Débat : la « restitution »

Au Grand Palais
(Photo AFP)

Au Grand-Palais, ce matin, ont été énoncés les grands thèmes qui ont émergé du débat national. Parmi les idées des participants, la baisse des impôts, le rétablissement de l’ISF, l’impôt sur le revenu pour tous, y compris les plus pauvres, la maîtrise de la dépense publique qui inspire beaucoup plus de perplexité que des mesures claires.

L’EXÉCUTIF n’apportera pas immédiatement ses réponses aux 16 000 doléances déposées par un million et demi de participants au grand débat. En premier lieu, il faut saluer le succès de la confrontation, qui aura été un bel exemple de démocratie directe ; apparemment, peu de « gilets jaunes » ont apporté leur contribution, mais la possibilité offerte à chacun de s’exprimer a, sans aucun doute, contribué à l’apaisement de la colère nationale. De ce point de vue, le gouvernement a bien joué. En second lieu, il faut souligner la liberté avec laquelle nos concitoyens se sont exprimés. Le gouvernement avait limité le nombre de thèmes de discussion, il n’a pas empêché les participants de dire ce qu’ils pensent profondément.  D’aucuns, par exemple, ont admis que la taxe carbone répond au souci environnemental des pouvoirs publics, mais la plupart ont expliqué qu’ils ne pouvaient pas se passer de leur voiture.

Aller vite.

Le pouvoir doit aller vite s’il veut avoir une chance de juguler une crise social prête à dégénérer. Il doit annoncer des décisions qui allègent le poids des prélèvements obligatoires pour ceux qui ne parviennent pas à boucler leurs fins de mois. Ce qui pose, bien sûr, la question du financement quand le budget national retourne à un déséquilibre incompatible avec les engagements européens de la France. Il y aura donc un calendrier des mesures et les Français devront être patients, car la recherche des solutions à la crise coïncide avec la campagne des européennes. Le gouvernement n’est pas naïf, qui voit dans cette coïncidence une chance d’améliorer sa popularité. Il s’exprimera, mais il ne peut pas faire siennes des thèses qui poussent les revendications au-delà du raisonnable, comme celle d’Ingrid Levavasseur, une des égéries du mouvement des gilets jaunes, qui réclame, avec beaucoup d’autres, la destitution d’Emmanuel Macron et la dissolution de l’Assemblée. De la même manière, le président de la République a dit « non » au rétablissement de l’ISF, ce qui n’empêche pas la revendication de figurer en tête de la liste des doléances.

Des impôts ou des investissements ?

On note des contradictions dans les revendications : exiger que même ceux qui se plaignent d’être pauvres doivent payer l’impôt sur le revenu est une proposition à contre-emploi. Faire une fixation sur l’ISF, obsession nationale, c’est ignorer que cet impôt n’existe nulle part ailleurs, qu’il ne pourrait être rétabli que s’il était plus juste, en allégeant le poids de la taxation pour les plus petites fortunes et en l’augmentant pour les vrais riches. De toute façon, même s’il est impossible de dire que l’ISF accélère les exils financiers des investisseurs, on sait, en observant la conjoncture économique, que l’attractivité de la France fait d’elle le pays européen qui collecte 25 % des investissements étrangers effectués dans l’Union. Il serait absurde de se priver de cet avantage pour augmenter de trois milliards seulement les recettes de l’État. Nous avons besoin de capitaux pour bâtir des usines neuves et relancer l’emploi. Curieusement, ce n’est plus le chômage qui est la préoccupation numéro un des Français, un peu comme si le magnifique effort de solidarité qui protège les chômeurs était une chose naturelle : la notion increvable d’assistance imprègne ainsi le cahier de doléances national.

Au fond, la participation des gilets jaunes au débat a été presque nulle, ce qui fait d’eux des irréductibles, à la fois parce qu’ils continuent à manifester tous les samedis et parce qu’ils refusent à l’avance les mesures que va prendre un gouvernement dont ils ont l’audace de contester la légitimité. Inutile de dire, dans ces conditions, que M. Macron va traverser, dans les semaines et les mois qui viennent, des eaux sombres et agitées et que le petit gain que lui a apporté le grand débat risque de s’effriter rapidement. Personne ne sait comment ce gouvernement, qui se targue, un peu vite, d’avoir baissé le déficit budgétaire et stabilisé la dette en 2018, va poursuivre son chemin vers le retour aux équilibres fondamentaux. Nos concitoyens ne savent pas comment on réduit les impôts tout en maîtrisant le déficit. C’est la limite de la démocratie directe. À un moment, quelqu’un doit faire des choix.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Débat : la « restitution »

  1. Bernard dit :

    Toujours de très bon commentaires judicieux.

  2. PICOT François dit :

    Premier commentaire de notre Premier ministre : la pression fiscale est trop importante! Merveilleux, sans le « grand débat », on ne s’en serait jamais aperçu.

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