Élysée-Sénat : la guerre

Gérard Larcher
(Photo AFP)

En transmettant à la justice les conclusions de son enquête sur l’affaire Benalla, en incluant dans ses remarques non seulement l’ancien conseiller sécurité de l’Élysée et son ami Vincent Crase, mais aussi ces trois proches du président de la République que sont Alexis Kohler, Patrick Strzoda et le général Lavergne, le Sénat a déclenché une nouvelle bataille politique.

SUR LE SUJET, on doit évidemment tout dire : que la Commission des lois du Sénat a fait exactement le contraire de son homologue de l’Assemblée nationale, à majorité REM, qui s’est dépêchée de l’enterrer; qu’il faut accepter l’idée que les trois conseillers de l’Élysée n’ont pas, dans leurs dépositions, fait toute la clarté sur l’affaire ; que le Sénat, en l’occurrence, n’a accompli que ce qu’il est autorisé à faire ; que, parallèlement à son action, la justice fait son travail ; que l’incident entre le Sénat et le pouvoir a de nombreux précédents historiques, par exemple lorsque le général de Gaulle et Gaston Monnerville se sont fâchés si fort qu’ils ne se sont plus adressé la parole ; et enfin que le serment répété plusieurs fois par le président du Sénat, Gérard Larcher, et dans lequel il a affirmé qu’il n’avait fait « qu’appliquer le droit, tout le droit et rien que le droit » est, bien entendu, hypocrite et ne dupe personne.

L’option d’achever Macron.

En réalité, M. Larcher, avec l’aide empressée de Jean-Pierre Sueur, représentant des socialistes au Sénat, a voulu délibérément affaiblir le président, déjà en très grande difficulté avec le mouvement des gilets jaunes. Vieux routier de la politique, le président du Sénat ne peut pas jouer aux enfants de chœur. Il n’est pas l’instrument inerte d’une justice sénatoriale immanente qui, seule, lui dicte ses décisions. Il n’aime pas trop ce qu’il vient de faire, mais il a pris l’option d’achever le soldat Macron. Et c’est pourquoi la réaction du président a été violente. Du coup, l’exécutif boude le Sénat, on ne sait pas trop pour combien de temps. Edouard Philippe n’est pas allé répondre aux questions sénatoriales du jeudi. Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale,  a refusé de participer à une cérémonie à Lille avec M. Larcher. Si l’on en croit les précédents, la rupture pourrait durer jusqu’à la fin du mandat présidentiel. Ce qui, forcément, rendrait impossibles les discussions sur la réforme constitutionnelle et son adoption.

Le Sénat se renforce.

Si on laisse de côté le nouveau désordre que produit cette guérilla entre les institutions, le Sénat a marqué un point important. De temps en temps, on se pose la question de son utilité, donc de son existence. Emmanuel Macron ne demande pas l’abolition de l’institution, mais son rétrécissement, au même titre que l’Assemblée nationale. Il voudrait réduire de 30 % les effectifs des deux chambres. Le Sénat ne comptant que 348 élus, une diminution d’un tiers du nombre de sénateurs ferait de la chambre haute une assemblée croupion. Alors que le nombre de députés, après la même ponction , se situerait encore à plus de 400. Une querelle durable entre l’exécutif et le Sénat permettra à M. Larcher d’ignorer la réforme constitutionnelle et de continuer à protéger ses collègues. On n’oubliera pas, dans ce contexte affreusement tendu, que les sénateurs ne sont pas élus au suffrage universel mais par les 100 000 élus que sont les maires, les conseillers municipaux, les élus régionaux et de départements, ainsi que leurs conseillers. Le Sénat a donc un rôle territorial important mais certains estiment qu’il devrait se cantonner à ce rôle et ne pas s’opposer frontalement au chef de l’Etat. Au point où nous en sommes, le Sénat est parvenu à renforcer ses pouvoirs en tenant tête au président et en le traitant comme un individu lambda.

Le calcul de Larcher.

L’acharnement de la droite, soudain aidée par un PS exsangue, contre l’Élysée, a une motivation évidente : lui reprendre autant de points que possible lors des élections européennes, qui s’annoncent cette année avec un enjeu presque vital pour la suite des événements politiques en France. Les sondages montrent que, lorsque les Républicains progressent, ils prennent des voix au Rassemblement national mais pas à la République en marche. La stratégie mise au point par Gérard Larcher est  efficace, mais elle ne semble pas capable de provoquer l’effondrement de la majorité actuelle, qui jusqu’à présent, dans les enquêtes d’opinion, était en tête aux européennes. Cela peut changer, bien sûr, et de toute façon, le test sera exécuté en mai prochain. Emmanuel Macron a pourtant une carte à jouer. Il est clair qu’il doit renoncer à une réforme constitutionnelle négociée avec le Sénat. S’il entend adopter cette réforme, il ne pourra le faire que par référendum. Faire des économies en réduisant le nombre d’élus nationaux me semble dérisoire par rapport à la charge de travail des députés et sénateurs et par rapport à la dépense publique. Mais les politiques ont si mauvaise réputation que Macron peut trouver une majorité.

RICHARD LISCIA

 

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One Response to Élysée-Sénat : la guerre

  1. Michel de Guibert dit :

    N’oublions pas que le président du Sénat demeure le deuxième personnage de l’État.

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