Partiront-ils ?

Macron et Merkel hier
(Photo AFP)

La Première ministre britannique, Theresa May, a obtenu des 27, dans la nuit de mercredi à jeudi, un nouveau report, au 31 octobre, de la date du Brexit. Le Royaume-Uni larguera les amarres plus tôt si les élus du pays trouvent un accord. Mais, à ce train-là, il n’est pas complètrement impossible que les Anglais se ravisent.

NÉCESSITÉ fait loi. L’Union européenne ne pouvait refuser à Londres un nouveau report car mieux vaut un accord de séparation que pas d’accord du tout. Mais l’affaire devient grotesque. Outre que Mme May va devoir payer quelques six milliards pour ce report, la question se pose des élections européennes : si le divorce n’est pas prononcé avant le 26 mai, les Britanniques ont le droit d’être représentés au Parlement européen. Voilà qu’il faut leur rendre les places réparties entre les listes des 27 ; et on a du mal à imaginer une campagne des européennes au sein d’un Royaume-Uni uniquement obsédé par le Brexit. Le président de l’Union, Donald Tusk, était favorable à un report d’un an. Emmanuel Macron y était hostile. On a passé un compromis qui a l’avantage, si j’ose dire, d’offrir plusieurs interprétations.

Trois hypothèses.

La première, c’est que les Anglais iront au bout de la course, qu’ils s’en iront et que les Tories et les travaillistes tombent enfin d’accord sur la façon de partir. La deuxième, c’est qu’il n’y ait pas d’accord national et que, après des mois de tergiversations, le départ se ferait dans les conditions du désordre total. La troisième, c’est que l’opinion britannique commence à s’habituer à l’idée qu’elle trouve son confort dans l’appartenance à l’Union, que le résultat du référendum de 2016 a été faussé par les mensonges de leaders démagogues, que, décidément, le Brexit est une très mauvaise affaire et que Mme May est tenue d’organiser un nouveau référendum. Cette hypothèse est assez peu probable parce que la Première ministre a toujours dit qu’il était de son devoir de respecter l’opinion exprimée en 2016 par une majorité de ses concitoyens et qu’elle ne voulait en aucun cas forcer le Brexit dans la gorge des Anglais comme on gave une oie.

Résilience.

Cette intégrité démocratique, que j’ai toujours saluée, lui aura valu en fait énormément de déboires et de fatigue. Elle a mené son combat politique avec une résilience que l’histoire retiendra. En même temps, son obéissance aux principes a contribué à la complexité de l’écheveau. La seule idée qu’il faille organiser des élections européennes dans un contexte aussi tendu en Grande-Bretagne, sans compter les complications pour le continent, obligé de rendre à Mme May les quelque 70 sièges auxquels elle a droit, relève de la pantalonnade. Et si le Brexit a lieu, qu’est-ce que les Britanniques vont faire de leurs élus européens ? Faudra-t-il procéder à un nouveau round électoral pour affecter les sièges aux listes des 27 États qui, eux, sont dans l’Union ? Les chefs d’État et de gouvernement réunis hier soir à Bruxelles ont évidemment examiné ces aspects rebutants du report. Le président français aurait voulu un délai plus court, tandis qu’Angela Merkel s’est montrée plus généreuse. Encore une fois, tout vaut mieux qu’un Brexit sans accord.

Oublier 2016 ?

Ce qui serait bien, c’est que Theresa May soit enfin prise d’un doute. Est-ce que ce capharnaüm diplomatique, économique, financier et politique est acceptable en l’état ? L’Union doit-elle tourner autour de Londres ? N’a-t-elle pas fait preuve d’une modération exemplaire ? N’était-il pas temps de mettre fin à cet immense désordre qui ne grandit pas le royaume et retarde la refondation européenne annoncée par Emmanuel Macron ? La preuve n’a-t-elle pas été apportée que le Brexit correspond à une vision farfelue, inopérante, dangereuse à la fois pour l’équilibre politique de la Grande-Bretagne et pour la bonne santé de l’UE ? Si l’on admet que la campagne britannique qui a précédé le référendum de 2016 a été pleine de mensonges et de désinformation, pourquoi ne pas décider que les résultats ont été faussés, pourquoi ne pas écarter un résultat qui, au total, n’a pas été obtenu dans des conditions vraiment démocratiques ?  Mme May, qui a mis tant de courage dans l’opération la plus négative de l’histoire britannique, pourrait se tourner vers une option entièrement nouvelle, d’ailleurs dictée par l’enfer d’une négociation qui, à ce jour, n’a pas abouti.

RICHARD LISCIA

 

 

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2 Responses to Partiront-ils ?

  1. D.S. dit :

    Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

  2. PICOT François dit :

    Les Britanniques ont voté pour le Brexit et on dirait bien qu’il y a un tas de gens qui ne veulent absolument pas respecter le résultat des urnes. Quant à revoter; c’est un peu risqué, il n’est pas sûr, cette fois, que les 52 % ne soient pas dépassés. C’est curieux comme cela rappelle le référendum en France en 2005 où les « politiques » n’ont tenu aucun compte de la volonté des citoyens. Comme c’est ennuyeux, ces électeurs qui ne veulent pas obéir!
    Réponse
    Les Britanniques ont été trompés par leurs dirigeants politiques qui leur ont menti sur les conséquences du Brexit.Il faut être aveugle pour ne pas voir l’angoisse de ce pays face au Brexit.C’est quand même bizarre de s’intéresser à la politique et de ne pas voir une évidence : le Brexit est un cauchemar.
    R. L.

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