La vengeance du Sénat

Sueur et Bas
(Photo AFP)

Il est tout à fait naturel que, au terme de ses auditions et compte tenu des multiples révélations faites par la presse, la commission des Lois du Sénat publie un rapport accablant pour Alexandre Benalla et pour l’Élysée. Il se trouve toutefois que la justice fait son œuvre en arrêtant Benalla et son ami Vincent Crase. Et que les deux enquêtes se téléscopent.

LE GOUVERNEMENT a donc raison de souligner que la séparation des pouvoirs politique et judiciaire n’est pas respectée en l’occurrence. Le Sénat est parfaitement dans son rôle quand il contribue à la manifestation de la vérité, mais il a, de toute évidence, des arrière-pensées. En stigmatisant la légèreté avec laquelle les conseillers du président ont traité les frasques de Benalla, en dénonçant l’absence de sanctions immédiates et radicales, en rapportant de « graves dysfonctionnements » dans la gestion de cette vaste ruche qu’est l’Élysée (qui emploie plus de 800 personnes), il a lancé une grande bataille politique alors que l’affaire n’est pas jugée. M. Benalla n’a fait qu’aggraver son cas personnel tout au long des dix mois qui ont suivi la révélation de son comportement sur la place de la Contrescarpe le 1er mai. Il fallait aussitôt le priver des avantages exorbitants dont il bénéficiait.

Le chouchou du président.

Que sur ce point, le Sénat et d’autres tentent de bâtir une théorie en vertu de laquelle, M. Benalla, sorte de chouchou du président, a été protégé par lui au mépris des lois en vigueur n’est pas autre chose qu’une tentative, conduite par des sénateurs qui ne cachent même pas leur jubilation, de déstabiliser le président et d’écourter (de quelle manière ?) son mandat. Les sénateurs de la commission des Lois ne sont ni des policiers ni des juges. Imaginer pour eux un droit de réserve qui les aurait empêchés d’utiliser contre M. Macron quelques épithètes eût été plus décent, peut-être, que l’ensevelir sous des qualificatifs choisis dans un vocabulaire disciplinaire. Quand ils réclament la réorganisation complète des services de l’Élysée, ils oublient qu’elle est, si j’ose dire, en marche. Quand ils disent qu’ils vont offrir leur rapport au parquet, qu’ils le fassent, c’est leur droit. Mais il est bon de rappeler qu’ils sont uniquement des sénateurs appartenant à des partis d’opposition et qu’ils ne seront pas innocents des conséquences politiques de leurs actes. Edoaurd Philippe a rappelé que, selon l’article 24 de la Constitution, le Parlement peut contrôler l’activité du gouvernement, pas celle de l’Elysée.

Fracas étourdissant.

Que veulent-ils ? Affaiblir Macron par tous les moyens en prétendant qu’il a lui-même creusé sa tombe. Ce n’est pas vrai. Il avait de la sympathie pour son garde du corps, il ne lui a jamais demandé d’aller casser du manifestant place de la Contrescarpe, pas plus qu’il ne lui a permis de posséder des armes, pas plus qu’il ne l’a envoyé dans divers pays africains monter des affaires censées remplacer l’emploi qu’il a perdu. Encore plus certainement, il ne lui a pas suggéré de passer des contrats avec des oligarques russes, pour lesquels le président n’éprouve guère de sympathie. En revanche, la fracas étourdissant provoqué par la publication du rapport est intentionnel. C’est la droite (Philippe Bas) et la gauche (Jean-Pierre Sueur) réunies pour faire perdre des suffrages à la République en marche à l’occasion des élections européennes du 26 mai prochain. L’analyse la plus basique montrerait que la mise en scène autour du rapport ne peut que renforcer l’idée nourrie par tant de nos concitoyens que tous les politiques sont des pourris, qu’on ne peut pas leur confiance et qu’il est temps de faire comme les Italiens, c’est-à-dire mettre au pouvoir des partis extrémistes, le RN ou LFI.

Comment Benalla a dupé son monde.

M. Macron ne mérite pas la mauvaise réputation que le Sénat veut lui faire. Pas plus que le reste de l’opinion, il ne savait qu’il avait affaire à un dangereux mythomane, entreprenant et convaincu qui, dans le secret, oserait se livrer à ses combines. Il lui a fallu du temps pour passer de l’amitié que lui inspirait Benalla à la consternation. Ce n’est ni un crime ni un délit. C’est un jugement erroné, puis corrigé. Benalla n’aurait jamais dû être engagé par l’Élysée, mais il venait du PS et il était partout bien noté. M. Macron n’a ni la force de frappe des sénateurs ni celle de la presse. Il ne risquait pas d’engager un interrogatoire en bonne et due forme avant d’embaucher Benalla. Certes ses conseillers auraient dû le faire à sa place mais les entretiens avec Benalla publiés dans la presse, la clarté (sinon la véracité) des propos qu’il a tenus devant les commissions parlementaires, le comportement digne qu’il a adopté chaque fois qu’il était interrogé expliquent comment il n’a cessé de duper son monde. La conséquence du rapport sénatorial est claire : elle profitera au Rassemblement national, beaucoup moins à LFI. N’est-ce pas l’intervention directe d’un corps constitué dans une élection libre ?

RICHARD LISCIA

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5 Responses to La vengeance du Sénat

  1. admin dit :

    LL dit :
    Il me paraît quand même plus sain que cela s’exprime au sein des institutions que dans la rue et par saccage et violence.

  2. BOGEN Isabelle dit :

    En tout cas, maintenant, M. Macron a acquis la réputation de ne pas savoir s’entourer.
    Ce qui n’est pas une faute vénielle à la hauteur de la verticalité suprême où il se trouve.
    Depuis le début de son mandat : que de naïveté chez de ceux qui veulent bien y croire !
    Un candide à l’Elysée ?

  3. BASPEYRE dit :

    Bref,le coup des contrats avec l’oligarque russe,il faut le faire !
    Comment voulez-vous être crédible,et gouverner le pays après une telle bourde ?

  4. Bulté dit :

    Edouard Philippe aurait simplement fait comme déclaration qu’il remerciait les sénateurs pour le travail fourni et que le président de la République tirera lui-même les conclusions sur le fonctionnement de ses services, et on en restait là. Place à la justice.
    Mais là, le gouvernement se montre sous son plus mauvais angle: il ne tolère aucune opposition, et ce n’est pas le rapport de la commission de l’Assemblée nationale qui a fait avancer le problème de la garde rapprochée du président.

  5. Michel Urban dit :

    Que vient faire cette entreprise de sauvetage du soldat Macron dans un journal de médecine? La pilule est trop grosse à avaler, Docteur, elle ne pourra pas guérir notre démocratie. A preuve, on a déjà oublié l’intervention dans l’élection présidentielle libre qui a, hélas, porté Macron au pouvoir.
    Réponse
    Votre intervention est un peu tardive. Je publie une analyse politique dans le Quotidien depuis plus de trente ans et je publie ce blog depuis près de six ans. Vous regrettez la victoire électorale de Macron, qui contrairement à vos allusions, a été parfaitement démocratique. Cela n’étonnera personne dès lors que vous prônez la censure. Je vous suggère d’aller vivre au Venezuela. Un dernier mot: vous n’êtes pas forcé de me lire.
    R. L.

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