Tout change sans changer

Macron hier
(Photo AFP)

Lors de sa conférence de presse d’hier, Emmanuel Macron a annoncé un changement de cap social qui, selon lui, ne modifie en rien son plan de réforme.

LE PRÉSIDENT de la République s’est livré à un exercice rhétorique impressionnant qui a duré presque deux heures et demie. Il a annoncé une série de mesures sociales qui étaient souvent connues, puisque le contenu du discours qu’il devait prononcer le 15 avril dernier a donné lieu à des fuites. L’impôt sur le revenu des foyers les plus pauvres baissera globalement de cinq milliards d’euros ; le minimum vieillesse sera porté à 1 000 euros (ce qui est déjà le cas pour nombre de bas revenus ; l’ISF ne sera rétabli qu’après une évaluation démontrant que sa suppression n’a pas produit le résultat désiré ; l’ENA est appelée à disparaître ; le RIP, référendum d’initiative partagée, sera accepté pour des consultations locales, mais non nationales ; les effectifs de parlementaires seront réduits de 25 %; une dose de proportionnelle, de l’ordre de 25 % (au lieu des 15 % prévus antérieurement), sera introduite dans les élections législatives ; un effort massif sera fourni en faveur de l’environnement avec l’adoption, notamment, de la taxe carbone ; l’âge de départ à la retraite restera fixé à 62 ans mais ceux qui n’auront pas obtenu un nombre suffisant de points devront continuer à travailler au-delà de cet âge s’ils souhaitent obtenir une pension décente ; il n’y aura pas de suppression des niches fiscales pour les particuliers ; le chef de l’État n’est pas convaincu qu’il doive réduire de 120 000 le nombre de fonctionnaires pendant la durée de son mandat.

Le ton de l’humilité.

M. Macron a adopté un ton plus humble à l’égard de ses concitoyens, reconnaissant qu’il n’avait pas compris le sens et la profondeur du mouvement de mécontentement qui a déclenché une crise sociale d’une rare ampleur dans l’histoire de la Ve République. Il a multiplié les formules rhétoriques pour exprimer ses regrets et pour persuader ses concitoyens qu’il essaie seulement de bien faire. Cela dit, il n’a renoncé à aucun de ses projets, de sorte que ses longs propos ont été suivis par des commentaires peu amènes, dans la presse d’abord, puis dans les partis d’opposition, le Rassemblement national et la France insoumise estimant qu’il n’a rien compris dès lors qu’il entend rester au pouvoir. Le défi que lui lance l’opposition a encouragé les représentants des gilets jaunes à récuser toutes les propositions du président. On a donc tout lieu de croire que les manifestations et autres occupations de ronds-points vont se poursuivre.

Ni fatigué ni harassé.

Comment, dans ces conditions, le chef de l’exécutif va poursuivre ses réformes, mettre en vigueur des mesures dont le financement demeure incertain, surtout s’il ne diminue pas les effectifs de la fonction publique, tel est le dilemme auquel le Premier ministre, Édouard Philippe, va être vite confronté. M. Macron a confirmé qu’il irait au bout de la réforme des retraites dont, cependant, il n’équilibrera le budget que s’il passe au-dessus de la volonté des syndicats, hostiles à la réunification de tous les régimes et au système de points qui remplacera le système par répartition. On  pouvait deviner, à entendre M. Macron, qu’il voyait le rééquilibrage des régimes de retraite comme une source de financement des dépenses sociales qu’il a annoncées.

Sa conférence de presse, servie par sa profonde connaissance des dossiers et par une brillante sémantique, lui a permis de répondre, souvent avec sincérité, aux questions des journalistes, qu’il affrontait pour la première fois dans ce genre d’exercice. Il n’était pas fatigué par la longueur de la conversation, pas plus qu’il ne semblait harassé par la gravité de la crise. En accordant à la contestation un certain mérite, il s’est transformé aussitôt en un personnage capable non seulement de prendre en compte les revendications mais de prendre lui-même la tête du mouvement. Il s’agit, certes, d’artifices de langage, d’ailleurs utiles à un président qui aura été le chef d’État le plus attaqué, le plus détesté personnellement, le moins respecté de la Ve République. Hier, néanmoins, on n’aura décelé chez lui aucun affaiblissement physique ou moral, comme si la crise renforçait son dynamisme au lieu de l’abattre.

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to Tout change sans changer

  1. Michel de Guibert dit :

    « Il faut que tout change pour que rien ne change » dit l’ambitieux Tancredi Falconeri dans « Le Guépard » de Giuseppe Tomasi di Lampedusa

  2. Moutel dit :

    Effectivement rien de bien nouveau dans cette conférence de presse post débat .
    On reste dans l’illusion alors qu’on attendait un peu plus de pragmatisme.
    Pour les finances et la dette publique on patientera encore, mais reconnaissons quand même
    le talent de Macron, le seul capable de vendre un sous marin nucléaire à
    la marine suisse !

    • D.S. dit :

      Effectivement, le paradoxe a de quoi surprendre. Macron semble détesté par une majorité de Français. Mais il n’a toujours pas à ce jour, de concurrent crédible pour de prochaines élections. Nous avons douté un temps de son avenir politique. La crise des gilets jaune est loin d’être terminée, mais de toute évidence l’adversité ne fait pas peur à notre président.

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