques mois. D’emblée, Emmanuel Macron a émis des critiques sur le gouvernement italien issu des dernières élections et qui résulte d’une coalition entre néo-fascistes et populistes. Les Italiens ont riposté, souvent en des termes assez grossiers. La dégradation des relations entre Paris et Rome s’est traduite par le rappel à Paris de l’ambassadeur de France en Italie.

UN GESTE sans précédent depuis Mussolini. Une réaction française qui traduit, plus que de l’agacement, de la colère. Luigi di Maio, vice-Premier ministre et membre du mouvement populiste Cinq étoiles a eu le front, en effet, de venir en France, mardi dernier, pour rendre visite aux gilets jaunes, lesquels l’ont accueilli avec une complaisance qui dément formellement leur prétention à la neutralité dans tous les domaines. Ils ne sont ni de gauche ni de droite, ni violents ni injustes, mais ils sont prêts à parlementer complaisamment avec un étranger qui suggère aux Français de changer de président. C’est ce qui s’appelle une ingérence dans les affaires internes d’un pays souverain et indépendant. La presse italienne en a fait tout un plat, les journaux français accordant à l’événement quelques manchettes, sans vraiment se décider à prendre parti. Que faut-il en penser ?

Insulter, c’est un métier.

L’affaire mérite mieux qu’un jugement de Salomon. Il y a, au gouvernement italien, des éléments qui font de l’outrance et de la vulgarité des comportements un métier rentable. C’est, comme dirait l’autre, dans leur ADN. Les excès de langage, le travestissement de la réalité, la lutte verbale et physique contre les fondements de la démocratie sont leur pain quotidien. La position de Macron est claire : ce n’est pas parce qu’ils ont gagné les élections que Cinq étoiles et la Ligue ne sont pas dangereux, c’est juste le contraire. En outre, il ne s’agit pas, chez eux, d’un épiderme sensible, il s’agit d’un plan rigoureux, mais servi par les plus bas instincts, pour gagner les prochaines échéances électorales, plus particulièrement les européennes.

Luigi di Maio est donc venu en France pour gonfler le mouvement des gilets jaunes et pour affaiblir la République en marche. Ce genre d’initiative est peut-être licite aux yeux de di Maio et de son comparse Matteo Salvini, il est inacceptable pour la France. Bien entendu, comme la bataille politique ne s’arrête jamais en France, il s’est trouvé des gens de l’opposition, comme Guillaume Larrivé (LR), pour  faire porter tout le poids de la responsabilité de la crise avec l’Italie par Emmanuel Macron. Autrement dit, qu’importe le camouflet infligé à la France, pourvu que Macron s’en porte plus mal. Mais il y a mieux : l’inénarrable Nicolas Dupont-Aignan, souverainiste consommé, qui dénonce le coup à l’unité européenne porté par M. Macron. Jamais autant de mauvaise foi n’aura été assortie d’autant d’hypocrisie.

Une Italie très différente.

Notre affection historique pour l’Italie ne doit pas nous aveugler. Cette ex-social-démocratie est littéralement défigurée par un gouvernement qui compense ses propres tares et ses échecs (comme la prime de 1 000 euros par mois pour tous) par un discours mensonger et agressif à l’égard de ceux qui, en Italie ou à l’étranger, dénoncent son comportement. Beaucoup d’Italiens sont d’ailleurs conscients des mésaventures possibles auxquelles les expose un exécutif illuminé par des convictions qui confinent à la croyance, et qui se conduirait peut-être de manière civile s’il ne rencontrait, depuis son succès électoral, de vives difficultés économiques et sociales, que le retournement de la conjoncture mondiale et européenne ne pourra qu’aggraver. La France, certes, est mal placée pour donner des leçons à l’Italie : à une économie lente s’ajoute une crise politique en France que ne connaît pas l’Italie. Ce n’est pas non plus une raison pour accepter les discours démagogiques et fort peu diplomatiques dont les dirigeants italiens sont capables.

Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, essaie de faire baisser la fièvre, et le porte-parole du gouvernement français, Benjamin Griveaux, a déclaré ce matin que le rappel de notre ambassadeur a été décidé « pour marquer le coup ».  Luigi di Maio et Matteo Salvini devraient se souvenir que les liens économiques et culturels entre l’Italie et la France sont trop étroits pour être défaits sur un coup de sang. Ce qui les distingue de leurs prédécesseurs, c’est la grossièreté, le culot et une agressivité qui provient bien plus de leur incompétence politique que de leur assurance, même si la Ligue monte encore dans les sondages, ce qui, d’ailleurs, se traduit par des frictions avec Cinq étoiles. Et quel meilleur moyen, n’est-ce pas, de cacher quelques ressentiments internes en allant en France semer la zizanie ?

RICHARD LISCIA

 

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5 Responses to France-Italie : la crise

  1. admin dit :

    LL dit :
    En attendant, il est temps de troquer ces gilets jaunes pour des chemises noires.

  2. PICOT François dit :

    L’Italie ne devrait pas s’occuper de ce qui se passe en France, tout comme la France ne devrait pas se mêler de ce qui se passe dans les autres pays. Comme le Venezuela, par exemple.

  3. Michel de Guibert dit :

    J’aurais tendance à penser qu’il faut se garder de tout manichéisme et de toute dramatisation dans cette affaire.
    Ingérence de Luigi di Maio dans les affaires françaises, oui, mais ingérence aussi d’Emmanuel Macron dans les affaires italiennes en portant un jugement sur son gouvernement quelles que soient les turpitudes que vous évoquez, ingérence aussi dans les affaires vénézuéliennes quelles que soient les turpitudes de Maduro.
    Et puis il y a cette complaisance scandaleuse des gouvernements successifs français à l’égard des terroristes des Brigades rouges, à commencer par Cesare Battisti, et le refus de les extrader qui ont laissé une humiliation et une blessure profonde en Italie, et pas seulement avec l’actuel gouvernement.

    Réponse
    Premièrement, M. Macron n’a rien à voir avec l’affaire Battisti et il n’est pas responsable de la présence en France d’anciens terroristes italiens. Deuxièmement, si le principe est de ne jamais dramatiser, alors l’occupation de la France par les nazis en 1940 ne devait pas être dramatisée. Nous avons affaire ici à un cas flagrant d’ingérence cynique, délibérée et hors de toutes les règles diplomatiques, dans les affaires d’un Etat souverain. Il ne s’agit pas de petites phrases, il s’agit d’une opération politique conduite comme une provocation. La vérité est que, si Macron n’avait pas rappelé son ambassadeur, on l’aurait crucifié. Comme il l’a rappelé, on le crucifie quand même.Le sang froid et la modération ne marchent pas toujours.

    R.L.

    • Michel de Guibert dit :

      Sur le premier point, vous avez raison, et je parlais du reste des gouvernements successifs précédents (en pensant plus particulièrement à l’ère Mitterrand), mais il semble qu’il y ait toujours 14 ou 15 terroristes italiens des brigades rouges sur le territoire français que l’Italie réclame pour qu’ils soient extradés.
      Sur le deuxième point, vous me permettrez de penser que comparaison n’est pas raison et que vous me choquez en mettant sur le même plan la visite du vice-Premier ministre et membre du mouvement populiste Cinq étoiles aux gilets jaunes du Loiret et l’occupation de la France par les nazis en 1940.
      Tout ce qui est excessif est insignifiant ! Et juger également des choses inégales est la plus grande injustice, comme disait Aristote.

      Rponse
      Il n’y a rien d’excessif, donc rien d’insignifiant dans ma première réponse. Un régime fasciste arrive au pouvoir et c’est la guerre. Nous l’avons vu avec Mussolini, cela peut donc se reproduire. Si la France ne rappelle pas son ambassadeur quand l’Italie lui fait un affront, l’Italie se sentira libre d’en commettre d’autres. Les choses ne sont pas « inégales » parce que vous en avez décidé ainsi. Les choses sont graves et ce qui se joue, avec les gilets jaunes, avec la montée des populismes et du néo-fascisme en Europe, c’est tout simplement le sort des démocraties européennes.Le pire, à mon sens, c’est de minimiser le danger comme vous le faites. Sauf si l’extrême droite ne vous effraie pas, mais dans ce cas, nos échanges sont inutiles.
      R.L.

  4. Célestin dit :

    Monsieur Liscia,

    Ce que vous dites de la position de Guillaume Larrivé n’est pas exact.

    Voici précisément la dépêche AFP relatant la déclaration du Secrétaire général délégué des Républicains.

    ————

    Dépêche AFP – Crise franco-italienne: Larrivé (LR) renvoie dos à dos Di Maio et Macron

    Le vice-Premier ministre italien « Luigi di Maio a tort » mais « Emmanuel Macron n’a pas raison », a estimé vendredi Guillaume Larrivé, le secrétaire général délégué au projet des Républicains (LR) à propos de la crise franco-italienne, « très préoccupante ».

    « Je suis patriote, je n’aime pas quand un ministre étranger vient se mêler de nos affaires et faire de la politique intérieure en France. Mais de la même manière, la manière dont Emmanuel Macron s’est mis à traiter certains gouvernements étrangers de lépreux en divisant l’Europe, tout ça n’est pas raisonnable », a-t-il estimé sur France 2.

    « On a besoin d’une France active, pas d’un président de la République qui divise », a-t-il ajouté.
    Fallait-il aller jusqu’à rappeler l’ambassadeur de France en Italie ? « Cette espèce de montée aux extrêmes est très préoccupante », a répondu M. Larrivé.

    « Il faut affirmer la France en Europe; aujourd’hui Emmanuel Macron divise l’Europe, fractionne l’Europe, et son comportement très agressif à l’endroit de nombreux responsables étrangers affaiblit la position de notre pays, quel que soit ce qu’on peut penser des outrances du gouvernement italien », a conclu le député LR.

    Réponse
    M. Célestin, j’ai lu la dépêche AFP avant vous. Je la relis pour vous faire plaisir et je constate qu’elle est pire que ce que j’en ai rapporté. Présenter Macron comme un diviseur de l’Europe alors qu’il en est l’exact contraire est de la bouillie politicienne. Ne croyez-vous pas plutôt que le diviseur de l’Europe, c’est le gouvernement italien ? M. Macron a agi et, s’il avait fait moins que rappeler son ambassadeur, on le lui aurait reproché. Le rappel d’un ambassadeur n’est pas une « montée aux extrêmes ». C’est une pratique diplomatique destinée à exprimer le mécontentement d’un gouvernement. Je suis content de savoir que M. Larrivé n’est pas notre ministre des Affaires étrangères.
    J’en profite pour signaler un point qui vous évitera dorénavant de me faire la leçon: je suis journaliste professionnel et je ne cite pas les gens à tort et à travers. Je m’assure que mon information est précise et vérifiée avant de la commenter. Mais je ne suis pas là pour recopier l’AFP.
    R. L.

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