Macron : le droit de parler

En campagne ?
(Photo AFP)

Les partis d’opposition se déchaînent depuis quelques jours au sujet des interventions publiques du président de la République, qu’elles accusent de monopoliser la parole dans le cadre des élections européennes.

EFFECTIVEMENT, Emmanuel Macron parle beaucoup ces temps-ci et, effectivement, les élections européennes auront lieu dans trois mois. Mais la campagne n’a pas officiellement commencé, de sorte que les sujets traités par le chef de l’exécutif entrent dans le cadre des dossiers qui préoccupent le gouvernement. Le CSA, Conseil supérieur de l’audiovisuel, rappelle qu’il continue à comptabiliser toutes les interventions politiques, que le gouvernement et sa majorité ont droit à un tiers du temps de parole, les deux autres tiers étant répartis entre les partis d’opposition. Les chaînes d’information en continu qui diffusent le plus grand nombre de sujets politiques, sont tenues d’offrir à l’opposition  un temps double de celui de la majorité. Le font-elles ? Le comptage se fait trimestre après trimestre, il est donc prématuré de se prononcer à ce sujet.

La défense a ses droits.

Bien entendu, il est juste qu’une formation politique ne soit pas privilégiée aux dépens des autres. Et il est bon que, en France, des règles aient été instituées qui protègent les uns contre les autres. Mais l’énorme fracas soulevé par la crise des gilets jaunes a permis à ceux-ci d’avoir une présence médiatique qu’aucun discours ne peut contrer. Le pouvoir, attaqué verbalement et physiquement, a le droit de se défendre. Ce qui gêne l’opposition, ce n’est pas tant que Macron parle, c’est que, grâce à sa présence sur les podiums et à son ubiquité, il a commencé à gagner quelques points de popularité, que, sur le front du chômage une lueur apparaît et qu’il a remonté partiellement la pente qui le conduisait aux enfers. Le mouvement est très lent et il résulte de plusieurs facteurs, les discours du président n’en représentant qu’un seul.

D’ailleurs, ce n’est pas parce qu’on occupe l’espace médiatique que l’on remporte une bataille. M. Macron et son gouvernement ont subi plusieurs revers dont ils n’ont pas diminué les effets pervers par la parole. L’opposition elle-même, qui ne manque jamais de s’exprimer, participe quelquefois, par les dérapages de son vocabulaire, à sa propre impopularité. Que Macron s’exprime ou non, le tableau général des intentions de vote aux européennes montre que l’affaire se jouera entre deux partis, la République en marche et le Rassemblement national ; et que tous les autres, la France insoumise,  le PS, EELV, Debout la France, Génération.s (de Benoît Hamon) n’ont que très peu de chances de dépasser la barre des 10 %. Comment se fait-il que la REM, attaquée de toutes parts, vilipendée par les gilets jaunes et dont les élus sont agressés à leur domicile, représente encore une force capable de gagner un scrutin ? Il semble bien que la violence de la crise sociale, ses exagérations, l’irresponsabilité des revendications aient soulevé une inquiétude dans ce qu’il est convenu d’appeler la majorité silencieuse, même si  presque la moitié des Français soutient encore le mouvement.

Enfants jaloux.

Les protestations des oppositions ressemblent à des criailleries d’enfants jaloux d’un autre gosse qui a le plus grand nombre de billes. Je veux bien qu’on invoque le droit en toutes circonstances et qu’on réclame avec insistance l’égalité des temps de parole. En même temps, je vois partout les effets de l’illégalité et d’une délinquance sauvage. On n’a pas le droit de détruire du mobilier urbain, des vitrines et des magasins ; on n’a pas le droit d’incendier des voitures ; on n’a pas le droit de boxer des policiers ; on n’a pas le droit d’affaiblir volontairement l’économie du pays ; on n’a pas le droit de déclencher des émeutes. Les personnes qui ont été gravement blessées au cours des rixes avec les forces de l’ordre ne méritaient certainement pas un tel traitement. Il est tout simplement horrible d’éborgner des gens pour réduire l’agressivité de la foule.  Mais il est impossible d’exonérer les manifestants de leur responsabilité. Ils savent parfaitement que leurs rendez-vous réguliers de tous les samedis dégénèrent immanquablement. Maintenant, ils refusent même de déclarer leur intention de manifester et ils voudraient quoi ? Avoir la liberté de mettre les centres-villes à feu et à sang ?

Dans ce contexte où l’abus de droit par tous est la norme, qu’un président malin occupe la scène médiatique ne serait pas, pour autant que l’accusation fût fondée, un scandale. Au delà des polémiques, quelques partis attendent leur déroute et, pour s’occuper, se livrent à des chicaneries d’école primaire.

RICHARD LISCIA

 

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

7 Responses to Macron : le droit de parler

  1. Sphynge dit :

    Votre indulgence est méritoire ! Le comportement de ce président est pitoyable ! Un président possédant la hauteur de vue d’un homme d’État, a démissionné après avoir recueilli environ 47% des voix à un référendum parce qu’il jugeait que ce chiffre « ne lui donnait pas la légitimité nécessaire pour conduire les affaires du pays ». C’était De Gaulle. Ces deux présidents n’accompliront pas les mêmes œuvres au bénéfice de leurs concitoyens et ils ne laisseront pas la même trace dans l’Histoire. Aucune animosité personnelle, aucune opposition partisane n’est nécessaire pour faire ce constat. Simplement, il n’est pas, comme il dirait, le right man at the right place at the right moment. En gros, une imposture, que sa rocambolesque élection pouvait laisser prévoir. Comme, malgré les artifices, il ne ressortira probablement rien de bon de son passage (qu’il saura d’ailleurs avec l’aide du système – politique, administratif, intellectuel, judiciaire, artistique et médiatique mis en œuvre en 2017- prolonger de 5 années). Peut-être, la France, au sortir de ce ou de ces quinquennats aura-t-elle le désir de retrouver la politique qui est tout sauf « un business de chef d’entreprise » fût-il banquier ? La bonne gestion (y compris économique) d’un pays ne peut être que subordonnée à une politique, elle ne peut pas en tenir lieu (même agrémentée d’un peu de spectacle et de diverses roueries). Alors ce détour aura quand même servi à quelque chose…

    Réponse
    Vous avez tout faux pour une raison simple : vous détestez tout ce que ce Macron et son gouvernement représentent et vous voulez leur substituer un nouvel ordre qui sera le malheur du pays. Comparer De Gaulle et Macron est sans objet. Macron n’a pas lancé un référendum, il n’a donc aucune raison de démissionner. Il tire son pouvoir des garanties qu’il apporte et que n’apporteront ni l’extrême gauche ni l’extrême droite.Mais vous savez cela, votre tactique consiste, avec d’autres commentateurs, à faire de l’obstruction à ma thèse et à la noyer sous des commentaires de plus en plus longs. Je ne tiens pas ce blog pour de tels lecteurs, et je ne le tiens pas pour que vous y défendiez vos idées.
    R.L.

  2. Chambouleyron dit :

    Sphinge est logorrhéique certes mais aussi abscons dans un argumentaire filandreux et indigeste mais vous devez lui répondre pour ne pas entendre que lui et ses acolytes.

  3. Chretien dit :

    qu’attend t-on pour arrêter cette chienlit qui va s’éterniser,même après le grand débat, si on ne prend pas une décision forte ?
    Notre président stagiaire a besoin d’aide car ce n’est pas en organisant et pérennisant des réunions de sous-préfectures ou en commentant l’actualité que l’on va stopper les gilets jaunes.
    Parmi les anciens présidents, les hommes et femmes politiques, les députés, les sénateurs, les maires, les spécialistes de la communication, les journalistes, il y a des centaines de personnes capables de se mobiliser, d’apporter leurs idées et d’intervenir pour stopper ce mouvement catastrophique pour la France avec une seule priorité : se focaliser sur un seul but améliorer le pouvoir d’achat au lieu de s’égarer sur d’autres sujets secondaires qui pourront toujours être traités ultérieurement.

    • Michel de Guibert dit :

      Si la seule priorité est de « se focaliser sur un seul but, améliorer le pouvoir d’achat » (sic), je ne donne pas cher de l’avenir de notre société !
      Le toujours plus engendrera toujours des frustrations…
      La vraie question est plutôt de réduire les inégalités plutôt que de les accroître.

  4. chretien dit :

    Il s’agit dans l’urgence d’arrêter ce mouvement qui peut très bien se pérenniser après le 15 mars ! Quant à réduire les inégalités, il n’y a que les socialistes pour le croire !

    • Michel de Guibert dit :

      L’écart entre les plus hauts salaires et les plus bas salaires n’a jamais été aussi grand !
      Le général Pierre de Villiers, qui n’est pas socialiste à ma connaissance, faisait observer que dans l’armée les écarts entre les plus hauts et les plus bas salaires allaient de 1 à 8 ; il me semble que nous sommes très loin de cela ailleurs, sans même parler de Carlos Ghosn…

    • JMB dit :

      Livre récent de l’économiste (ancien de la Banque mondiale) Branko Milanovic, « Inégalités mondiales » et sa courbe d’évolution des richesses en éléphant (en dos pour les classes moyennes, en trompe pour les plus riches).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.