Israël : Netanyahu, bien sûr…

Le triomphe de Netanyahu
(Photo AFP)

A l’issue des élections législatives israéliennes, le Premier ministre sortant semble assuré de former la prochaine coalition qui gouvernera le pays.

Le Likoud, parti de Benjamin Netanyahu a obtenu, après le décompte de 97 % des suffrages, quelque 35 sièges à  la Knesset, parlement israélien, autant que le parti blanc-bleu de Benny Gantz, ancien chef d’état-major des armées. Cependant, le général Gantz a peu de chances de trouver des alliés pour gouverner, tandis que le Premier ministre, qui n’a pas hésité à clamer sa victoire, s’alliera, comme par le passé, avec l’ultra-droite religieuse. Ainsi les Israéliens se sont-ils privés d’une chance historique de réviser leur politique générale, laquelle n’a cessé de s’inspirer des partis charnières de l’extrême droite religieuse et de remettre en cause une diplomatie qui, avec l’aide de Donald Trump, multiplie les faits accomplis.

Une justice indépendante.

L’opposition israélienne, pour autant qu’elle présente un front uni, compte sur les déboires à venir du Likoud et de son chef, poursuivi par la justice pour des faits de corruption. Des précédents ont montré, de ce point de vue, que la justice israélienne, souveraine et indépendante,  n’hésite jamais à jeter en prison un président ou un Premier ministre. Il suffirait que, dans quelques semaines ou quelques mois, le scandale judiciaire auquel M. Netanyahu est lié devienne  insupportable pour l’opinion, assez en tout cas pour que sa longévité politique soit remise en cause. Mais ce serait compter sur les impondérables liés à l’affrontement entre deux pouvoirs, le politique et le judiciaire. Pour ne prendre qu’un exemple, le président des Etats-Unis d’Amérique, Donald Trump, vient d’être blanchi par le rapport du procureur spécial Robert Mueller, en ce qui concerne la « collusion » improbable entre la campagne de M. Trump et des personnages politiques russes.

Un pays prospère.

Mais l’enjeu électoral n’est pas de savoir si M. Netanyahu passe des deals occultes avec de riches personnages. Il concerne l’avenir d’Israël et le rétrécissement des options politiques que lui offre ce cinquième mandat. M. Netanyahu a répété avec force que les Israéliens auraient un gouvernement « de droite et stable ». En réalité ils auront un exécutif totalement inspiré par le populisme et qui multipliera probablement les provocations. Coup sur coup, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, l’annexion du Golan et bientôt l’annexion de la Cisjordanie par l’Etat juif ont mis ou mettront le monde devant des situations nouvelles qui ne favoriseront pas les espoirs de paix. M. Netanyahu a été réélu sur la base de la sécurité et de la prospérité. Le PIB israélien est comparable à celui de la France, mais avec des inégalités plus criantes (25 % de la population est sous le seuil de pauvreté). Cette situation a anesthésié les Israéliens, qui ne croient plus à la gauche depuis trente ans et sont las de la haine active des Palestiniens.

Surfer sur la vague populiste.

Cependant, rien ne met vraiment Israël à l’abri du terrorisme, du Hezbollah irano-libanais qui ronge son frein à la frontière nord d’Israël, ou du Hamas de Gaza qui se livre, presque tous les jours, à des agressions dûment rétribuées. N’importe quel homme politique un peu sensé essaierait de déminer la poudrière et de rechercher une solution négociée. A la place de quoi, M. Netanyahu, qui se fie toujours à son instinct et met en avant sa fermeté, viole le droit international en procédant à des changements que l’ONU ne reconnaît pas. Le Premier ministre bénéficie de la vague populiste qui a recouvert le monde et lui a apporté des amitiés incompatibles avec la vocation profonde d’Israël. Il a signé, avec les régimes de la Pologne et de la Hongrie des sortes de charte qui exonèrent ces deux pays de leur contribution à la Shoah ; il entretient avec Trump des relations qui aggravent la mauvaise réputation d’Israël ; il reçoit le président du Brésil, Jair Bolsonaro, ce nostalgique de la dictature militaire ; il exprime, sans la moindre réserve, son projet d’annexion de la Cisjordanie, territoire censé servir de base à la création de l’Etat palestinien.

Les arguments de Netanyahu.

M. Netanyahu peut toujours dire qu’il n’y a rien à négocier parce que, de l’autre côté, il n’y a pas de négociateur ; que les Palestiniens ne connaissent que la violence ; qu’ils ne sont pas fiables ; qu’Israël est menacé par l’Iran ; que toutes les affinités, avec Trump, ou l’Arabie saoudite ou le groupe de Visegrad (mini-Europe des régimes populistes) sont aussi valables que les relations du monde ancien, celui qui aurait disparu et serait remplacé par un monde nouveau auquel M. Netanyahu ne fait que s’adapter. En y regardant de plus près, le « scandale » de Jérusalem capitale d’Israël ou celui de l’annexion du plateau du Golan (reconnue par Trump) ne sont pas plus scandaleux que le seraient la remise du Golan à Bachar Al Assad, dictateur sanglant jusqu’à la caricature, ou la volonté du monde de considérer Jérusalem comme la capitale des trois religions révélées, alors que cette ville a pris racine dans le judaïsme et que les lieux saints ne sont pas plus menacés par le gouvernement israélien que s’ils étaient aux mains d’un autre gouvernement.

La question unique est : où va l’Israël qui nous a si souvent émerveillés ? Quel avenir se réserve-t-il dans le monde de la prolifération nucléaire ? Comment Israël peut-il prendre ses distances vis-à-vis des valeurs du vrai judaïsme et au nom d’un judaïsme qui représente la dangereuse déformation de l’autre ? Le plus effrayant, dans l’évolution de l’Etat juif, c’est qu’il faudra une bataille historique pour qu’il change d’avis.

RICHARD LISCIA

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One Response to Israël : Netanyahu, bien sûr…

  1. JULIEN dit :

    Votre analyse de la situation de l’Etat d’Israël et de son Premier ministre est tout à fait juste. A quelle éventuelle bataille historique faites-vous allusion à la fin de votre article ? Avec les Palestiniens et leurs alliés, je suppose.
    Merci de continuer à nous aider à réfléchir devant ces difficiles problèmes.
    Réponse
    Oui, je crains un nouveau conflit militaire entre l’Iran et le Hezbollah et Israël.
    R. L.

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