Emploi : l’offre écrase la demande

Charentaise, produit français
(Photo AFP)

Une étude de Pôle emploi, avec l’aide du Credoc, montre que, pour 2019, les entreprises ont 350 000 projets d’embauche qui, si elles aboutissaient, assureraient le recrutement de quelque 3 millions de personnes.

L’ÉTUDE a été réalisée sur 436 000 entreprises (il en existe 2,4 millions en France). Elle tend à prouver que l’offre d’emplois est très forte dans notre pays mais que beaucoup de propositions sont rejetées par les chercheurs d’emploi. Pour diverses raisons : éloignement de l’entreprise par rapport au domicile, manque d’expérience du candidat, manque de motivation, compétences insuffisantes. Cependant, en 2018, 80 % des entreprises ont réalisé leur projet d’embauches. Le nombre de contrats à durée indéterminée (contrats fixes et durables) proposés est de 45 %, en hausse de 3,5 %. La construction a augmenté de 26 % les recrutements, l’industrie de 20 %, les services de 20 %. Les services aux particuliers représentent le premier recruteur. Les offres d’emploi se situent principalement dans l’entretien,  la sécurité, les transports, les soins à la personne, les aides à domicile, les aides-soignants, les infirmières. Cinquante pour cent des recruteurs estiment rencontrer des difficultés à l’embauche, contre  44 % en 2018.

Créations d’emplois non liés à la croissance.

Il existe des métiers où, pratiquement, les entreprises ne trouvent pas de personnes compétentes, carosseurs automobiles, couvreurs zingueurs, plombiers, aides à domicile. On constate donc un fossé entre les besoins en personnels exprimés par les entrepreneurs et la capacité des chômeurs à fournir une main-d’œuvre efficace. C’est au moins l’explication d’un phénomène qui altère sérieusement les perspectives du retour au plein emploi. Bien que la formation professionnelle coûte à l’État quelque 25 milliards par an, elle ne semble pas s’adresser à tout le monde. Trop de chômeurs ne parviennent toujours pas à trouver un emploi parce qu’ils n’ont pas suivi une indispensable recyclage.

L’étude apporte donc sur le chômage en France une lumière qui permet d’expliquer deux choses : la première est qu’il est possible de créer des emplois malgré une croissance faible ; la seconde est que la société française, loin d’être anesthésiée par un combat politique incessant et négatif, est vivace, tournée vers le succès, et capable de damer le pion à ses concurrents. Le taux de chômage en France est juste au-dessous de 9 %, mais il n’est pas impossible que, conformément à ce que dit l’étude de Pôle emploi, il diminue de façon sensible en 2019. Le gouvernement, pour sa part, a réformé la formation professionnelle et attend des résultats de cette réforme. Dans ses discussions avec les syndicats sur le chômage, il exerce des pressions pour que les chômeurs sollicités par les entreprises acceptent plus volontiers les emplois qui leur sont proposés. De leur côté, les entreprises devraient songer à former les personnes qu’elles veulent embaucher et améliorer leur offre en les aidant financièrement à changer leur domicile pour qu’elles puissent se rapprocher du site de travail ; ou encore accepter d’embellir l’offre, par exemple en accordant des avantages aux salariés potentiels.

Offre et demande.

Le gouvernement doit intervenir là où les difficultés sont les plus grandes. La formation professionnelle doit devenir, comme en Allemagne, une préoccupation permanente. Une aide de l’État pour le changement de région devrait être envisagée. La question du chômage en France est très sérieuse : nous sommes parmi les pays européens qui n’ont jamais retrouvé le plein emploi. Chez nous, le chômage est structurel et ne peut être combattu que massivement. Il explique la plus grande partie du malaise social et politique actuel. Si nous avions le plein emploi, les employés commenceraient à obtenir des hausses de salaires et leur pouvoir d’achat s’améliorerait. D’un autre côté, la difficulté pour les entreprises de trouver des gens disponibles pour des emplois qu’elles ne parviennent pas à pourvoir montre qu’une offre financièrement plus alléchante permettrait de débloquer la situation. N’est-ce pas le jeu naturel de l’offre et de la demande ?

RICHARD LISCIA 

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One Response to Emploi : l’offre écrase la demande

  1. SELARL DR RADIGUET dit :

    Nous avons 10% de chomeurs depuis 1981.
    Habitant en Nouvelle-calédonie depuis 2007, le chômage y est indemnisé durant 6 mois quel que soit le revenu. Et pourtant personne ne meurt de faim et il n y a pas de chômage, comme c’est bizarre.

    La Nouvelle-Zélande, en faillite au milieu des années 80 (économie étatique), a drastiquement coupé les dépenses, responsabilisé ses habitants (par exemple, suppression des aides aux agriculteurs qui vivotaient), et en 20 ans le pays est devenu une locomotive économique, particulièrement dans le domaine agricole, un des plus performants au monde.Un des pays au plus fort taux de satisfaction des habitants.

    Notre état providence est un leurre qui gangrène la société française, remplaçant l’efficacité par l’hypocrisie culpabilisante. Jusqu’à quand ?

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