La contre-offensive

Castaner (à dr.) sauve sa peau
(Photo AFP)

Il n’y aura pas de réponse politique à la crise des gilets jaunes car le pouvoir n’a pas l’intention de mettre la tête sur le billot. La seule réponse sera la répression, par le durcissement des mesures destinées à encadrer les manifestations et sortir du jeu le plus vite possible les éléments les plus dangereux.

LE GOUVERNEMENT semblerait s’orienter dans une voie périlleuse s’il n’avait lui-même fixé les limites de son action. Il ne lui est pas difficile de montrer que le chef du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau est l’auteur de la loi anti-casseurs, ou en tout cas de ses lignes principales, ce qui aurait dû le conduire à modérer ses propos au lendemain du samedi fatidique : curieuse attitude qui consiste à être dans deux camps à la fois.  Certes, il pourra toujours se plaindre de ce que Emmanuel Macron ait soumis le texte de la loi au Conseil constitutionnel. C’est pourtant une précaution indispensable si notre société veut rester dans le droit. On va donc retourner à la bonne vieille répression, méritée cent fois par une violence sans pareille, à propos de laquelle il est temps de raccourcir au moins ce débat  sur la complicité des gilets jaunes avec les black blocs. De toute évidence, le 16 mars, les deux groupes marchaient main dans la main.

La stratégie de décembre.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, nous a expliqué que la stratégie adoptée par le gouvernement en décembre dernier et qui s’appuie notamment sur les LDB (lanceurs de balles de défense), aurait été curieusement trahie le 16 mars par un haut fonctionnaire (dites-moi lequel) qui aurait compris à l’envers les instructions de fermeté qu’il a reçues. Cela a valu au préfet de Paris, Michel Delpuech de perdre son emploi, selon la bonne vieille tradition du « fusible », c’est-à-dire du sacrifice du subalterne au profit du supérieur. Ainsi Christophe Castaner a évité la démission, ce qui, bien sûr fait jaser le tout-Paris. En réalité, les relations de M. Delpuech avec le gouvernement se sont détériorées depuis plusieurs mois. Ses témoignages devant les commissions de l’Assemblée et du Sénat qui enquêtaient sur l’affaire Benalla ne furent pas des exemples de loyauté à l’égard du pouvoir. C’est le genre de choses qui se paie un jour.

La colère de Bruckner.

Le président de la République, revenu précipitamment d’une journée de ski dans les Hautes-Pyrénées, inconvenance qui ne lui sera jamais pardonnée, a même trouvé le temps de recevoir un groupe d’intellectuels, dont l’écrivain et essayiste Pascal Bruckner, chef de file des démolisseurs des idées reçues, qui a exigé de lui qu’il interdise toute manifestation à Paris. Bien essayé, mais M. Macron lui a répondu qu’il était favorable au droit de manifester, forme d’expression qui ne lui paraît pas déraisonnable tant qu’on ne casse rien. Bref, le président tient aux grands équilibres et sa fermeté n’empêche pas, chez lui, un profond attachement à nos grands principes démocratiques. C’est bien, mais c’est aussi lassant parce que, de toute évidence, la répétition des manifestations du samedi et la facilité avec laquelle des groupuscules d’extrême gauche s’en emparent pour déstabiliser la République, méritent un peu plus de fermeté que la simple récitation du code civil. La colère de M. Bruckner, nous sommes nombreux à la partager.

Ce qu’on ne dit pas assez, c’est que l’injustice a changé de camp. Ils étaient les parias d’une société qui ne s’occupe pas des pauvres (vraiment ?), les voilà transformés en commandos de sabotage. Ils étaient victimes, les voilà coupables. Ils dénonçaient le mépris et l’arrogance, les voilà qui méprisent tout ce qui est intelligent et réclament, comme jadis, la décapitation du roi. Ils faisaient de la peine, ils deviennent odieux. J’ignore ce que les sondages diront de l’état de l’opinion publique, mais je suppose quand même qu’elle est horrifiée. Ceux qui affirment déjà que Macron a perdu la partie alors que le grand débat lui avait donné un bol d’oxygène sont allés vite en besogne, comme d’habitude. Ceux qui pensent qu’à une crise politique, il faut une réponse politique ont certainement démontré la profondeur de leur pensée, mais ils se trompent. Au désordre, il n’y a qu’un remède : l’ordre.

 

 

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9 Responses to La contre-offensive

  1. Michel de Guibert dit :

    Vous accusez Michel Delpuech de déloyauté à l’égard du pouvoir : « Ses témoignages devant les commissions de l’Assemblée et du Sénat qui enquêtaient sur l’affaire Benalla ne furent pas des exemples de loyauté à l’égard du pouvoir », mais il témoignait sous serment, et en ce cas la seule loyauté à avoir est celle vis-à-vis de la vérité et la seule question est de savoir s’il a dit la vérité ou non.
    Réponse
    Il y a mille vérités et vous avez tout simplement tort de me reprendre sur ce point. Devant les commissions, M. Delpuech n’était pas obligé de mentir. Rien ne l’obligeait à mettre en cause les relations entre police et pouvoir, ce qu’il a fait. C’était de sa part, un commentaire, pas une réponse à une question. Cela dit, j’ai rappelé ce fait pour donner une explication, pas pour enfoncer M. Delpuech qui a peut-être raison mais qui ne semble pas avoir compris ce jour-là la différence entre vérité et loyauté.
    R. L.

    • LE LAY François dit :

      La différence entre vérité et loyauté… Mais vous rendez-vous compte de ce que vous dites ?
      Réponse
      Je maintiens mes propos. Le terrorisme psychologique n’existe pas dans cet espace. Je dis que la loyauté n’empêche pas la vérité et vice versa, tout en rappelant qu’un préfet ne tient ses fonctions que du pouvoir qui l’a nommé. Il n’est pas libre de s’exprimer comme n’importe quel citoyen.
      R. L.

      • Michel de Guibert dit :

        Je ne sais absolument pas qui ment et qui dit vrai entre Michel Delpuech et le ministre de l’Intérieur (voire les ministres de l’Intérieur successifs), mais je suis très étonné de lire ici une apologie du mensonge au nom de la loyauté !
        Réponse
        Ne cherchez pas à m’impressionner. Je n’ai jamais fait l’apologie du mensonge, et vous le savez, bien sûr. Comme vous le dites très bien, au fond, vous ne savez pas où est la vérité. La différence entre nous, c’est exactement ce qui nous a opposés dans l’affaire Villiers. Vous l’avez soutenu. En démocratie, je vous le rappelle donc, le dernier mot revient aux politiques, pas aux fonctionnaires. Sinon, il est devient inutile de voter.
        R. L.

  2. Bensid dit :

    Bravo, encore, je suis mille fois d’accord avec votre analyse. Nous espérions depuis longtemps un président qui prenne des décisions conséquentes, qui prenne des risques, qui ose les réformes dont notre pays a besoin. Or nous constatons que les seules voix audibles sont les habituelles ritournelles partisanes, démagogiques et intéressées par des lendemains politiques qui leurs seraient plus favorables… et je ne parle pas de ceux qui ne savent pas aligner deux phrases et à qui l’on tend un micro pour en faire une voix qui porte. Où sont les éclairs de génie, où sont les soutiens dont cet homme surdoué mais seul aurait tant besoin pour mener à terme les missions qu’enfin un homme de sa trempe ose défier. J’ose à peine imaginer comment, à sa place, d’autres auraient affronté une telle crise ! Réveille toi peuple de France ! Réveille toi, majorité silencieuse! Tout un chacun, dépassons nos corporatismes et mettons nous au service de cette cause salutaire, sous peine de ne laisser à nos enfants que le souvenir d’une génération d’incapables.

    • D.S. dit :

      J’approuve comme d’habitude les argumentations de Richard Liscia, y compris sur la différence entre vérité et loyauté. Et je tiens à dire que je suis particulièrement sur la même longueur d’onde que Bensid.

      • PICOT François dit :

        Le peuple de France, en tout cas une bonne partie, s’est justement réveillé, M. Bensid. Que feriez vous si, salarié ou retraité, vous étiez incapable de boucler votre fin de mois en raison, entre autres, de prélèvements obligatoires écrasants, avec aucune solution en vue ? Je vois dans mon quartier des retraités faire la manche et des plus jeunes faire les poubelles, et je n’ai pas l’impression qu’ils soient tous SDF. La violence est inadmissible aussi bien du côté des manifestants que du gouvernement qui ne fait rien pour aider les plus pauvres et qui se moquent donc que Macron soit un surdoué.

        • admin dit :

          Si j’ai bien compris, le peuple de France qui s’est réveillé, c’est une bande de casseurs et de malfaisants. Les black blocs ne seraient pas capables de boucler leurs fins de mois et ils dévalisent donc Hugo Boss. Quant à la « violence » du gouvernement, elle représente 32 % du PIB en dépense sociale.
          R.L.

          • PICOT François dit :

            Ne faites pas semblant de ne pas comprendre. Les black blocs et les autres ultra violents n’ont rien à voir avec les gilets jaunes.
            Réponse
            Et vous, ne me prenez pas pour un imbécile. Les black blocs sont tolérés, encouragés, aidés par les gilets jaunes.Vous êtes, avec d’autres, complice du désordre que je dénonce.
            R. L.

  3. mathieu dit :

    Comme j’ose le répéter souvent ici, avec témérité parfois sur ce blog, le « peuple de France », qui est divers, râleur, « dégageur », qui voudrait tout avoir et rien payer (mais quel peuple n’en voudrait pas autant? « dégage » (au sens opposé du terme, de sélection) dans les urnes une majorité équilibrée, de gouvernance modérée, de politique réaliste et même ambitieuse. Il promet même de la conforter aux prochaines élections européennes. Il accepte, au-delà de toute prévision, la main tendue du président en nourrissant le grand débat. Il refuse, en revanche, la « main tendue » périodiquement à la convergence des luttes et à la grève générale. Les combats, souvent pathétiques, de l’opposition républicaine pour exister (elle fait, sans trop y croire, son boulot d’opposant institutionnel, « à l’ancienne », ça fait partie du job!) ne trompent pas grand monde.

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