Le pouvoir se ressaisit

Nathalie Loiseau
(Photo AFP)

Un mini-remaniement gouvernemental est attendu pour ce soir ou demain. Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, devrait quitter le gouvernement pour devenir tête de liste de la République en marche aux élections européennes. D’autres ajustements pourraient être effectués au sein de l’équipe d’Édouard Philippe.

LE PRÉSIDENT et le Premier ministre ont redressé la barre samedi dernier en jugulant les manifestations des gilets jaunes sans qu’il y ait eu des dégâts notables. Une militante d’Attac âgée de 73 ans, a été gravement blessée à la tête à Nice et ses trois filles ont porté plainte. M. Macron a souhaité un prompt rétablissement à la victime tout en lui recommandant la « sagesse », façon de lui dire qu’à son âge on évite les manifestations. Cela sera sûrement ajouté à son passif et ce n’est sûrement pas de cette manière qu’il se rendra plus populaire. Il l’a dit un jour : « Je ne changerai pas ». Mais les gilets jaunes non plus. S’il est vrai que le nouveau préfet de police, Didier Lallement, a réussi à verrouiller les Champs-Élysées, il sait que les gilets tenteront samedi prochain de contourner les nouvelles règles appliquées par la police. Ils ont déjà demandé l’autorisation de manifester aux Champs-Élysées le 30 mars. Un responsable d’Attac a souligné que la multiplication des interdictions de manifester sous tel ou tel prétexte a pour effet de dénier le droit de manifester, qui est constitutionnel. Cet après-midi, le procureur a indiqué que les images de la chute de la militante d’Attac  sont en cours d’exploitation.

La REM en tête.

Le mini-remaniement résulte moins de la crise d’autorité de l’État que de la nécessité de désigner un chef de file REM pour les élections européennes.  Deux sondages publiés aujourd’hui montrent que la REM arrive en tête (23 %), devançant d’un point et demi le Rassemblement national, tandis que LR réunit 12 à 13 % des suffrages, et la France insoumise seulement huit. « Place publique », le mouvement lancé par Raphaël Glucksmann et adoubé par le PS obtient, selon Harris, 7 % des voix. M. Glucksmann a quand même été capable de rassembler des électeurs disparates, ce qui est souhaitable pour toutes les tendances qui ont de fortes affinités. Il est bon, par exemple, que l’écologiste Pascal Canfin ait décidé de rejoindre la REM. Il sera second sur la liste.

Une fois de plus, les élections européennes se résument, pour l’électorat français, à un affrontement entre REM et RN. Même si les Républicains semblent décoller, ils jouent largement au-dessous des 20 % et n’entament pas le score des macronistes, ce qui représente un paradoxe au moment où le chef de l’État est vitupéré par tous les partis et par tous les médias. Peut-être l’électorat a-t-il constaté que les reproches adressés au président sont contradictoires : LR, par exemple, l’a successivement critiqué pour son manque et pour son  excès d’autorité. Le Sénat n’a pas pu s’empêcher de faire de la politiquement bassement politicienne en désignant à la justice trois conseillers très proches du président dans l’affaire Benalla. Le retard pris par LR explique la virulence sans doute excessive de ce parti. Elle l’a peut-être aidé à gagner quelques points, mais le socle de votants favorables à Macron ne bouge pas.

Chercher une solution.

Emmanuel Macron doit s’investir dans les européennes, alors que d’autres pensent depuis longtemps aux municipales de 2020. C’est ainsi que l’on évoque, de manière prématurée, une démission de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, et de Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au numérique, tous deux candidats à la mairie de Paris. Le job d’Anne Hidalgo semble fasciner des dizaines de candidats et la meilleure chance de la maire actuelle de la capitale, c’est, à n’en pas douter, la pléthore d’adversaires que son poste prestigieux a inspirés. Quoi qu’il en soit, les aventures politiques personnelles de quelques ténors n’ont rien à voir avec la dure tâche qui attend M. Macron. Il n’a pas réussi à mettre fin au mouvement des gilets jaunes qui continuent à réclamer sa démission et la dissolution de l’Assemblée. Ils ont été au nombre de 300 000, puis de 50 000 mais ils ne forment nullement une majorité. La violence seule a galvanisé le mouvement et en assure la longévité. Mais il existe et il empêche le fonctionnement normal des institutions. Ce n’est pas parce que la réponse politique est difficile à apporter qu’il ne faut pas la rechercher ardemment.

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2 Responses to Le pouvoir se ressaisit

  1. D.S. dit :

    Petite rectification : Macron n’a pas dit que l’on ne devait pas manifester lorsqu’on était fragile. Il a fait surtout allusion aux manifestations « interdites », ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Quand aux déclarations à l’emporte-pièce de notre président, heureusement qu’elles sont là pour remettre un peu les pendules à l’heure.

    Réponse
    Attendez un peu : je n’ai pas parlé de la fragilité de la victime. J’ai cité le mot « sagesse ».
    R. L.

  2. schneider dit :

    C’est une adulte, quel que soit son âge, et doit être considérée comme telle. Mettre en avant son âge et sa fragilité, tout comme pour ces pseudos « jeunes » de 25 ans dans d’autres situations, est une forfaiture justifiant toutes les excuses. Elle a pris son risque, qu’elle assume.

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